07/04/2012

LA GROTTE DES KORRIGANS (Batz-sur-Mer, 44)

 

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batz-sur-mer,le pouliguen,la grotte des korrigans,contes,légendes,bretagneUn soir d'hiver, dans le bourg de Batz, une vieille femme avance péniblement sur les pavés avant de s'arrêter devant la porte d'une maison, elle frappe. C'est un homme au long cheveux blonds qui tombent sur sa chupenn rouge qui lui ouvre. La vieille femme est affreusement laide, repoussante, pourtant, le paludier qui est un homme aimable, l'invite à s'asseoir sur un banc et à boire une bonne soupe chaude. batz-sur-mer,le pouliguen,la grotte des korrigans,contes,légendes,bretagneVoyant que la vieille femme semblait engourdie par le froid, il alla chercher un drap épais pour la réchauffer ainsi qu'une bonne bûche pour relancer le feu de la cheminée, laissant la vieille et étrange femme seule, entourée de meubles rougis par lez sang comme c'est l'usage chez les habitants de la presqu'île Guérandaise.

Il remarqua avec surprise que son chien n'osait s'approcher de la vieille femme...

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En revenant, il mit la bûche dans le feu, et s'approcha de la vieille femme pour la recouvrir du drap, mais tout d'un coup celle-ci disparus, laissant place à une petite, mais superbe créature.

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Celle-ci qui n'était autre que la reine des Korrigans, pour le remercier de son hospitalité et de sa bonté, lui dit le secret qui permet d'ouvrir la porte qui, dans la grotte des korrigans, permet de pénétrer dans les tunnels secrets du petit peuple, ces souterrains cachent de grandes richesses, le paludier pourra aller s'y servir, mais il devra avoir regagner sa maison avant le lever du soleil sinon tout le trésor qu'il aura amassé disparaîtra.

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Le paludier mis son large chapeau à rubans, et se mit en route dans la froide nuit vers la côte, se dirigeant vers Le Pouliguen. Il arriva devant l'impressionnant trou béant qui perce la falaise, lieux crains des anciens. Il s'enfonça dans l'obscurité de la cavité, et trouva la pierre en question qui sert de porte entre le monde des hommes et celui des antiques créatures.

Il prononça les mots que la reine lui avait appris et pénétra alors de l'autre côté. Merveilleux, une lumière fantastique l'encerclait, et des centaines de petites créatures aux traits si étrange le regardaient. Une douce musique embaumait l'atmosphère et des biens aussi divers que précieux tapissaient le sol. Envoûté par cette ambiance, le paludier remplissait son sac, et découvrait sans cesse de nouvelles cavités où se trouvaient toujours de plus grandes richesses.

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L'homme aurait bien passé toute sa vie dans cet endroit fantastique entouré des korrigans, mais il trébucha, tomba, la douleur le ramena à la réalité. Il ne savait combien de temps il avait passé dans cet endroit envoûtant. Il devait partir avant l'aube. Il repartit donc, hors de la grotte. Il vit à l'horizon, là où la mer se mêle avec la terre, que le ciel s'éclaircissait, l'aube arriverait bientôt. Il abandonna ses lourds sabots pour courir toujours plus vite, mais il n'alla pas assez vite.

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Il était alors au côté de la "pierre longue", un menhir qui trône sur les falaises de la mer, essoufflé, il s'appuya contre celle-ci, et sentit qu'elle bougeait. Il cacha donc le trésor en dessous, pour qu'il ne soit pas touché par les rayons du soleil. Puis il retourna chez lui, en attendant patiemment la prochaine nuit où il pourrait aller récupérer son trésor.

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Le lendemain, alors qu'il travaillait, il ne cessait de penser à son trésor, brûlant d'impatience. Le soir, il retourna à la "pierre longue" près du village de Kervenel. Mais la grâce, et le merveilleux de la veille n'était plus, la pierre ne bougeait plus. Dépité, le paludier tomba sur ses genoux, et de voir tant de richesse disparaître après tant d'efforts, il ne put s'empâcher dce pleurer. Voyant le si servitable paludier en si mauvaise posture, la reine des korrigans réapparus, et lui dit:

" Tu as été trop cupide, ainsi je ne redonnerais pas ton trésor, mais comme tu m'as aidé, et que je sais que parfois la vie est dure dans le marais, je t'offre ce plat. Un plat magique, qui s'emplit de la nourriture dont tu rêves. Tu ne sera ainsi jamais dans le besoin."

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Arrivé chez lui, le paludier posa le plat sur la table et se mit à rêver d'un festin royal, emplis des produits qu'il préfère. C'est alors que tout ce dont il rêvait apparus dans le plat. Il ne tomba donc jamais dnas le besoin, et garda avec lui lusque dans la mort, le mot secret qui permet de rentrer dans les souterrains des korrigans.

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06/04/2012

70 - LES DEUX BOSSUS

 

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Il y avait une fois, deux tailleurs qui habitaient la même rue et étaient affligés de la même difformité: ils étaient aussi bossus l'un que l'autre. Cela leur valait d'être la risée de tout le village et ils ne pouvaient croiser personne sur leur chemin sans en recevoir des moqueries.

L'un s'appelait Kaour et l'uatre Laouig.

Kaour était d'un heureux tempérament; il répondait aux plaisanteries par des plaisanteries encore plus fines; tout le temps qu'il était installé à coudre, il n'arrêtait pas de raconter à qui voulait les entendre, de savoureuses histoires et de chanter d'une voix de fausset des chansonnettes humoristiques et des romances sentimentales; il prenait la vie par le bon bout.

Laouig, au contraire, était continuellement renfrogné, il supportait mal les moqueries et ne se mettait guère en frais pour distraire ses pratiques. Ajoutons qu'il aimait l'argent... et que lorsqu'il pouvait voler son prochain, il ne laissait jamais passer l'occasion.


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Une nuit, Kaour rentrait d'une journée de travail à la ferme de Penhoat-Uhella, où il avait eu à confectionner les habits de noce du fils de la maison, et traversait au clair de lune une grande lande où, parmi les ajoncs, se dressaient plusieurs menhirs. Soudain, il entendit de petites voix fluettes qui chantaient:

" Dilun, dimeurz, dimerc'her"

(Lundi, mardi, mercredi en breton)

" Tiens ! se demanda-t-il, qui donc peut chanter ainsi dans ce lieu désert ? "

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Il s'approcha tout doucement, en évitant de faire du bruit, et vit une bonne centaine de petits korrigans qui dansaient en rond en se tenant la main.

L'un deux s'époumonait à chanter:

lutin dansant.gif" Dilun, dimeurz, dimec'her ! "

Et tous les autres reprenaient en choeur, en redoublant leurs entrechats:

" Dilun, Dimeurz, dimerc'her ! "

Kaour fît prudemment demi-tour, sur la pointe des pieds, car il avait entendu dire que les voyageurs attardés, qui se trouvaient à traverser une lande où dansent les korrigans est sûr d'être entraîné dans leur ronde et forcé de tourner avec eux jusqu'au premier chant du coq.

Mais si discrètement qu'il eût opéré sa retraite, il n'en fut pas moins remarqué par les danseurs nocturnes qui, interrompant leur ronde, se ruèrent vers lui en poussant des cris stridents, et l'eurent bientôt entouré comme un essaim de mouches entoure une goutte de miel. Il n'en menait pas large, et quand les petits êtres lui crièrent tous à la fois: " Viens danser avec nous ", il se dit qu'il ne serait sans doute pas bon de les contrarier. La ronde se reforma donc avec lui, et le chant reprit:

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" Dilunh, dimeurz, dimerc'her ! "


Au bout d'un certain temps, Kaour commença à être fatigué de tourner en rond et il en avait assez de répéter sans cesse les mêmes paroles.

Pour gagner un peu de temps et reprendre son souffle, il dit:

" Faites excuse, mes gentilshommes, mais on pourrait chanter la suite de la chanson ? "

Les korrigans s'arrêtèrent net. ( Ouf! c'était toujours autant de repos de pris).

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" La suite ? Demandèrent-ils.

- Ben ou, la suite ! Je la connais, moi, la suite. Il y a quelque chose après "lundi mardi mercredi" !

- Vrai ? Tu connais la suite ? Oh ! Alors dis-la-nous.

- Bien volontiers."

Et le tailleur, après avoir repris son souffle, de chanter:

" Diriaou ha digwener ! " (jeudi et vendredi)

Les korrignas pousèrent des acclamations enthousistaes.

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" You ! You ! Magnifique ! Voilà qui nous fait une chanson magnifique ! Le nombre de pieds y est, la rime aussi. Allons, les amis, reprenons la danse !"

Et ils se remirent à danser en chantant:

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" Dilun, dimeurz, dimerc'her,

Diriaou ha digwener ! "

Ils étaient maintenant pleins d'égards pour Kaour, et pour le remercier, veillaient à ne pas trop le fatiguer. Quand ils virent que ses pas n'étaient plus aussi assurés, ils arrêtèrent leur ronde et leur chef demanda:

" Que désires-tu Kaour, comme récompense pour nous avoir appris un si beau chant ?

- Comme récompense ? Ma foi... je ne sais pas... je ne cherchais pas une récompense.

- Eh bien, je t'offre le choix entre un gros sac rempli d'or ou de supprimer ta bosse. "

Le tailleur n'hésita pas.

" Si vous êtes en mesure de m'enlever ma bosse et de me rendre aussi droit que le mât du drapeau breton, alors là ce n'est pas de refus ! "

Aussitôt les nains se jetèrent sur lui, le lancèrent en l'air, le firent pirouetter et se le passèrent de l'un à l'autre comme un ballon. Quand il retomba, tout étourdi, sur ses pieds, il n'avait plus de bosse et était aussi droit que le mât du drapeau breton.

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Le lendemain, Kaour rencontra l'autre tailleur, Laouig qui, en le voyant, se frotta plusieurs fois els yeux.

" Ce n'est pas possible ! C'est toi, Kaour ?

- Comme tu le vois: c'est moi.

- Ma parole ! Tu as bien grandi, d'un seul coup, d'un pied. Et qu'as-tu fait de ta bosse ?

- Ma bosse ? Quelle bosse ? Tu vois bien que je n'ai pas de bosse. Je ne suis pas un vilain bossu comme toi Laouig.

- Cesse de te poquer. Tu n'as plus de bosse mais tu en avais une pas plus tard qu'hier. Il y a de la sorcellerie là-dessous."

Kaour raconta ce qui lui était arrivé.

" Satordellik ! Se dit Laouig, il faut que j'aille moi aussi, la nuit prochaine faire un tour sur la lande. Mais je ne serai pas aussi sot que ce pauvre Kaour: moi je prendrai, ce sera le sac plein d'or."


Dès que la lune se leva, il se mit en route et lorsqu'il aperçut les korrigans dansant en rond, il s'avança hardiment vers eux.

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" Viens danser avec nous, luis crièrent-ils.


Il pénétra dans le cercle et chanta avec eux.

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" Dilun, dimeurz, dimercher,

Diriaou ha digwener !"

Mais bientôt, il fut fatigué de tourner et leur demanda:

" Ne savez-vous chanter que cela ? Ne connaissez-vous pas la suite ?

- La suite ? Il n'y a pas ded suite, répondirent-ils. En connaîtrais-tu une ?

- Parfaitement.

- Oh ! Dis-la-nous alors. Dis-la vite !

- Bon écoutez:

"Dilun, dimeurz, dimercher,

Diriaou ha digwener,

Ha disadorn ha disul" (Et samedi et dimanche)


Les korrigans firent la moue.

