05/05/2012

La Fée des Houles (Bretagne)

 

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Dotées d'un pouvoir surnaturel et d'une immortalité compromise par le sel, les fées des houles élisaient domicile dans des grottes peu accessibles d'où elles ne sortaient plus volontiers la nuit que le jour. Elles vivaient commes les hommes, se mariant, pêchant, faisant leur pain...

Ce n'est qu'à marée basse, que l'on peut accéder à leur habitation. 

Sur toute la côtes, depuis Cancale jusqu'à Téveneuc, de la baie de la Fesnaye jusqu'à l'embouchure de l'Arguenon, les cavernes à peine ébauchées étaient la demeure des fées aussi bien que les grottes incomparables qui s'ouvrent, parfois grandioses comme des cathédrales, dans les hautes falaises de grès rouge du cap Frééel notamment.

On pouvait s'étonner de la petitesse de certaines cavernes, les vieilles gens rapportaeint alors qu'elles n'avaient pas toujours été ainsi, qu'elles avaient été ruinées par un cataclysme, qu'elles s'étaient effondrées quand elles cessèrent de les habiter.

Quand on pénétrait dans ces houles, ou goules, on pouvait y découvrir des bancs, des tables, des berceaux, tout un ménage de pierre qui avait servi ou qui servait encoe à leurs  mystérieux habitants. Les plus considérables ne se composaient pas seulement de cette partie qu'on peut visiter à marée basse: elle n'étaot qu'une anti-chambre. Elles se prolongeaient bien avant dans les terres, jusque sous les bourgs, d'où l'on entendait chanter les coqs des fées.

L'une d'elles aboutissait àNotre-Dame de Lamballe, à plus de 40 km de son entrée sur le rivage. 

Autre exemple; celui de La Gotte au Chat:108-la-grotte-du-chat-piriac-sur-mer-44.html

Suivants quelques récits, quand on avait franchi une sorte de tunnel, on se trouvait dans un monde pareil au nôtre, qui avait son ciel, son soleil, sa terre et ses arbres, des châteaux, de longues avenues ...

Le plus souvent, leurs demeures ne comprenaient que la caverne elle-même. Quand on pasait l'entrée, que fermait parfois une porte de pierre gardée par une vieille portière couverte de varechs, et fort laide, on se trouvait en présence des fées: elles étaient de belles personnes, vêtues comme des dames ou des Bonnes Vierges. Leurs frères, ou leurs maris, vivaient à côté d'elles, mais paraissaient être moins nombreux et inférieurs en puissance. 

Quelques fois, on pouvait voir d'autres personnages, les Fions, qui étaient de si petites taille que leurs épes n'étaient guère plus longues que les épingles à piécettes; Ils remplissaient les fonctions de page sou même de domestiques. Les Fions femelles n'existaient pas, pas chea les fées des houles tout au moins.

La Pommade Magique (Cap Fréhel):  la-pommade-magique.html

Généralement, les fées des houles se montraient secourables: car il est vrai qu'on prit l'habitude de les nommer "les mauvaises fées" car certaines étaient loin de se comporter comme leurs congénères que l'on appelait 'les bonnes mères".

C'était la reconnaissance et non la crainte qui leur faisait donner ces noms affectueux. Les contes relatent longuement leurs bienfaits: enfants guéris du croup, blessures cicatrisées, don d'objets inépuisables ou inusables, mais bien évidemmant sous la condition de ne pas en parler, parfois même l'octroi d'une partie de leur puissance à ceux qu'elles avaient pris en affection, surtout ceux dont elles étaient marraines. 

Si les hommes qui labouraient les champs leur demandaient poliment de la galette ou du pain, elles leur en donnaient. Mais si on leur parlait sans égard, elles donnaient du pain ou de la galette, avec des poils de chien ou de chat. Si on disait du mal sur elle, on était illico puni. Quelquefois, elles les emmenaient, et ils demeuraient dans leurs grottes où vingt ans leur paraissaient un jour.

Autre légende: La Fée Exorcisée (Saint-Suliac):  la-fee-exorcisee-saint-suliac.html

Les fées des houles ne vieillissent pas. Elles ne sont exposées aux maladies habituelles que connaissent les humains. Par contre, quand elles étaient en mal d'enfant, elles avaient recours aux bons offices des sages*femmes du voisinnage.

Elles sont immortelles jusqu'au jour où on leur mettait du sel dans la bouche. Celles qui se faisaient baptiser revenaient sujettes à la maladie et à la mort, car dans la cérémonie du baptême, le sel avait touché leurs lèvres. Et si le sel était en grande quantité, elles périssaient aussitôt. 

Dans deux contes il est narré que les fées des houles meurent toutes à la fois, parce que quelqu'un, les voyant dormir la bouche ouverte, les avait empli de gros sel.

L'opinion général des vieilles gens était qu'elles vivaient encore, mais qu'elles avaient quitté le pays, pour y revenir au "siècle visible", le XIXème siècle, au commencement duquel elles avaient abandonné leurs demeures. 

Ces légendes s'attachent à des grottes qui n'existaeint pas avant que la mer eût profondément modifié voici mille ans, toute cette partie du littoral breton. Elles sont probablement treès anciennes et on les racontait peut-être avant cette époque en leur donnant pour théatre des houles que la mer a emportées, en même temps que les falaises où elles étaient creusées.

Leur conservation sur les divers point de nos côtes où naguère eles étaient bien connues, pourrait bien tenir à une cause peu poétique et assez rationnelle: les lieux où sont situées les houles étant des endroits très difficilement accessible pour l'homme, il est très probable que les fraudeurs aient, par des apparitions, entretenu la croyance aux fées de la mer, pour mettre leur contrebande à l'abri des regards indiscrets et empêcher les gens du pays, et surtout les douaniers, de venir visiter leurs dépôts. En effet, jusqu'au XIXème siècle, la côte fut exploitée par les fraudeurs, pour la poudre ou pour le sel: or, un des costumes prêtés le plus souvent aux fées et aux féetauds, est en toile grise, et il était inhabituel aux faux-sauniers.


Légendes locales de la Haute-Bretagne, 1899

Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, 1882

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