16/05/2012

Nécropole de Théviec (St-Pierre-Quiberon, 56)

 

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Théviec (ou Téviec) est un îlot privé situé à l'ouest de l'isthme de la presquîle de Quiberon, en Saint-Pierre-Quiberon.

1926: des archéologues amateurs Lorrains, Marthe et Saint-Just Péquart, visitent pour la première fois le site de Théviec, motivés par une prospection de M.F Gaillard, datant de 1883. Ce dernier avait noté une zone, au nord-ouest de l'îlot, d'une quinzaine de mètres de long, remplie de coquillages et d'ossements d'animaux.

1928, juillet: début des fouilles. Décapage progressif sur une cinquantaine de cm d'épaisseur, repèrant de nombreux foyers disposés à même le dépôt coquillier, un outillage en silex, quelques ossements d'animaux dont des pièces en bois de cerf et une dent de sanglier. A un niveau plus ancien, ils découvrent  un homme. Puis des bois de cerf engagés partiellement sous une dalle de 60 cm de long. Une fois la dalle extraite, les bois s'enfonçaient et reposaient directement sur un crâne humain.

 

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Entre 1928 et 1934 des fouilles se poursuivirent; La nécropole date du Mésolithiques. Les tombes remontent donc à -9.000 ans avant J-C, ie entre la fin de la dernière glaciation (-9.000 av. J-C) et l'arrivée des premiers agriculteurs du Néolithique (-5.000 av. J-C).

Ce site fait partie des rares sites remontant à cette époque en Bretagne. Les sols étant acides, il est en effet très rare de découvrir des ossements anciens, ces derniers disparaissant habituellement au bout de quelques siècles.

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Mais les zones littorales, et les îles, font exception.

Au Mésolithique, l'îlot de Théviec se trouvait dans une lagune, et la Manche n'était pas encore une mer. On pouvait rejoindre l'Angleterre à pied. La Bretagne a connu à cette époque des bouleversements de paysage. A la fin de la dernière glaciation, près de 10.000 ans avant notre ère, le niveau de la mer s'est élevé fortement, de près de 100m sur plusieurs siècles. La montée des eaux  a peu à peu privé les habitants des terrains de chasse. Mais ils apprirent ou savaient déjà naviguer.

Les habitats mis à jour, sont placés sur des amas coquilliers ayant livrés les restes de nombreux mollusques marins, de crustacés, de poissons, d'oiseaux (dont des pingouins er des canards), des cétacés, et des mamifères terrestres (sangliers, chevreuils, cerfs, aurochs, chiens...) ainsi que des résidus de taille de silex. C'est dans cette zone que ces cueilleurs-chasseurs de l'époque enterraient leurs défunts. Les coquillages ont contribué à la conservation des sépultures, leur carbonate ayant isolé les ossements du sol acide.

En ce qui concerne les outillages en os et en bois de cervidés mis à jour, leur datation a permis d'indiquer que l'occupation du site fut plus longue que prévue: entre 6.740 et 5.680 BP, la fin serait ainsi contemporaine au début du Néolithique.

La nécropole découverte faisait partie de l'habitat, les tombes étaient creusées à proximité des lieux de vie. Autour de ces sépultures, ont en effet été découvert des traces d'activités artisanales, des foyers entre autres. Ont été également mis en évidence des traces de rituels liés à l'inhumation des corps. Ceux-ci étaient déposés en flexion forcée, dans des tombes communes, les restes d'autres défunts étant écartés au fur et à mesure.

La nécropole de Théviec nous a ainsi livré dix sépultures, certaines étant multiples, au total près d'une quarantaine d'individus, adultes et enfants, y ont été recensés. Certains ossements étaient dispersés.

Dans une vertèbre de l'un deux, fut découvert une armature de sillex, attestant d'une mort violente. Un chercheur du CNRS, spécialiste de cette époque, a par la suite confimé que des pointes de flèches ont été prélevées sur plusieurs squelettes, témoignant  d'une vraie tuerie.

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Après leur découverte, les époux Péquart furent amené à travailler dans l'Ariège. C'est à cette occasion, que la sépulture dénommée A fut donnée au muséum de Toulouse.

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La reconstitution de cette tombe du Mésolithique fut effectuée par Philippe Lacomme, lequel, au début du XXème siècle, était le taxidermiste et préparateur du muséum. Il data 1938, la reconstitution de cette sépulture.

 

 

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Jusqu'à une dernière étude en 2010, le squelette de droite était donné pour être un homme alors que celui de gauche passait pour être une femme.

 

 

 

 

800px-Sépulture_de_Teviec_(2).jpgUne fois la résine et les reconstitutions faites en 1938 enlevées, les deux bassins ont en fait révélé qu'ils appartenaient à deux femmes âgées de 25 à 30 ans, et présentant toutes deux, des traces de mort violente.Le corps de droite porte 5 impacts de coups sur la tête, dont deux mortels, ainsi qu'une entrée de flèche entre les deux yeux. Celui de gauche, présente deux traces de coups.

Et curieusement, ces deux corps ont ensuite été inhumé avec le plus grand soin, avec des parures, des ornements, des bijoux.

Si le crime est indubitable, beaucoup d'hypothèses courrent: crime rituel, guerre de clans, viol collectifs suivi de mise à mort, pusi dernier hommage des familles ?

 

 

 

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