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" Ce n'est pas si joli, dit l'un.

- Ca ne rime pas fit un autre.

- C'était beaucoup mieux avant, ajouta un troisième. "

Mais leur chef intervint:

" Ca ne fait rien, il faut tenir compte de l'intention. Nous avons récompensé Kaour, en lui offrant de choisir entre la richesse et la beauté. Nous devons la même récompense à celui-ci. Kaour a laissé le sac d'or.

- Quel sera ton choix ? demanda le chef,

- Je choisis ce que Kaour a laissé. "

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Les nains se jetèrent sur lui, le lancèrent en l'air, le firent pirouetter et se le passèrent de l'un à l'autre comme un ballon. Qund il retomba, tout étourdi, sur ses pieds... il avait ... deux bosses. La sienne et celle de Kaour.




04/04/2012

LA CHAMBRE AU LOUP (Brocéliande)

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brocéliande,chambre au loup,contes et légendes de bretagneLe vallon de la chambre au loup est une terre de légende.

loup_026.gifUn des rochers découpe sur le ciel sa forme d'un loup qui hurle à la mort, la tête tournée vers le ciel.

Une légende remontant à la nuit des temps, raconte que chaque fois que le pays de Brocéliande a été envahi par des ennemis, le grand loup de schiste s'est réveillé pour se métamorphoser en un redoutable guerrier.loup_042.gif

LE TORRENT SILENCIEUX (Locquenvel)

 

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La petite commune de Locquenvel, dans le canton de Belle-Isle-en-Terre, possède une église qui est peut-être la plus ancienne du pays. Son clocher porte en effet la date de 1111 - Elle est placée sous l'invocation de Saint-Envel.

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Envel, né en Grande-Bretagne vers le VIème siècle, était un abbé qui avait un frère, abbé comme lui, et une soeur, nommée Juna, elle aussi dans les ordres. Obligés de fuir les Saxons, ils s'expatrièrent et vinrent en Armorique.

 

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Après leur débarquement sur la côte, ils marchèrent longtemps et s'arrêtèrent finalement à l'orée de la forêt de Coat an Noz (le bois de la nuit). Le séjour leur parut agréable. Ils résolurent de s'y fixer. Ils bâtirent trois ermitages peu éloignés l'un de l'autre.

L'ermitage de Saint Envel était en Locquenvel, précisément dans le lieu où se trouve l'église, celui de son frère à Belle-Isle, à l'endroit où s'élève la chapelle du Bois, celui de Juna se trouvait en Plounévez-Moëdec. La rivière le Guic, affluent du Guer, qui forme en son estuaire le le port de Lannion, séparait Juna de ses deux frères.

Locquenvel, contes et légendes, Envel, JunaEnvel se fit agriculteur et même éleveur. Et c'est lui que l'on invoque maintenant pour protéger les blés contre les corbeaux, et les bestiaux contre la maladie et les loups.

 

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Sur l'un ds vitraux de l'église, Envel apparaît un licol à la main, puis, un peu plus loin, on aperçoit un loup qui achève de dévorer une jument. Envel s'adressant au loup l'apostrophe en ces termes:

" Manquet out dantec, Pa teus lac'het ma c'hazec"

(Tu as manqué, bête à dent, Car tu as tué ma jument)

 

Sur un autre vitrail, Envel enlace la tête du loup de son licol, et force celui-ci à le suivre et à lui tenir lieu, pour labourer son champ, de la jument qu'il a perdue. Et dans un quatrième tableau, on voit le loup attaché à une charrue et conduit par le saint, qui tient un fouet levé et prêt à frapper. 

Non loin de l'église, coule la rivière le Guic, sur un amoncellement de rochers. Bien que les eaux aient une apparence torrentueuse, on ne les entend pas. En voici la raison:

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Juna, très souvent, venait rendre visite à son frère, mais, par esprit de sacrifice, tous deux avaient fait voeu de ne se voir et parler qu'en demeurant chacun sur une rive différente. Un jour, la rivière avait été grossie par la pluie. Ses eaux grondaient avec un bruit si assourdissant que, bien en vain, Envel et Juna essayaient de s'entendre. Comme ils n'y parvenaient pas, Envel ordonna au torrent de se taire et, depuis, il n'a jamais osé élever la voix.

 

 

 

29/03/2012

LE TOURBILLON DE LA FAUCONNIERE (Plévenon, Côtes d'Armor)

 

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cap fréhel,fée,la fauconnière,légende de bretagneAu temps jadis, il y avait à Plévenon, un pêcheur du nom d'Hervé, qui était connu à dix lieues à la ronde, comme le meilleur et le plus beau garçon du pays. Toutes les filles avaient voulu se faire remarquer de lui, car il était aussi courageux et sérieux que beau, et elles espéraient toutes l'épouser.cap fréhel,fée,la fauconnière,légende de bretagne

Mais Hervé n'avait d'yeux que pour une fille de Trécellin, douce et gentille, et que chacun admirait et respectait. Mais cela n'empêchait nullement les filles de Plévenon de ne jamais rater l'occasion de le rencontrer et de lui prodiguer les sourires les plus aimables, voire les plus audacieux. Bref, Hervé le pêcheur était l'objet de toutes les convoîtises de toutes celles qui étaient enâge de se marier.

 

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Or, en ce temps-là, il y avait des fées qui habitaient une des grottes du cap Fréhel, et on les appelait des "Houles". Comme elles se répandaient souvent parmi les gens, elles entendirent parler d'Hervé le pêcheur et voulurent le connaître.

cap fréhel,fée,la fauconnière,légende de bretagneL'une d'elles, la plus jeune et la plus jolie, revêtit même les habits d'une fille de la côte et s'en vint sur le chemin qu'il suivait, un soir qu'il rentraIt chez lui. Et dès qu'elle l'eût aperçu, son coeur se mit à battre très fort: elle en devint si amoureuse qu'elle se jura en elle-même qu'elle l'obtiendrait de gré ou de force. Comme elle avait des pouvoirs magiques, elle jeta un sort sur Hervé pour l'obliger à venir la rejoindre le soir-même,  à minuit, sur le rocher de la Fauconnière, qui est le plus haut de tout le cap Fréhel.

Quand la nuit fut complète, Hervé se sentit subitement l'envie irrésistible d'aller se promener sur le rivage. Sa fiancée, qui se trouvait là, eut beau lui remontrer qu'il était très dangereux de s'aventurer sur les rochers dans l'obscurité, Hervé lui répondit que c'était la pleine lune et qu'il ne risquait rien à suivre des sentiers qu'il connaisait fort bien. Elle se proposa alors de l'accompagner, mais le pêcheur lui répondit d'un ton péremptoire et presque mauvais qu'il n'avait pas besoin de sa nourrice pour aller faire une promenade au clair de lune. Et, sans plus tarder, le visage en feu et les yeux   dans le vague, il sortit de la maison de ses parents et s'enfonça ds l'obé. Brument, les nuagedissipèrent et la lune apparut dans tout son éclat.

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Le pêcheur ne fut pas long à parvenir au cap, et il fut bien surpris de distinguer, assise au sommet du rocher de la Fauconnière, la plus belle des femmes qu'il eût jamais vue. Son premier réflexe fut de se dire que c'était la Sainte Vierge, telle qu'elle était représentée dans l'église de Plévenon, avec sa couronne d'or et son vaste manteau bleu. Mais en approchant, il vit que la couronne d'or n'était que le reflet de la lune dans une chevelure blonde qui flottait légèrement dans le vent. Quant au manteau bleu, il s'aperçut que c'était un voile léger qui dissimulait à peine les formes gracieuses du corp de la femme. Elle souriait et, en voyant ce sourire, Hervé se sentit tout à coup emporté par le désir de l'entourer de ses bras et de se serrer contre elle jusqu'à en être étouffé. Cependant, il se contint et, vaguement intimidé s'arrêta à mi-chemin du sommet, les yeux perdus dans une sorte d'extase qu'il n'avait jamais connue.

" Beau garçon, dit-elle alors, viens plus près de moi."

Le pêcheur s'avança. La lumière de la lune était telle qu'il voyait à travers son vêtement les moindres détails du corps de la fée.

" Qui es-tu ? demanda-t-il péniblement.

- Mon nom n'a pas d'importance, répondit-elle, et tu n'as pas besoin de le savoir pour m'aimer telle que je suis, telle que je t'apparais. Approche, beau garçon, approche et vois comme je suis belle. Et c'est pour toi que je suis belle, parce que je t'aime et que tu m'aimes. Tu viendras avec moi, et je t'emmènerai dans mon pays. Tu y verras les plus belles choses du monde, des plaines inondées de lumière jour et nuit, des chevaux qui courent sur les vagues, des forêts qui surgissent de terre, des étoiles qui pleuvent sur la mer. Approche, beau garçon..."

Le pêcheur fit encore quelques pas et se trouva à la hauteur de la fée. Celle-ci tendit alors sa main droite qui tenait une coupe contenant un liquide qui n'était ni du cidre, ni du vin: c'était un breuvage d'amour par lequel elle voulait s'attacher à jamais le jeune homme.

" Bois, lui dit-elle, bois ce breuvage de vie que je t'offre en témoignage de mon amour. Désormais, tu ne souffriras plus jamais la faim ni la soif, ni les fatigues et les misères qui sont le lot des pauvres humains.Bois, beau garçon, et ensuite, je te prendrai par la main afin de t'emmener dans mon royaume."


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En ce même moment, la fiancée d'Hervé, au village, désespérée d'avoir vu partir le pêcheur pour cette randonnée nocturne qui ne se justifiait pas, s'était mise à genoux et priait la Vierge et tous les saints du paradis de lui rendre celui qu'elle aimait d'un coeur sincère.

Le pêcheur tendit la main vers la coupe que lui présentait la fée et la porta à ses lèvres, avide d'en boire le contenu et de suivre cette femme si belle et si émouvante dans le rayonnement intense de la lune. Et il allait boire, quand tout à coup, il recula effrayé. C'était l'instant où sa fiancée venait de terminer sa prière et se relevait pour aller à la fenêtre guetter son ombre familière. L'image de sa fiancée lui revint brutalement en mémoire. Alors, d'un geste violent, il lança la coupe dans la mer.


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La fée poussa un cri terrible et sauta dans les flots. Hervé la vit disparaître et n'entendit plus que le bouillonneùent des vagues. Mais la fée était immortelle. Elle ne pouvait pas mourir. Cependant, on l'entendit longtemps pleurer de douleur et de désespoir. A l'endroit où elle avait plongé, se forma un troubillon que les marins connaissent bien et qui les épouvante lorsque le vent les pousse dans cette direction. Et depuis ce temps-*là, la mer est devenue salée à cause des larmes que verse la fée du cap Fréhel parce qu'elle n'a pas pu obtenir l'amour d'un jeune et beaupêcheur de Plévenon.


Jean Markale, Contes & Légendes des Pays Celtes


nb: voyez comment ce conte qui remonte à la fin du XIXème siècle, témoigne que déjà à l'époque, il y avait une méfiance envers la femme fatale, ie, la fée des antiques traditions devenues créature de Satan dans la mentalité puritaine qui caractérise une société rurale qui ne sait plus très bien sur quels critères elle doit se maintenir au milieu des querelles idéologiques de plus en plus pressantes. Ce thème de la "femme fatale" ou bannshee, est abordé dans les contes irlandais, mais sans connotation moralisatrice. C'est le contexte clérical qui met en garde les jeunes gens de Bretagne contre les dangers représentés par la femme, descendante d'Eve, la pécheresse qui a perdu l'humanité.


