08/05/2012

Château de Keriolet (XVè s.) Concarneau, 29

Châteaux, Concarneau, Keriolet, 29, Bretagne


Le manoir de Keriolet date du XVème siècle. Il fut remanié par la princesse Zénaïde pour son jeune époux le Comte de Chauveau.

châteaux,concarneau,keriolet,29,bretagneÀ la fin des années 1850, sous le Second Empire, Charles Chauveau rencontre la princesse russe Zénaïde Youssoupoff. Elle s'éprend de lui, lui achète deux titres nobiliaires (comte de Chauveau et marquis de Serres), l'épouse le 3 septembre 1860. La nouvelle position sociale du comte lui permet alors d'ambitionner une carrière politique. châteaux,concarneau,keriolet,29,bretagneUn siège de conseiller général se libère à Concarneau, dans le Sud-Finistère. Afin de pouvoir se présenter aux élections, le jeune candidat doit acquérir une résidence dans la circonscription qu'il convoite. Il recherche donc une propriété, est élu en 1860 et achète personnellement, en 1862, le domaine de Kériolet, en Beuzec-Conq (la commune ne sera rattachée à Concarneau qu'en 1945).

Je vous invite à découvrir le site d'une des descendante de la princesse, son arrière petite-fille, la plus à même de retracer l'histoire de sa famille, celle du château:

4084444,La-princesse-NARISCHKINE.html

4084490,Le-Comte-de-CHAUVEAU.html

Remontant au xve siècle, le manoir, bâtisse relativement modeste, est une ancienne propriété des Kéryollet, des Trédern, des Kersalaun. Le manoir du Moros, domaine voisin et ancienne propriété d'Abraham Duquesne, est également acheté par le couple et remanié, dans des proportions bien plus modestes que Kériolet.

châteaux,concarneau,keriolet,29,bretagneLe « nouveau » château de Kériolet se réfère au château de Blois (statue équestre en bas-relief de Louis XII sur la façade), au château de Rustéphan (tourelle-escalier), au prieuré de Locamand (portail d'entrée). Sur l'aile sud, on peut voir, sculptées, les couronnes de comte et de marquis, des fleurs de lys, des hermines de Bretagne, des étoiles d'inspiration russe, des coquilles Saint-Jacques, les lettres A (pour Anne de Bretagne) et L (pour Louis XII) accolées. Les lucarnes à pignon, la balustrade du corps de logis, rappellent celles du château de Josselin, chef-d'œuvre du gothique flamboyant.






Portail d'entrée de la Cour d'honneur



Le parc est agrémenté de statues : une Velléda, copie de celle d'Hippolyte Maindron exposée au musée du Louvre; un Vercingétorix, un Charles VIII, et une Anne de Bretagne, la bonne duchesse si chère au cœur de la princesse, une Jeanne d'Arc, un Bertrand Du Guesclin. Le parc comprend également, à proximité immédiate du château, la Tour de garde, et la Tour Marie-Jeanne (du nom de la cuisinière du comte).châteaux,concarneau,keriolet,29,bretagne
Face à l'entrée de la chapelle se trouve un Christ sur la croix et, penché vers lui, un ange recueille le sang qui coule d'une de ses mains et de ses flancs, dans deux calices (xvie siècle). La toiture de la chapelle est elle-même ornée, à l'extérieur, d'anges aux trompettes, et porte à son sommet, un archange Saint-Michel terrassant le dragon. La première pierre de la chapelle a été posée le 19 mars 1881 et l'édifice a été consacré au début de l'été 18824. Un autel avec retable est démonté en 1900 de l'église de Névez, puis remonté dans la chapelle du château de Kériolet. Il est à nouveau déplacé en 1956 pour revenir dans l'église de Névez.
 
chien canem

Le comte de Chauveau, âgé de 60 ans, décède en octobre 1889 à Kériolet. Son caveau se trouve dans le cimetière tout proche de Beuzec-Conq. Charles de Chauveau avait légué le domaine à sa sœur, Madame Prieur. Sa veuve racheta Kériolet et décida alors d'en faire don, avec ses terres et ses collections, au département du Finistère, à condition de tout laisser en l'état. Elle passa encore quelques étés dans sa résidence concarnoise, avant de s'éteindre à son tour, le 26 février 1893, dans son hôtel particulier du Parc des Princes de Boulogne-Billancourt, à l'âge de 90 ans. Sa dépouille est rapatriée en Russie. Peu après, Kériolet est ouvert au public. Les collections du comte et de la comtesse de Chauveau sont complétées par un ensemble d'œuvres du peintre Camille Bernier (1823-1902), qui vécut au manoir de Kerlagadic à Bannalec, et par de nombreux costumes bretons. Le peintre concarnois Théophile Deyrolle (1844-1923) participera à la mise en valeur du nouveau musée, en tant que premier conservateur nommé. C'est ainsi que Kériolet deviendra un lieu de promenade et de visite très prisé.
 
châteaux,concarneau,keriolet,29,bretagne


Tour de Garde


















Dans la deuxième moitié des années 1910, en Russie, le tsar Nicolas II est confronté à une grave crise politique. Le prince Félix et son épouse, la princesse Irina quittent définitivement la Russie en avril 1919. Ils s’installent en France, achètent une maison à Boulogne-Billancourt, une dépendance de l’ancien hôtel particulier de la comtesse de Chauveau. Avec son épouse, il crée la maison de couture Irfé (Ir pour Irina, fé pour Félix). Le couple aide de nombreux réfugiés russes et ses moyens financiers déclinent rapidement. Le prince visite Kériolet une première fois, dans les années 1920, alors que sa mère a déjà tenté en vain de récupérer le domaine (les clauses du legs n’auraient pas été respectées par le département du Finistère, des objets et une parcelle de terre ayant été vendus).
Bien plus tard, dans les années 1950, il essaiera à son tour d’obtenir la restitution du château à sa famille. Après des années de procédure, il gagne son procès, en 1956. La préfecture de Quimper récupère alors un portail du parc, aujourd’hui ornement du jardin du préfet, le département retire ses rajouts aux collections primitives. Le prince entre en possession de Kériolet, mais la demeure ne lui plaît pas, et très vite les collections sont dispersées, le domaine morcelé. Félix Youssoupoff propose à la ville de Concarneau d’acquérir son château, les pourparlers s’éternisent.
châteaux,concarneau,keriolet,29,bretagne

Il offre le puits des cuisines de Kériolet, puits aujourd’hui remonté dans la Ville-Close de Concarneau.


Cuisine de la salle des gardes


Le domaine se réduit en peau de chagrin, il est finalement vendu, revendu. En 1971, la chapelle est détruite, ses pierres sont récupérées pour la construction d’une maison. Le château se dégrade inexorablement, certains éléments de décoration intérieure et du parc disparaissent lors de vols. La tempête de 1987 emporte la toiture.

Christophe Lévèque, rachète alors le château, le restaure (restauration toujours en cours en 2011, une partie du second étage étant achevée) et l’ouvre à nouveau au public. De 1997 à 2001, le château sert de résidence au festival de musique électronique Astropolis.
 

Les commentaires sont fermés.