PIED D'AIRIN & MAINS D'ARGENT (Lanmeur)

 

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Crypte de l'église de Lanmeur


Flèche début de texte.gifLes barbares, Huns, Alains et Saxons, ravagèrent au cours des IVème et Vème siècles, la péninsule armoricaine. Les habitants, pour échapper aux massacres, se retirèrent à l'intérieur du pays, laissant les côtes à peu près désertes sur une profondeur qui atteignait parfois vingt et trente lieues. Partout, dans la partie abandonnée du territoire, la nature reprit le dessus et le sol se couvrit de végétations.

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Tout au début du VIème siècle, existait chez les Bretons insulaires, un personnage issu de race royale, qui était très riche et possédait de nombreux serviteurs. Il s'appelait Iaun (Jean). En raison de son caractère, on l'avait surnommé Reith, nom pouvant se traduire par la Loi ou par la règle.

Ayant appris que la plus grande partie de la Cornouaille armoricaine était redevenue, à la suite des invasions, une terre délaissée et sauvage, que les chevaux, le bétail, le gibier y vivaient en liberté, Iaun Reith fréta une grande flotte, traversa la mer et vint s'installer dans ce pays nouveau pour les siens et pour lui, qu'il mit en culture.


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La principauté, créée par Iaun Reith, passa successivement à son fils Daniel, puis aux deux fils de ce dernier, Méliau et Rivod. Autant Méliau était bon et aimé de son peuple, autant Rivod était ambitieux, cruel et redouté.

 

Un jour, les deux frères eurent une discussion. Méliau soutenait l'équité, Rivod ne reculait pas devant l'injustice pour obtenir ce qu'il désirait. Comme Méliau lui présentait de justes remontrances, son frère s'emporta et, renouvelant l'acte de Cain, le frappa brutalement jusqu'à ce que mort s'en suivit.

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Méliau laissait un héritier légitime, son fils Mélar (ou Méloir), âgé de 7 ans.


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Rivod, en raison de l'extrême jeunesse de Mélar, obtint de gérer ses biens. Mais ce pouvoir temporaire ne suffisait pas à son ambition. Il voulait le pouvoir définitif. Il projeta d'abord pour l'obtenir, d'assassiner son neveu, puis une idée peut-être plus atroce encore, lui vint à l'esprit. Il fit couper la main droite et le pied gauche de l'enfant. Celui-ce, du fait de cette mutilation, ne pourrait tenir un glaive, ni monter à cheval et deviendrait incapable de régner.

L'assemblée nationale des barons de Cornouaille protesta contre cet acte abominable. Elle décida même de soustraire Mélar à Rivod, et de le confier à l'abbé qui avait remplacé Saint Corentin à la tête de son monastère. Elle n'osa cependant pas retirer le pouvoir au frère de Méliau.


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Mélar, dès qu'il fut instruit, alla demeurer chez l'un des barons, nommé Kérialtan, que l'assemblée chargea de son éducation militaire et mondaine. Un évènement absolument merveilleux s'était produit. Les barons, après sa cruelle mutilation, avaient adapter à Mélar, un pied d'airin et une main d'argent. Or, peu à peu, ces membres artificiels s'étaient assouplis, avaient crû si bien que l'incapacité physique n'existait donc plus et, Mélar, contrairement à ce qu'avait voulu son oncle, se trouvait en mesure de régner et de gouverner. Son amabilité et sa bonté, qui rappelaient celles de son père, lui valurent des partisans nombreux.homme-gif-183.gif

Rivod sentit tout le danger de cette nouvelle situation. Il regretta de n'avoir pas suivi sa première inspiration et fait assassiner Mélar. Convaincu qu'il n'était pas trop tard cependant, il appela Kérialtan.

ali_divers_220.gifAprès lui avoir servi un repas fastueux, arrosé des meilleurs vins, il lui proposa de tuer son pupille, moyennant quoi il le comblerait de tous les biens.

Kérialtan, honnête jusqu'alors, et qui même semblait aimer Mélar d'une affection vraiment paternelle, se laissa griser tout à la fois par les vins généreux et par les promesses de Rivod. Il accepta l'odieux marché, en posant cette condition:

" Quand j'aurai apporté la tête de Mélar, je monterai sur la plus haute montagne de Cornouaille et tout le pays que verront les yeux sera le mien

- Il en sera selon ton désir, acquiesça Rivod."

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En retournant chez lui, Kérialtan se rendit compte de l'abomination de sa conduite. Il confia à sa femme ce que lui avait proposé Rivod et laissa entendre qu'un tel crime rejaillirait sur lui et sur les siens. Mais, au lieu d'être encouragé dans l'idée d'un refus, Kérialtan trouva au contraire, auprès de sa compagne, l'excitation du crime.

femme034.gif" Il faut, lui dit-elle, songer à l'avenir de nos enfants. Il n'est pas bon de désobéir aux princes. Va trouver Rivod. Dis-lui que tu acceptes définitivement ses propositions."

Kérialtan, accompagné de son fils Justan, qu'il emmenait comme témoin, se rendit à nouveau chez Rivod. Il y demeura pendant une semaine à discuter, point par point, les conditions de l'odieux contrat.

Pendant ce temps, la femme de Kérialtan était revenue à de meilleures sentiments. A son tour, elle comprenait l'horreur du pacte sanguinaire que son mari et son fils allaient conclure. Prise d'un remord sincère et de pitié pour Mélar, qui était jeune, beau, affectueux, elle lui dit, sans spécifier lequel, qu'un danger le menaçait et elle l'emmena de l'autre côé des montagnes d'Arrhée, pour le mettre en sûreté chez l'un des plus puissants seigneurs du pays, le comte de Beuzit, dont le château s'élevait à quelque distance des lieux où se trouve la ville actuelle de Lanmeur.

Quand Rivod apprit la fuite de Mélar et de la femme de Kérialtan, il montra une profonde colère et tomba dans une languissante tristesse. Il rappela son complice et lui dit qu'il se devait de remplir ses engagements. 

Kérialtan, qui avait entrevu une grosse fortune, ne voulait pas qu'elle lui échappât. Il se mit en quête de découvrir la retraite de Mélar. Ce ne fut pas chose très facile, car sa femme désirait, malgré tout, revoir les siens. Elle mit cependant comme condition que les projets criminels de Rivod seraient abandonnés.

Kérialtan en fit le serment et, le jour de son arrivée, il se montra plein d'attention pour Mélar. Celui-ci, ignorant que ceux qu'il regardait et aimait à l'égal d'un père et d'un frère avaient l'âme perverse, manifesta une joie profonde de les revoir. Pour leur prouver son affection, il demanda, selon la coutume de l'époque, à passer sa nuit avec eux.

Mais la femme de Kérialtan doutait encore de la sincérité de son mari. De vagues craintes la hantaient. Elle s'opposa pendant deux jours à ce que Mélar partageât sa couche. Le troisième jour, Mélar montra tant d'insistance, Kérialtan protesta de sa droiture avec tant d'apparente sincérité, que la pauvre femme, non sans trembler, finit par céder.

medieval6.gifMélar s'allongea donc entre le père et le fils, et, plein de confiance en leur amour, il s'endormit tout heureux. La maison entière se trouva bientôt plongée dans le sommeil. Seuls Kérialtan et Justan restaient éveillés. Quand ils furent bien certains que personne ne les entendrait, ils quittèrent leur lit. Le père saisit une hache, le fils prit entre ses mains les bras de Mélar. La hacje s'éleva et retomba. Le sang jaillit et la tête roula sur le sol "comme celle d'un agneau".

Le crime accompli, justan ramassa la tête ensanglantée et la plaça dans un sac, pour la porter à Rivod. Mais il n'était pas facile de quitter le château de Beuzit sans attirer l'attention de ses habitants. Justan, au lieu de sortir par la porte qui était gardée, essaya, en s'aidant des aspérités, de descendre le long de la muraille. La nuit était profonde. Il ne put trouver les repères sur lesquels il comptait. Dès qu'il eut commencé sa descente, il se sentit perdu. Il voulut remonter au faite des remparts. Ses forces l'abandonnèrent et, d'une hauteur de plus de trente pieds, il roula au fond des douves, le corps broyé.

Kérialtan trouva, le lendemain matin, le cadavre de son fils. A côté, dans le sac, gisait la tête de Médar. Maîtrisant la douleur qu'il éprouvait de la perte de Justan, Kérialtan prit le sac et se rendit en courant chez Rivod, aux pieds duquel il jeta l'affreux trophée.

" C'est bien, déclara le tyran. Tu vas recevoir le prix de notre marché. Rends-toi sur le mont Fruggy et, comme convenu, tout ce que tes yeux verront sera tien."

Kérialtan escalade la montagne. Il arrive bientôt au sommet. Il regarde autour de lui, mais il a l'impression , bien qu'il n'aperçoive aucune étoile, d'être en pleine nuit. Le soleil brillait cependant quand il partit de chez Rivod. Alors, il comprends ce qui lui arrive. Il ne connaîtra plus désormais la douce lumière du jour. Ses yeux sont éteints. Il est aveugle. Sa rage du crime commis et qui ne sera pas payé, devient telle que le sang lui monte à la tête et que son coeur s'arrête de battre. Il tombe foudroyé.dormeurs011.gif

A quelques jours de là, Rivod expirait à son tour, au milieu des plus cruelles souffrances.

Le cadavres de Mélar fut transporté dans l'église de Lanmeur où, pour recevoir son tombeau, on édifia la très belle crypte à trois nefs qui s'y voit encore.

26/03/2012

65 - JOPIG DES RONCES (Plougonven)

 

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Plougonven - le calvaire

hermines début de texte.gifJopig était soldat, quelque part du côté de Rennes. Il avait obtenu une permission de quinze jours pour retourner chez lui, près de Plougonven, dans un village presque abandonné et où, les buissons d'épines étaient abondants. C'est pourquoi on l'appelait Jopig des Ronces.

Il était tout joyeux de revoir ses parents et sifflotait en marchant à travers la campagne. Il passa par un bourg, à quelques kilomètres de chez lui, et rencontra d'anciens camarades qui l'invitèrent à aller jouer aux cartes dans une auberge.

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Il y alla, bien satisfait de pouvoir se reposer un peu et d'avoir des nouvelles du pays. Ils jouaient déjà depuis six heures, et minuit venait de sonner, quand un homme entra dans l'auberge, qui demanda de jouer avec eux. C'était un grand gaillard tout vêtu de noir et qui avait des yeux brillants. Jopig et ses camarades acceptèrent de faire une ou deux parties avec lui. Ils se réjouirent d'ailleurs, car ils gagnaient beaucoup et l'homme noir perdait toujours.

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A un moment, l'homme noir perdit une de ses cartes qui tomba sur le sol. Jopig se pied_005.gifbaissa pour la ramasser, amis, ce faisant, il aperçut les pieds de l'homme noir sous la table et en fut horrifié: il avait en effet des pieds de cheval, et Jopig comprit bien qu'ils étaient en train de jouer avec le diable.

Il se garda bien de dire quelque chose, se contentant de quitter le jeu pour satisfaire un besoin pressant au dehors. Mais, dès qu'il fut sorti, il se précipita vers le presbytère et réveilla le recteur. Celui-ci était de fort mauvaise humeur d'avoir été dérangé dans son sommeil et, quand Jopig lui demanda son aide pour se débarrasser de Satan, il le prit très mal, disant que ce n'était pas une bonne affaire. Il fallut que Jopig insistât et lui promît qu'il tiendrait le diable au moment où leprêtre lui mettrait son étole au cou, pour que celui-ci acceptât de venir.

 

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Ils entrèrent dans l'auberge par une petite porte dérobée et, sans bruit, se glissèrent derrière l'homme noir. Jopig se jeta sur lui pour l'immobiliser et cria à ses canarades d'en faire autant. Mais le diable sautait en l'air et donnait des couips de tête jusqu'au plafons. Enfin, le recteur parvint à lui passer son étole autour du cou en prononçant les paroles de l'exorcisme.

anidog33.gifAussitôt, il y eut une sorte d'éclair, et l'homme noir fut changé en un chien roux qui grognait férocement et voulait mordre ceux qui le tenaient. Ils furent tous très effrayés, et le prêtre dit à Jopig:

" Il n'y a qu'un seul moyen pour s'en débarrasser. Il faut que tu attaches ce chien avec une corde et que tu le conduises dans tous les presbytères de la région. il se trouvera bien un recteur pour aller noyer le chien. Moi, je ne peux le faire, car je n'en ai pas la force.

- Très bien, dit Jopig, je le ferai."

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Il s'en alla sur les chemins et arriva à Guerlesquin au petit matin. Le recteur allait dire sa messe et Jopig des Ronces lui expliqua ce qu'il attendait de lui.

" Malheureux ! répondit le recteur, tu t'es mis dans une situation bien dangereuse pour ton âme. Si tu renonces maintenant ou si le chien t'échappe, il te mènera tout droit en enfer. Mais moi, je n'ai pas la force de le noyer. Va-t'en jusqu'à Lannéanou et demande au recteur s'il peut le faire."

Jopig des Ronces s'en alla jusqu'à Lannéanou, mais le recteur lui fit la même réponse et l'envoya à Scrignac. Jopig repartit alors en traînant le chien derrière lui. Le chien était de plus en plus furieux et agressif, et se débattait, voulant s'enfuir au plus vite. Dans les villages qu'ils traversaient, els enfants leur jetaient des pierres. Parfois, le chienb ne voulait plus avancer, et Jopig ne pouvait ni le laisser, ni le frapper, car  alors le chienb aurait sauté sur lui et l'aurait probablement égorgé, ou bien se serait à nouveau transformé en diable avecun corps d'homme et des pieds de cheval.

Mais à Scrignac, le recteur lui fît la même réponse et l'envoya à Berrien. Et pendant des jours et des nuits, le malheureux Jopig alla de presbytère en presbytère sans qu'aucun prêtre n'acceptât de le secourir. Il était exténué et fourbu lorsqu'il arriva chez le recteur de Botmeur. Il lui expliqua rapidement pourquoi il était venu le trouver.

" Je vais le faire, dit le prêtre. Il falait que tu passes par toutes ces paroisses pour en arriver là. Ce n'est pas une mince affaire que de noyer le diable, mon garçon, et je te demande d'avoir beaucoup de courage. Si tu as peur, il nous emmènera tout droit au fond du marécage, car c'est là que se trouve la porte de l'enfer. Allons-y tout de suite."

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Le chien grognait et s'agitait de plus en plus. Le recteur et Jopig partirent dans les chemins creux qui menaient vers le Yeun, ce vaste marécage qui s'étend sous la montagne Saint-Michel des Monts d'Arrée, et qu'on appelle maintenant le réservoir Saint-Michel.

 

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Ils eurent beaucoup de mal à retenir le chien qui tentait de s'enfuir, mais ils parvinrent cependant au bord de l'eau. Le prêtre dit alors à Jopig:

" Prends le chien par les pattes de derrière ! "

C'est ce que fit Jopig. Le prêtre saisit l'animal par les pattes de devant, et, dans un seul élan, ils le lancèrent de toutes leurs forces vers l'eau.

" Couche-toi sur le ventre ! cria le prêtre."

Jopig s'aplatit contre le sol et le recteur en fit autant. Quand le chien tomba dans l'eau, il y eut un prodigieux jaillissement d'écume et de vapeur, et la terre trembla dans tous les alentours. Puis le silence revint, comme s'il ne s'était rien passé. Le prêtre et Jopig revinrent vers Botmeur très las, et ils tremblaient de tous leurs membres.

Cependant, comme Jopig avait erré dans tous les presbytères du pays pendant tous ces jours, son temps de permission s'était écoulé, et il ne pouvait même plus aller chez lui. Il repartit pour son régiment après avoir remercié le recteur de Botmeur de l'avoir débarrassé du chien, et lui avoir promis qu'il ne jouerait plus jamais aux cartes à l'heure de minuit dans les auberges. Voilà l'histoire de Jopig des Ronces.

 

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NB: ce conte est dans la même tonalité que celui de "ann offeren drantel", où le personnage principal est Tad-Coz, prêtre exorciste. Pour ces deux récits, l'exorcisme ne peut se faire qu'une fois après avoir fait un pélerinage à travers une série de paroisse, une sorte d'épreuve d'endurance contre les forces maléfiques et satabiques.



24/03/2012

LA LEGENDE DE TOURC'H LE SANGLIER BLANC


hermines début de texte.gifTourc'h (prononcer "Twrch") le sanglier: c'était un sanglier blanc et magique, chassé en vain par le roi Arthur toute sa vie, mais qu'il ne put ni capturer nu tuer car il était immortel. Tourc'h est aussi le nom de deux rivières du Pays de Galles et d'une commune du Finistère.

 

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Le sanglier était pour les celtes, un animal important qui apparait dans de nombreux mythes et sous forme de statues ou bas relief. Il représentait à la fois la guerre et la fête.

Tourc'h était, dans la mythologie celtique galloise, un roi aui, pour ses péchés, fut changé en sanglier. Entre ses oreilles, il garda un peigne, un rasoir et des ciseaux.

La récupération de ces objets fut la tâche la plus difficile infligée par Yspaddaden, le roi des géants, à Culwch qui voulait épouser sa fille Olwen.

En effet, une malédiction voulait qu'Yspaddaden perde la vie lorsque sa fille, la belle Olwen, se marierait.

Le cousin d'Arthur, Culwch (Kulhwch), demanda la main d'Olwen à Yspaddaden.

La très méchante belle-mère de Culwch, lui avait dit qu'il ne devait pas épouser qu'une jeune fille appelée Olwen, et aucune autre.

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Culwch trouva Olwen après plus d'un an de recherche, et ils tombèrent amoureux l'un de l'autre. Olwen promit de l'épouser s'il faisait ce que son père lui demanderait. Elle lui recommanda de ne pas renoncer, quelles que soient les tâches ou conditions qui lui seraient imposées.

heaulme.gifLe géant reçu le prétendant en lui lançant des pierres et des lances empoisonnées. Les trois lances lui furent renvoyées: la première lui blessa le genou, la seconde lui transperça la poitrine et la troisième pénètra l'oeil puis ressortit par la nuque.medieval14.gif

Gravement atteint, Yspaddaden accepta de donner sa fille, mais imposa à Culwch, une série d'épreuves quasi irréalisables, pour qu'il puisse enfin épouser Olwen.

SEOC DE LANCIEUX

Lancieux, Saint Sieu, Seoc


 

lancieux,saint sieu,seocSaint Sieu, ou Seoc, est le patron de Lancieux, petite station balnéaire située entre Saint-Brieuc et Saint-Jacut-de-la-mer. Il était disciple de Saint Brieuc. 

C'est par la mer que, de l'embouchure du Gouët, il s'était rendu à l'estuaire du ruisseau du Lastier, pour établir son monastère. La veille du jour de la mort de Saint Brieuc, il vit en songe celui-ci gravir les degrés d'une échelle qui touchait le ciel. Il prit en toute hâte le chemin du Champ du Rouvre, et arriva pour recueillir le dernier souffle de son maître.

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Cette mort lui causa un profond chagrin, et quand il revint à son monastère, en mémoire de celui-ci qu'il ne cessait de regretter, il fit jaillir une fontaine du rocher. Cette source n'assèche jamais. Elle coule goutte à goutte, comme des larmes qui tombent.

Lancieux, Saint Sieu, Seoc


Saint Sieu avait bâti une église. Quand il mourut, ses paroissiens l'ensevelirent dans cette église. Le lendemain de son inhumation, on trouva son corps au bord de la mer. 

Lancieux, Saint Sieu, Seoc


lancieux,saint sieu,seoc

Il en fut de même à plusieurs reprises.lancieux,saint sieu,seoc


Les Lancieutains comprirent alors que leur saint patron voulait qu'une église fût édifiée à l'endroit même choisi par lui pour mourir. Quand on l'eut mis dans l'église neuve, il ne la quitta plus.


22/03/2012

LA BAGUE DU CAPITAINE ETRANGER

 

buguélès,le capitaine étranger,penvénan


Flèche début de texte.gifIl y a quelque cinquante ans, un navire étranger fit naufrage sur la côte de Buguélès, en Penvénan. On recueillit une dizaine de cadavres. Comme on ignorait s'ils étaient chrétiens, on les enterra dans le sable, à l'endroit où on les avait trouvés. Parmi eux, était le corps d'un grand et beau jeune homme, plus richement vêtu que ses compagnons, et que, pour cette raison, on jugea être capitaine. A l'annulaire de la main gauche, il portait une grosse bague en or sur laquelle étaient gravées des lettres en écriture inconnue.

 

Buguélès, le capitaine étranger, Penvénan

Buguélès est habité par une population d'honnêtes gens. On enterra, ou plutôt  on ensabla le beau jeune homme, sans le dépuoiler de sa bague.

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Des années passèrent - le souvenir s'était peu à peu effacé. Cependant, à la veillée, quelquefois, en attendant le retour des hommes partis en mer, les femmes devisaient encore de celui qu'elles appelaient "le capitaine étranger" et de la grosse alliance en or pur qu'il portait au doigt.


Buguélès, le capitaine étranger, PenvénanLa première fois que Mona Paranthoën, une jeune couturière des environs, entendit raconter cette histoire, elle ne fit que rêver toute la nuit de cette alliance qu'on disait si belle. Le lendemain, elle y songea encore, et le surlendemain, et tous les jours suivants. Cela devint chez elle une hantise. Elle était passablement coquette comme le sont toutes les jeunes couturières, et elle se disait qu'un bijou est fait pour briller à la lumière du soleil béni, non pour s'encrasser dans les ténèbres de la tombe.

Longtemps néanmoins, je dois l'avouer, elle repoussa la tentation. Mais son métier même l'exposait sans cesse. Quand elle cousait dans les maisons de Buguélès, ce qui advenait presque journellement, elle était obligée de s'installer sur la table, près de la fenêtre, et toutes les fenêtres de ce pays regardent du côté de la grève.

A la fin, la malheureuse n'y tint plus.

 

 


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Un soir, sa journée close, elle fit mine de retourner chez elle, puis, quand elle fut bien sûre de n'être pas vue, elle descendit à pas de loup vers la plage.

Le lieu de la sépulture des noyés était marqué par une croix grossière, faite de bois badigeonné de goudron, qu'on avait eu soin de planter au-dessus du cadavre du beau capitaine. A tout seigneur tout honneur.

Nuit pleine et tous les pêcheurs rentrés, Mona Paranthoën n'avait pas à craindre d'être dérangée. Elle s'agenouilla, se mit à gratter le sable avec ses ongles, furieusement. Bientôt, elle parvint à tirer à elle une des mains du cadavre, la gauche. L'anneau y était toujours. Elle tenta de le faire glisser sur le doigt, mais la peau racornie formait de gros bourrelets. Elle essaya de ses ciseaux. Peine perdue, les ciseaux ne mordaient pas dans le cuir tanné par l'eau de mer. Alors, exaspérée, elle saisit le doigt entre ses dents et le trancha d'un cuop. Puis, l'ayant recraché dans la fosse, elle y fit de même rentrer la main, nivela le sable, épousseta son tablier en se relevant et s'enfuit, emportant la bague.


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Le lendemain, elle vint à son ouvrage comme à l'ordinaire. Seulement, elle avait la tête enveloppée d'un fichu de laine, apr-dessus sa coiffe, et elle était toute pâle.

" Qu'avez-vous donc Mona ? lui demanda la ménagère.

- Oh! Rien, fit-elle, un peu pal aux dents. Cela va passer."

Et elle entama sa couture.

Mais au lieu de passer, le mal ne fit que croître, au point de forcer Mona Paranthoën à quitter son travail. Elle s'en alla, en gémissant.

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Elle disparaissait à peine au tournant du sentier qu'il s'éleva un grand tumulte dans le village. Des gamins qui jouaient sur la grève étaient subitement remontés, criant à tue-tête:

" Venez voir ! Venez voir !

- Quoi ?

- Ce qu'il y a au cimetière des noyés."

Tout Buguélès, hommes et femmes, descendit derrière eux jusqu'à la mer. Quand on fut arrivé à l'endroit, vici ce qu'on vit: au pied de la croix goudronnée, une manche de veste sortait du sable et, de la manche, sortait une main, et els doigts de cette main étaient affreusement crispés, sauf un, l'annulaire, qui se dressait, rigide et menaçant. On eût dit qu'il désignait avec colère quelqu'un, tout là-haut, dans les landes maigres qui dominent les petites maisons éparses des pâcheurs. A sa base, il portait une entaille profonde.

Une des femmes qui était là, parla ainsi:

" C'est le doigt de la bague: on la lui a volée et il la réclame.

- Réenfouissons toujours cette mains, répondit un des hommes."

Buguélès, le capitaine étranger, Penvénan

Et il la recouvrit de sable.

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L'assistance se dispersa en échangeant mille commentaires. Quand ceux qui étaient partis en mer rentrèrent, le soir, on leur conta la chose. Ils furent de l'avis commun: cela sentait le sacrilège.

On s'endormit fort tard dans les chaumières et l'on dormit mal.

Au petit jour, les plus impatients coururent au cimetière des noyés. De nouveau, le doigt fatal se dressait sur le sable lisse.

Voyons voirr jsuqu'au bout, dirent-ils.

Et ils réenfouirent le doigt, la main, tout comme on avait fait la veille. Puis ils allèrent quérir ça et là d'énormes galets et des quartiers de roches qu'ils entassèrent par-dessus.

Oui, mais deux heures plus tard, le doigt réparaissait; les pierres semblaient s'être écartées d'elles-mêmes respectueusement, et formaient un cercle à distance.

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Alors, on eut recours à d'autres moyens. Le restaur de Penvénan, accompagné d'un chantre et d'un enfant de choeur, vint conjurer le mort en l'aspergeant d'eau bénite.

Mais le beau capitaine n'était probablement pas chrétien car il ne se laissa pas conjurer.

" Il redemande son alliance ! "répéta la femme qui avait parlé la première fois.

Maintenant, chacun pensait comme elle. Mais où la trouver pour la rendre ?

L'enfant de choeur, agenouillé dans le sable, dit:

" Ce doigt a été ressoudé par la puissance de Dieu ou du diable après avoir été coupé avec des dents. Et, certes, ces dents-là étaient aiguisées et fines."

Buguélès, le capitaine étranger, PenvénanIl n'avait pas achevé que, par la route goémonneuse qui mène de la mer aux maisons de Buguélès, apparaissait Mona Paranthoën, la couturière. Du moins, les ménagères la reconnurent à sa robe de double chaîne et à l'élégance fraîche de son tablier. Car de son visage on ne voyait rien, tellement il était entortillé de linges et de châles. Sur son corps si souple, elle avait l'air de porter une tête monstrueuse.

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Elle avançait lentement, exhalant une plainte sourde à chaque pas qu'elle faisait.

Lorsqu'elle fut arrivée au groupe, elle pria, du geste, qu'on la laissa passer.

Entre le pouce et l'index, elle tenait une grosse bague d'or..... Vous devinez le reste.

Les hommes voulurent faire un mauvais parti à Mona Paranthoën. Mais elle écarta ses libges qui couvraient sa figure et leur montra sa bouche vide de dents, pleine de pus. On se contenta de la fuir, comme une pestiférée.


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Je l'ai rencontrée plus d'une fois, vaguant par les chemins, la tête toujours enveloppée de haillons. Elle ne pouvait plus parler mais elle geignait lugubrement.

Quant au capitaine étranger, depuis lors, il repose en paix, sa belle alliance d'or au doigt, et rêvant, j'imagine, de la "douce" qui la lui avait donnée.




15/03/2012

BRANDWEN, LA PLUS BELLE FEMME DU MONDE

 

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Alignements de Lagatjar - Camaret-sur-Mer

 

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Les gens de Camaret croyaient que les plus belles filles du monde étaient les filles de la Presqu'Île de Crozon, jusqu'au jour où un étranger de passage leur dit:

" J'ai vu à Lanildut une fille mille fois plus belle que la plus jolie fille de chez vous."

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Ca leur a fait un choc. Ils se sont réunis en conseil extraordianire pour réfléchir. Il fallait faire quelque chose.

me_la_14.gifGurvan, un jeune pêcheur, fut désigné pour aller vérifier.


Et c'est ainsi que quelques jours plus tard, il quitta Camaret à bord de son bateau, passa devant la pointe Saint-Mathieu et le soir, rentra dans la baie de Lanildut, en même temps que les pêcheurs du pays.

Un pêcheur questionna Gurvan:

batiment-batiment-chateaux-00012.gif" Qui es-tu ?

- Guervan de Camaret.

-Que viens-tu faire ici ?

- Quelqu'un est passé chez nous, et nous a dit qu'il y avait ici une femme mille fois plus belle que la plus jolie fille de la Presquîle.


- C'est vrai, ici vit Brandwen, la plus belle fille du monde. Mais c'est une magicienne. Tu vois cette tour, en haut du village, c'est là qu'elle habite avec son père. D'ailleurs tu la verras tout à l'heure. Tous les soirs, elle vient se promener sur cette plage."

 

 

Tous les pêcheurs reprirent leur travail, quand la porte de la tour s'ouvrit.

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Une jeune femme au bras d'un vieillard apparue. Ils traversèrent le village et aprtirent en direction de la mer, en passant devant Gurvan et les pêcheurs de Lanildut.

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Gurvan, à son passage, s'exclama:

" Mais elle porte un masque d'or ! "

Et un pêcheur lui répondit:

" C'est une magicienne, elle transforme en statue tous ceux qu'elle regarde."

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La jeune femme arriva au bord de l'eau. Là, elle retira son masque d'or, laissant son regardgifs_coquin051.gif errer sur la mer, et ses cheveux flotter au vent.

Gurvan la regardait et pensait: comme elle est belle. Elle est plus belle que le couché du
soleil sur la mer, plus belle que la goutte de rosée sur la fleur, plus belle que les vagues de la mer, plus belle que toutes les crétations de la terre. Elle esr si belle
!!!

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Comme si elle avait entendu sa pensée, Brandwen se retrouna. Son regard effleura les yeux de Gurvan. Et celui-ci ressenti comme une explosion dans son coeur.

Devant la mer, Brandwen remis son masque d'or et retourna vers le village. Gurvan voulu la suivre, mais un pêcheur le retient:

" Mais où vas-tu ?

- Je veux lui parler !!!

- Tu vois, elle t'a déjà ensorcelé... c'est une magicienne, elle n'est pas pour toi... ni pour personne d'ailleurs. Oublies-la !!!! et rentre à Camaret demain."

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Gurvan suivi son nouvel ami, ils mangèrent ensemble, mais Gurvan était amoureux, et ne pouvait s'empêcher de penser à Brandwen.

Après le repas, Gurvan ne pût s'empêcher de passer chez Brandwen. La fenêtre de sa chambre était éclairée. Alors Gurvan trouva une échelle et grimpa jusqu'à la fenêtre. Il frappa et Brandwen lui ouvrit, masquée d'or:

" Qui êtes-vous ?

- Je suis Gurvan, je vous ai vue sur la plage, et je voulais vous aprler.

- Laissez-moi tranquille, allez-vous en !!!

- Avec qui, parles-tu ma fille ?

- Ce n'est rien père, ce n'est que le vent."

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Et la fenêtre se referma. Gurvan se retrouva seul dans la nuit, il repartit sur la plage. Au milieu de la nuit, dans son rêve, il allait embrasser la belle Brandwen, quant on le réveilla en le secouant:

" Gurvan, Gurvan !!! Réveille-toi !! Les hommes de fer viennent de débarquer sur la plage: ils vont encore tuer, voler et piller. Prends cette fourche et viens avec nous, il faut se battre."

chevalier de droite.gif chevalier de gauche.gif

Gurvan et sa fourche suivirent les hommes du village. Ils courrurent jusqu'à la plage, et là, sur la mer, Gurvan vit un dragon posé sur l'eau. De ses flans, sortaient en hurlant des géants habillés de fer, dans une main ils brandissaient une hache, et de l'autre, une troche.

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Alors les armes de bois ont affronté les armes de fer. Le sang coula sur le sable. Les premières maisons du village brûlaient, on entendait des cris de femmes et d'enfants torturés. C'est là que Brandwen, le visage dénudé, arriva sur la plage.

amazones007.gif" Assez ! La terre a bu assez de sang, arrêtez ce massacre !"

Eblouis par sa beauté, les hommes aux bras de fer ont suspendu leurs gestes, alors Brandwen a plongé ses yeux d'or dans les yeux bleus des adversaires, et un à un, les a transformé en statues de pierre.

Ils sont toujours là, sur la plage de Lanildut, usés, rabotés par le vent, els vagues et le sable, ils attendent le dragon qui  viendra les reprendre. Les survivants sont repartis en hurlant sur le vaisseau dragon qui disparu sur la mer. On ne les a jamais revu à Lanildut.


 

 

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Pendant toute la durée du combat, une mouette a survolé la plage. Après le départ des guerriers, elle a annoncé à Brandwen:

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" Brandwen, par ton pouvoir tu as délivré ce village. Maintenant, va sur la mer et cherche l'île des pierres. Quand tu l'auras trouvé, restes-y jusqu'à ce qu'elles reprennent le pouvoir qu'elles t'avaient donné."

Brandwen pris une barque:

" Je reviendrait à Lanildut que libérée de mon pouvoir."

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Les vents et les courants guidèrent la barque, et au bout de trois jours et trois nuits, elle débarqua sur le rivage désert d'une petit île. La mouette l'attendait:

mouette11.gif" Brandwen, pendant un an, tu resteras sur l'île des pierres et tu ne parleras qu'aux pierres, jusqu'à ce qu'elles reprennent leur pouvoir."

Ainsi, Brandwen s'est installée sur l'île.


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Pendant ce temps, Gurvan la cherchait partout dans le monde. Il fit tous les ports de Bretagne en demandant:

" N'avez-vous pas vu Brandwen, al plus belle femme de la terre ?"

Mais personne n'avait entendu parler d'elle.


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Un an après son départ, une mouette a survolé la barque de Gurvan. Il l'a suivie. Elle l'a conduite jusqu'à l'île aux pierres. Quand Gurvan descendit de sa barque,  la mouette lui dit:

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" Ici vit celle que tu cherches. Tout à l'heure, tu la verras apparaître."


Il l'a attendu, puis il a vu, au loin, sur la dune, une femme marcher. Elle se rapprocha. Elle portait un masque d'or.


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Il s'est avancé vers elle. Quand ils ont été face à face, Gurvan retira le masque de Bradnwen et plongea ses yeux bleux dans ses yeux d'or:

" Brandwen, je suis venu te chercher."

Il lui pris la main et la porta sur le bateau.

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C'est au milieu de la mer que les vagues et les vents les ont mariés.

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auteur: Isabelle DIVERREZ

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12/03/2012

60 - LE CHEVAL DE MARGEOT

 

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Manoir de Kercabin

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Flèche début de texte.gifC'était à Kercabin, vieux château près de Pontrieux, sur lequel il courait de singuliers bruits, et que l'on disait hanté par toutes sortes d'hôtes mystérieux. J'y étais allé veiller ma grand tante qui se mourait...

Nous passâmes la nuit autour de son lit, faisant des lectures pieuses et récitant les prières habituelles des meillées de morts. Nous étions là une vingtaine de personnes.

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A une heure avancée de la nuit, nous entendîmes tous, très distinctement, le pas d'un cheval arrivant au grand galop sur le pavé de la cour. Ma tante, la fille de la défunte, dit aussitôt:

" Voilà mon frère le prêtre qui arrive ! Il n'a pas perdu de temps ! "


majordome001.gifPuis s'adressant à un domestique:

" Allez le recenoir, Franch Vraz, et mettre son cheval à l'écurie."

Deux domestiques sortirent aussitôt. Du haut du perron, ils regardèrent dans la cour et ne virent rien, ni homme ni cheval.


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Cependant, ils étaient si certains le bruit des sabots d'un cheval sur le pavé de la cour, qu'ils se rendirent à l'écurie, persuadés que le cavalier y avait lui-même conduit sa monture, ou qu'un des chevaux de la maison avait rompu sa chaîne et s'était évadé. Très étonné de cela, ils vinrent instruire ma tante, qui répondit tranquillement:

" C'est encore le cheval de Margéot ! "

La veillée continua, et le prêtre attendu n'arriva qu'au point du jour.

 

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Or, voici ce que c'était que Margéot dont je me fis plus tard conter l'histoire, car ces simples mots "c'est le cheval de Margeot !" avec la circonstance d'un cavalier invisible, me frappèrent d'une étrange façon.

Margéot avait habité le château de Kercabin, il y avait de cele cinquante ou soixante ans. C'était un homme d'une grande force physique, violent et emporté, craint et redouté comme la peste dans tout le pays.

 

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Entre autres crimes, on l'accusait de la mort d'un douanier. Je ne sais quelle raison on donne du meurtre, si Margéot faisait de la contrebande, ou s'il avait quelque sujet de haine et de vengeance contre le douanier; mais aussitôt le crime commis, il monta dit-on, sur un excellent cheval qu'il avait, et que l'on disait aussi être un présent de l'enfer, et se rendit à Saint-Brieux bride abbatue.

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C'était la nuit. Saint-Brieux est à douze ou treize lieues de Kercabin. La justice informa, fit une enquête, et sur quelques indices et de nombreuses présomptions, Margeot fut mis en accusation. Mais grâce à la rapidité et aux jarrets de fer de son cheval, il parvint à établir un alibi et fut acquitté.

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Il mourut peu de temps après, à la grande joie de tout le pays, et quelques vieilles femmes prétendent que deux diables rouges enlevèrent son corps pendant la veillée de mort, et que le cercueil que l'on enterra dans le cimetière de Plouëc était vide.

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Depuis lors, la nuit, on entend souvent un cheval arriver bride abattue dans le cour de Kercabin, et quand les domestiques se présentent pour recevoir le voyageur attardé et mettre son cheval à l'écurie, ne trouvant ni cavalier ni cheval, ils rentrent en maugréant et en disant:

" C'est encore ce diable de Margéot ! "

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07/03/2012

LE DIABLE ET LE COUTURIER

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Pendant le mois d 'août la chaleur est accablante, et les mouches, dans les maisons où il y a des étables, sont agaçantes et ne vous laissent pas un instant de repos. Elles bourdonnent sans cesse autour de vous, et vous lardent, non seulement les mains et la figures, mais encore les jambes à travers l'étoffe claire des pantalons.


Aussi un petit couturier, appelé Rudecônes, qui était en journée dans une ferme, souffrait tellement de la méchanceté de ces maudits moucherons, qu'ils s'en alla travailler sous un prunier dans le courtil.

Les prunes étaient mûres, et ceux de ces fruits qui tombaient à la portée de la main du tailleur, il les mangeait gloutonnement pour calmer la soif qui le dévorait.

Craignant cependant d'être malade en en mangeant trop, il finit par jurer:

" Que le Diable m'emporte si j'en mange encore ! "

 

le diable et le couturier


Au même instant une belle prune lui tomba sur l'épaule, elle était si appétissante qu'elle disparut dans son goulet.

" Cette fois c'est fini, s'écria-t-il, que le Diable m'emporte si j'en mange une autre. "

Un fruit, encore plus luisant et plus beau que le précédent, vint s'échoir entre ses jambes, et le tenta tellement qu'il envoya rejoindre son camarade.


Soudain, entendant du bruit derrière lui, le tailleur tourna la tête et vit le Diable qui s'avançait en lui montrant un sac dans lequel il lui faisait signe d'entrer.

Rudecônes fit semblant de ne pas comprendre, mais Satan le saisit par une oreille, en disant:

" Compère, tu m'appartiens. N'as-tu pas juré "Que le Diable m'emporte, si je mange une prune", et tu en as mangé deux."

Malgré les cris et la ésistance du pauvre homme, le diable le fourra dans son sac qu'il chargea sur ses épaules.

En passant à travers une pâture, Satan se rappela qu'il avait affaire à une noce, et déposa son fardeau sous une touffe de genêt, avec l'intention de venir le reprendre.

Un pâtou amena ses bêtes dans le champ, et trouva la pochée. Il donna un coup de pied dedans et entendit un grognement.

le diable et le couturier

" Qui donc est là ? demanda-t-il.

- Je suis le couturier Rudecônes, que le diable a enfermé dans un sac. Délivre-moi, je t'en prie.

- Que me donneras-tu pour cela ?

- Je te coudrai gratis tous tes pouillements, et  je te raccommoderai tes hannes tant que je vivrai.

- A cette condition je veux bien. Jure-le.

- Je te le jure."

Et le pâtou délia le sac, d'où le couturier sortit plus vite qu'il n'y était entré.

" Si tu veux, reprit le paysan, nous allons jouer un tour au Diable ?

- Comment cela ?

- J'ai un bouc tellement méchant que mon maître veut s'en défaire. On va, pour le punir, lui faire prendre ta place, et l'envoyer en enfer.

- Bonne idée. "

 

le diable et le couturier

Ils saisirent la bête par les cônes et la mirent dans le sac. A la brune, Satan revint chercher son prisonnier, jeta le sac sur ses épaules, et s"en alla dans son royaume.

Une fois arrivé en enfer, le bouc fut mis en liberté; mais comme la terre lui brûlait les pieds, il fit des sauts désordonnés et blessa quatre petits diablotins qui jouaient à la marelle aux pois.

" Que nous as-tu apporté là ? crièrent les autres diables

-Mais c'est un tailleur qui, je le vois bien, s'est changé en bouc.

- Mets-le vite dehors, et ne ramène plus de tailleur ici. "

Le bouc fut chassé de l'enfer, et c'est à partir de ce moment que les tailleurs, ne pouvant plus aller en enfer, sont quelquefois admis dans le paradis.


Adophe Orain, Contes du Pays Gallo, 1904.


02/03/2012

RODOMONT

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Flèche début de texte.gifIl y avait une fois une couturière qui s'appelait Marie Mariton: elle était si laide que personne n'avait jamais eu même la pensée de lui faire la cour, et toute sa fortune consistait en quelques pauvres meubles.


Elle allait souvent travailler dans une maison où était un jeune homme qui lui plaisait beaucoup; mais il ne faisait point attention à elle, et il était sur le point de se marier avec une très jolie personne.

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Parfois, elle se disait que, si, au lieu d'être laide et pauvre, elle avait eu la chance d'avoir quelques écus et une figure agréable, celui qu'elle aimait en secret, moin de la considérer comme un laideron, l'aurait regardée avec plaisir, et aurait peut-être pensé à l'épouser.

Un jour qu'elle était seule, et qu'assisse sur sa chaise elle cousait en se livrant à ces réflexions, elle vit entrer un monsieur qui la salua avec politesse, et lui demanda si elle se trouvait heureuse.

" Hélas ! non, monsieur, répondit-elle; car, ainsi que vous pouvez le voir, ma figure n'est pas faite pour plaire, et je suis si pauvre que je n'ai pas le moyen d'avoir de jolies toilettes qui pourraient me donner une meilleure tournure et un aspect plus agréable.

 

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- Il dépend de vous, dit-il, que vos souhaits s'accomplissent: je puis vous donner un charme qui vous fera paraître si séduisante aux yeux de la personne que vous aimez, que toutes les autres femmes lui sembleront laides et qu'il n'aura de regards que pour vous. Je n'y mets qu'une condition: dans un an à partir de ce jour je reviendrai, et il faudra que vous puissiez me dire commebt je m'appelle, sinon vous m'appartiendrez corps et âme, et je vous emporterai. Mais sachez que le charme que je vous confierai perdrait toute sa puissance si vous écriviez mon nom, ou s'il vous arrivait de le dire à quelqu'un. Au reste, je m'appelle Rodomont, c'est un nom aisé à retenir."

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La jeune fille trouva que la condition n'était pas bien difficile à remplir, elle signa le pacte de son sang, et après lui avoir remis le talisman, le monsieur disparut si subitement qu'elle ne sut par où il s'en était allé.

Elle serra précieusement le charme qui lui avait été donné, et tout en faisant courir son aiguille, elle répétait: "Rodomont ! Rodomont ! " pour bien graver ce nom dans sa mémoire.

 

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Quand le jeune homme rentra à la maison, au lieu de saluer froidement l'ouvrière en faisant à peine attention à elle, il sembla prendre un plaisir particulier à la regarder et à lui causer; le lendemain et les jours suivants, il venait lui tenir compagnie pendant qu'elle travaillait, et il lui disait des douceurs auxquelles la jeune fille, peu habituée à être courtisée, prenait un grand plaisir.

Sa mère et sa soeur ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'il s'occupait beaucoup de la couturière, et qu'il n'allait plus que rarement et, comme à regret, chez sa future, et elles lui disaient:

" D'où vient donc que tu as tant de plaisir à causer avec cette fille si laide, au lieu de t'occuper de ta fiancée qui est pourtant, sans contredit, une ddes plus jolies personnes du pays ?

- Je n'épouserai pas celle que vous dites, et je vous déclare que je n'aurai d'autre femme que Marie Mariton, car personne ne me plaît autant qu'elle. "

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Ses parents eurent beau lui faire des remontrances, et lui représenter la pauvreté et la laideur de l'ouvrière, il ne les écouta point, et il finit par se marier avec elle, à la grande surprise de tous les gens du pays, sur lesquels le charme n'avait aucun pouvoir et qui voyait la couturière telle qu'elle était, c'est-à-dire peu séduisante.

 

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Le Diable - car c'était lui qui s'était présenté à Marie Mariton sous la figure d'un monsieur - avait bonne envie que l'année fût révolue, et qu'il fût permis de saisir sa proie, et comme il craignait que la jeune mariée ne vînt à lui échapper, il lui envoya un rêve qui lui fit oublier le nom de Rodomont. Elle avait beau se creuser la tête pour retrouver les syllabes qui lui étaient autrefois si connues, elle ne pouvait y parvenir.

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Son mari, qui la voyait triste, lui demanda ce qui la chagrinait, si elle avait envie de quelque chose, ou si quelqu'un lui avait manqué. Mais elle n'osa lui confier le secret qui la rendait si malheureuse, et elle répondit par des paroles évasives.

Il pensa que le grand air lui ferait du bien, et lui proposa de l'accompagner à la chasse; mais elle refusa, et quand il fut parti, elle s'enferma dans sa chambre pour songer à son malheur et pleurer.

Cependant son mari parcourait les champs, et à chaque instant il voyait des petits oiseaux perchés sur les buissons, et qui chantaient:

Si Marie Mariton,

Savait le nom de Rodomont,

C'est qu'elle rirait !

 

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Et à chaque instant, il entendait ce refrain frapper ses oreilles et si fréquemment qu'il trouvait les oisillons bien ennuyeux.

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Quand il rentra, il dit à sa femme:

" Tu as eu grand tort de ne pas m'accompagner à la chasse: tous les petits oiseaux parlaient de toi, et tu te serais bien divertie à les écouter.

- Les petits oiseaux ? vous voulez rire sans doute: que disaient-ils donc, et comment avez-vous fait pour comprendre leur langage ?

- Ma foi, ce n'était pas bien difficile; car ils voletaient autour de moi en répétant:

Si Marion Mariton,

Savait le nom de Rodomont,

C'est qu'elle rirait ! "

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Quand elle entendit ces mots, elle fut si joyeuse qu'elle riait aux éclats, et qu'elle chantait.

" Pourquoi ce nom bizarre te plaît-il tant ? demanda son mari.

- Ah ! dit-elle, c'est celui que je compte donner à notre enfant qui doit venir. "

Le mari se montra satisfait de cette réponse, et elle ne jugea pas à propos de lui en dire davantage, craignant de voir disparaître la puissance du charme, et à partir de ce moment, elle reprit sa gaieté et sa bonne humeur.

 

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Cependant l'année s'était écoulée; une nuit que le mari de Marie n'était pas à la maison, et qui se trouvait justement l'anniversaire du jour où avait eu lieu le pacte, elle entendit un grand bruit, et une main vint frapper aux carreaux de la fenêtre de la chambre. Elle l'ouvrit toute tremblante, car elle se doutait bien de la visite qui lui arrivait. Ce fut en effet le Diable qui entra, et qui dit:

" L'année est expirée, j'ai accompli ma promesse, et je viens pour vous emporter si vousbe pouvez me dire comment je m'appelle.

- Rien de plus facile, Rodomont", répondit-elle.

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Le Diable, se voyant ainsi dupé, s'en alla par la fenêtre qui heureusement était restée ouverte, et il était si en colère qu'il prit la forme d'un ouragan qui abattit beaucoup d'arbres du voisinnage, et enleva les ardoises se plusieurs maisons.


Paul Sébillot, Contes populaires de la Haute-Bretagne, 1880.


01/03/2012

LE DOREUR ET LE DIABLE

 

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Il y avait une fois un recteur qui fit batîr une église neuve, puis l'orna de boiseries sculptées et d'autels sur lesquels on voyait des saints en bois. Mais quand il s'agit de les dorer, il ne trouva pas de doreur assez habile. Comme il demandait partout à qui il pourrait s'adresser, on lui dit que personne n'était plus capable de dorer les sculptures que le père Thomas, qui demeurait dans une forêt.

 

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hermines début de texte.gifLe recteur dit à ses fabriciens de monter à cheval et d'aller parler au doreur. A l'entrée de la forêt, ils virent une vieille cabane délabrée, et ils se dirent:

" Bien sûr ce n'est pas là qu'il demeure."

 

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Et voyant à la fenêtre un homme de pauvre apparence, ils s'adressèrent à lui:

" Bonjour, mon brave homme, dirent-ils; pourriez-vous nous enseigner où demeure Thomas le doreur ?

- Thomas le doreur ? c'est moi, répondit-il.

- Nous venons vous chercher pour dorer les scupltures d'une église, car on nous a parlé de vous comme d'une personne habile dans son métier.

- Je ne demande pas mieux, dit Thomas, si nous nous arrangeons."

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Les fabriciens attachèrent leurs chevaux à des arbres, et ils entrèrent dans la cabane. Ils firent voir les plans au doreur, et, quand il les eut examinés, ils lui dirent:

" Combien vous faudrait-il pour faire cet ouvrage ?

- Deux cent mille francs, répondit-il.

- C'est plus que nous ne pouvons mettre; si vous le voulez, nous nous arrangerons pour cent quatre-vingt mille francs.

- Soit", répondit le doreur.


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Il signa l'engagement et promit de se mettre à l'oeuvre dans quinze jours.

Quand les fabriciens furent partis, il dit à sa femme de chercher ses feuilles d'or; mais ils ne purent en trouver en tout que quatre.

" Il faudra, lui dit sa femme, demander de l'argent au recteur.

- Non, répondit-il, je ne veux pas lui en demander maintenant.

- Eh bien ! dit-elle, il y a un monsieur qui a maintes fois voulu acheter la bonne Vierge qui est dans une niche au-dessus de notre porte; je vais la lui montrer et lui dire que nous voulons bien la lui vendre; sans doute, il nous en donnera un bon prix."

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Mais quand la femme arriva à la maison du monsieur qui avait eu envie de sa bonne Vierge, on lui dit qu'il était absent, et elle s'en retrouna bien marrie; car il n'y avait plus d'argent à la maison, et elle ne savait comment nourrir ses treize enfants et acheter des feuilles d'or pour les boiseries de l'église.

Thomas le doreur se désolait encore plus qu'elle, et il pensait à un seigneur du pays à qui tout réussissait, parce que, disait-on, il avait fait un pacte avec le Diable, et tous les soirs le compère venait le voir dans une tour de son château qu'on appelait à cause de cela, la tour Maudite.

"Comment faire ? se disait le doreur: je n'ai plus qu'une ressources, c'est d'appeler le compère de monseigneur; on prétend qu'il lui fournit de l'argent et de l'or à foison. Il faut que j'en aie moi aussi, quand je devrais me donner au Diable."


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Aussitôt, il vit devant lui un beau monsieur qui lui dit:

" Eh bien ! es-tu décidé, Thomas ?

- A quoi ? répondit-il.

- A me vendre ton âme pour de l'or.

- Oui.

- Alors trouve-toi ce soir à onze heure à la trou Maudite."

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Le monsieur disparut, et Thomas alla se coucher, bien tourmenté de ce que le Diable lui avait dit, et sa femme l'entendait se remuer et s'agiter.

 

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A dix heures, il se leva et arriva à la tour Maudite; quand il en ouvrit la porte, le seigneur, qui croyait que c'était son compère le Diable, lui dit:

" Vous venez de bien bonne heure aujourd'hui."

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Mais aussitôt il reconnut le doreur et lui dit:

" C'est vous, maître Thomas. Qu'êtes-vous venu chercher ici ?

- De l'argent que doit me donner votre compère.

- Ah ! dit-il, vous n'êtes pas retiré de ses griffes."

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Le Diable arriva quelques instants après et dit à Thomas:

" As-tu changé d'avis ?

- Non", répondit-il.

Le Diable se mit à rire si fort que les vitres tremblaient.

" Donne-lui l'or qu'il demande, dit-il au seigneur.

- Non, tu es plus riche que moi.

- C'est vrai, mais avec l'or du Diable on ne peut dorer les saints. Cherche-lui de l'or qui te vienne de tes parents."

 

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Avant de remettre l'or au doreur, le Diable lui dit:

" Signe un engagement pour dix ans.

- Non, répondit Thomas, jene signe rien avant que tout mon ouvrage soit terminé.

- Soit, dit le Diable, mais si à ce moment tu essaies de me tromper, je saurai me venger."

 

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Thomas repartit avec son argent; il acheta des feuilles d'or et se mit à l'ouvrage. Sa femme était bien étonnée et elle disait:

" Où a-t-il punprendre avec quoi se fournir de feuilles d'or ? On dit que le seigneur a un compère qui lui donne de l'argent; mais à coup sûr mon mari ne s'est pas adressé à lui."

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Cependant l'ouvrage avançait, et la dorure était si belle que de tous côtés on venait pour la voir; on faisait des compliments à Thomas, et le jour où la dernière feuille fut posée, le recteur lui dit:

" Apportez demain votre compte, et vous serez payé."

Thomas prépara son compte, et à la porte de l'église il vit le compère qui  lui dit:

" Maintenant tu vas signer le pacte.

- Non, pas encore.

- Ton ouvrage est fini, puisque tu vas te faire payer.

- Non, il n'est pas tout à fait terminé; l'oreille du chien de saint Roch n'est pas encore dorée.

- Prends garde à toi, Thomas, je me vengerai."

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Le doreur porta sa note au recteur qui lui donna de l'argent, et lui dit:

" Avez-vous tout dépensé pour la dorure ?

- Non, il me reste encore cent mille francs.

-Je sais tout, dit le recteur; tu as emprubnté deux cent mille francs au compère de monseigneur; voilà cent mille francs que tu vas lui porter ce soir avec les cent mille francs qui te restent."

 

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Mais quand ils repassèrent par l'église, la dorure si brillante un instant auparavant, était verdâtre et noircie comme si la pluis était tombée dessus. Thomas se désolait de voir son ouvrage gâté.

" Tu as pris l'argent du diable, lui dit le recteur.

- Non, répondit-il; c'était celui du seigneur.

- Est-ce bien sûr ? en ce cas tout n'est pas perdu."

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Le recteur alla chercher de l'eau bénite, et il en aspergea les dorures qui peu à peu redevinrent brillantes.

" Maintenant, dit le recteur, retourne porter ton argent à la tour Maudite;mais prends bien garde en traversant la forêt;si tu t'y arrêtes tu seras tourmenté."

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En passant par la forêt, Thomas entendit un bruit terrible comme si des milliers de chevaux avaient galopé derrière lui, et il avait si peur que chacun de ses cheveux avait sa goutte de sueur.

Comme il mettait le mied sur le sueil du château, il entendit une voix qui disait:

" Ah ! Thomas, tu l'as échappé belle;mais à minuit le seigneur paiera pour toi."

Il entra et dit au seigneur:

" Tenez, voilà votre argent.

- Tu es donc débarassé ? demanda le seigneur.

- Oui, masi le compère a déclaré qu'à minuit vous alliez payer pour tous.

- Ah! il vous a dit cela. Aidez-moi à porter ce coffre.

- Où allons-nous ?

- A la tour Maudite."

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En arrivant à la Tour, le seigneur déposa le coffre, et dit:

" Satan, je te rends ton argent, je ne veux plus avoir affaire avec toi."

Aussitôt, tout le château fut rempli de flammes, et ils n'eurent que le temps de sortir.

" Je le savais, dit le seigneur, maintenant je n'ai plus longtemps à vivre; va chez toi, je vais être foudroyé."

 

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Thomas s'en retourna chez lui, et je ne sais pas comment monseigneur s'arrangea avec son compère le Diable.


Paul Sébillot, Contes populaires de la Haute-Bretagne, Contes des paysans et des pêcheurs, 1881.

29/02/2012

LE DIABLE CHANGé EN FILLE

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A une époque où la compagnonnage existait, tous les ouvriers faisaient leur tour de France. Ils étaient fiers, ces artisans, avec leurs grandes cannes enrubannées, parcourant les routes en tous sens, et s'interpellant ainsi lorsqu'ils de rencontraient:

 "Tope ! pays, quelle vocation ?

- Charpentier. Et toi, pays ?

- Tailleur de pierre. "

Selon qu'ils étaient ou n'étaient pas du même corps de métier, ils buvaient à la même gourde, ou bien se disaient en se toisant:

" Passez large ! "

Souvent ils se livraient bataille, et ensanglantaient l'herbe du chemin. Les compagnons, dans leur vieillesse, aimaient à parler de leurs voyages, comme les vieux soldats de leurs batailles.

Nous nous rappelons avoir connu, autrefois, un ancien compagnon corroyeur qui, aux veillées d'hiver, se plaisait à narrer ses aventures et celles de ses camarades, c'est à lui que nous devons le conte du Diable changé en fille.

 compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaine                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

         compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineUn matin, deux compagnons charpentiers quittèrent Rennes pour se rendre à Nantes, où ils espéraient trouver de l'ouvrage. Ils arrivèrent à Bain dans l'après-midi. Après avoir pris un repas dans l'auberge de Marg'rite Courtillon, rue de la Rouëre, ils allèrent se reposer sur les bords du bel étang qui fait l'ornement de la petite ville. Comme ils étaient fatigués, ils se couchèrent sous les tilleuls où ils ne tardèrent pas à s'endormir.

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compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineLorsque les deux voyageurs se réveillèrent, les étoiles commençaient à briller au firmament. Ils prirent un bain pour achever de se défatiguer et continuèrent leur route.

Le repos qu'ils avaient pris avit été de trop courte durée, sans doute, car ils marchèrebt péniblement, eurs pieds butteint contre les cailloux, et la conversation languissait.


compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineEn montant la côte de Pommeniac, l'un des voyageurs dit à son camarade:

" Il nous faudrait une jeunesse bien éveillée pour nous émoustiller un brin.

- Hélas! répondit l'autre, les jolies filles ne courent pas les chemins à pareille heure."


compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineCelui-ci venait à peine d'achever ces mots qu'ils entendirent piétinner à leurs côtés, et ils aperçurent, sans savoir d'où elle venait, une femme qui leur sembla jeune, et qui leur demanda la permission de faire la route avec eux.


compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineBien qu'ils fussent de solides gaillards, ils éprouvèrent un sentiment d'effroi, tellement l'apparition de cette inconnue avait été subite, et tellement sa présence dans ce lieu désert leur semblait étrange.

compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaine


compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineSous le prétexte qu'ils étaient pressés, ils allongèrent le pas, espérant se débarrasser ainsi de cette femme; mais ils eurent beau faire, elle marchait tout aussi vite qu'eux.

Lorsqu'ils atteignirent le village de la Bréharais, ils virent de la lumière dans un cabaret, et le moins brave des deux voyageurs déclara qu'il avait soif, et qu'il allait rentrer se rafraîchir; son camarade le suivit, et l'inconnue en fit autant.


compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineTous les trois pénétrèrent dans l'auberge, et prirent place à une table où on leur servit une bouteille de vin blanc.

L'un des compagnons remarqua, à la lueur de la chandelle, que la voyageuse avit au bout des doigts des griffes qui perçaient ses gants, et des pieds qui ressemblaient plutôt à ceux d'un jeune poulain qu'à ceux d'une femme. Il fit part de sa découverte à son camarade, qui se leva de table comme pour allumer sa pipe au foyer; mais, avisant l'aubergiste, il lui fit signe de sortir, et lui raconta la rencontre qu'ils avaient faite, et ce qu'ils venaient de voir.

 

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compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineLe maître de la maison était un ancien militaire qui n'avait pas froid aux yeux, aussi dit-il:

" Soyez tranquille, je me charge de tout; seulement invitez-moi à boire avec vous. "

compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaine


compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineLorsque tous les quatre furent à table, l'aubergiste prit son ancien verre et au lieu de le porter à ses lèvres, il en jeta le contenu à la figure de la voyageuse.

Un bruit semblable à une explosion se produisit, la vaisselle de la maison fut brisée. Les vitres de la fenêtre volèrent en éclats, mais le Diable - car c'était lui - avait disparu.


compagnonnage,le diable changé en fille,adolphe orain,cones de l'ile-et-vilaineLes deux ouvriers continuèrent leur voyage, sans pouvoir deviner comment le cabaretier s'y était pris pour les débarasser de leur compagnon de route.


Aut. Adolphe ORAIN, Contes de l'Ile-et-Vilaine, 1901.




28/02/2012

55 - JEAN L'OR

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          Il était une fois un homme qui n'avait au coeur d'autre passion que celle de la richesse. Aussi l'avait-on urnommé Jean l'Or. Il était laboureur de son métier et travaillait jour et nuit à seule fin d'avoir, dans un temps à venir, son armoire pleine d'écus de six francs. Mais il avait beau peiner et suer, ce temps-là ne venait pas vite. 

 

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pirate25.gifLa Basse-Bretagne, comme vous savez, nourrit son monde  mais ne l'enrichit pas. Jean l'Or se résolut à quitter une si pauvre terre. Il avait entendu parler de contrées merveilleuses où il suffisait, disait-on, de gratter le sol avec les ongles pour mettre à nu de véritables rochers d'or. Seulement, ces contrées-là étaient situées de l'autre côté du pays du bon Dieu, dans le domaine du diable. Jean l'Or avit été baptisé, comme vous et moi; il se souciait assez peu de tomber entre les griffes de Satan. Mais sa passion pour l'argent le tenait si fort qu'il se mit tout de même en route.

"Aussi bien, se disait-il, il n'est pas prouvé que les rochers d'or soient la propriété du Diable. Les gens qui l'ont prétendu voulaient sans doute décourager ces benêts d'y aller voir, afin de garder le magot pour eux seuls. Quand le bon Dieu a partagé le monde entre Satan et lui il n'a certes pas été assez sot pour faire la part belle à son mortel ennemi. "

Flèche début de texte.gifVous croyez que Jean l'Or jugeait Dieu à son aune. Il concluait:

"Allons en tout cas faire un tour de ce côté. Je verrai du moins de quoi il retroune. S'il y a danger, il sera toujours temps de rebrousser chemin. "

 Et le voilà de faire lieue sur lieue tant et si bien qu'il arriva à la ligne qui sépare le domaine de Dieu de celui du Diable. Il s'agenouilla, en deçà de la ligne, et se mit à gratter la terre.

Flèche début de texte.gifMais il ne réussit qu'à s'ensanglanter les ongles contre une pierre aussi dure et d'aussi peu de valeur que celle qui faisait le fond de son champ, en Basse-Bretagne.

" Ma foi, maugréa-t-il, il ne sera pas dit que j'aurai tant cheminé pour rien. Il faut que je sache si vraiment le Diable est plus riche que le bon Dieu. Je regarderai et je ne toucherai pas. "

Flèche début de texte.gifIl franchit la ligne, s'agenouilla encore et recommença à gratter. Ici, la terre était mole comme du sable. A peine y eut il plongé les mains qu'il en retira un caillou de la grosseur d'un oeuf, un caillou en or pur, en bel or blond tout flambant neuf.

pirate12.gifPuis, ce fut un second caillou, de la grosseur d'un galet de cordonnier.

Puis un troisième, aussi large qu'une meule de moulin.

Celui-ci, Jean l'Or n'essaya même pas de le soulever; encore moins ceux qu'il mit ensuite à découvert et qui formaient comme un dallage d'or.

" Que c'est donc beau ! s'écriait-il, à mesure qu'il déblayait toutes ces merveilles. Et comme je serais riche, si je pouvais seulement emporter le dixième de ce que je vois."

Flèche début de texte.gifIl se souvînt qu'il s'était juré de ne toucher à rien.

" Bah ! se dit-il, vaincu par la cupidité, je vais mettre celui-ci dans ma poche et cet autre sous mon aisselle. Cela ne tirera pas à conséquence. Le Diable ne s'en apercevra point. "

Flèche début de texte.gifIl mit dans sa poche le caillou qui était de la grosseur d'un oeuf et sous son aisselle celui qui était de la grosseur d'un galet de cordonnier.

magicien disparaissant.gifDéjà il déguerpissait au plus vite, comme bien vous pensez, lorsque Pôlic se dressa devant lui.

Il faut vous dire que Satan faisait justement ce jour-là sa tournée sur ses terres. Il avait vu venir Jean l'Or et avait guetté ses mondres gestes, embusqué derrière un buisson.

" Ho ! Ho ! camarade, ricana-t-il, on ne s'en va pas ainsi sans souhaiter le bonsoir aux gens qu'on vient de voler. "

Flèche début de texte.gifJean l'Or aurait bien voulu être ailleurs. Mais il ne pouvait plus songer à fuir. Satan lui avait appliquer la main sur l'épaule et cette main était terriblement brûlante et lourde, comme si elle eût été de fer rougi.

Jean l'Or cria, se débattit, supplia. Mais le Diable a la poigne solide et le coeur cuirassé.

" Pas tant de façons ! il faut me suivre. "

Flèche début de texte.gifSatan siffla son cheval qui paissait à quelque distance de là, l'enfourcha, jeta Jean l'Or en travers sur la croupe, comme un simple sac de charbon, et hue ! dia !

Jean l'Or demandait d'une voix dolente:

" Qu'allez vous faire de moi, monsieur le Diable ? "

Flèche début de texte.gifEt le Diable répondait:

" Ta chair sera rôtie pour le dîner de mes gens et tes os calcinés serviront de pâture  à les chevaux. "

Le pauvre Jean l'Or n'en menait pas large.

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On arriva en enfer.

Dès le seuil, un démon se précipita au-devant de Satan et lui dit:

" Maître, le valet d'écurie a été dévoré par les bêtes. 

- Malédiction ! s'écria le Diable, d'un ton si effrayant que des damnés qui se trouvaient non loin de là, dans une mare de poix bouillante, se mirent à faire des bonds de carpe, en poussant des hurlements de détresse."

Flèche début de texte.gifMais la colère du Diable tomba brusquement. Il venait d'apercevoir Jean l'Or qui s'était glisser à terre et qui gémissait, accroupi, la tête entre les mains.

" Lève-toi, grand nigaud, lui dit-il, et approche !"

Flèche début de texte.gifJean l'Or obéit en rechignant.

" Ecoute, continua Satan, les choses tournent bien pour toi. Jusqu'à nouvel ordre, ta chair ne sera pas rôtie et tes os ne seront pas calcinés. Mais tu penses bien que je ne vais pas te garder ici à ne rien faire. Voici quelle sera tabesogne. J'ai trois chevaux dans mon écurie, y compris celui que je montais tout à l'heure. Tu en auras soin. Tous les matins, tu les étrilleras, tu les laveras, tu les brosseras et tu leur donneras des os calcinés en guise de fourrage. Tâche seulement que ce travail soit bien fait; sinon, tu sais ce qui t'attend. "

Flèche début de texte.gifJean l'Or n'était pas précisément flatté de devenir le valet d'écurie du Diable. Mais il n'avait pas le choix et mieux valait encore soigner les chevaix que de leur être jeté en pâture.

Tout alla bien pendant une quinzaine de jours. Jean l'Or ne ménageait pas sa peine et s'efforçait de contenter sons terrible maître.

Flèche début de texte.gifMais le soir venu, lorsqu'il était étendu sur son lit, à l'un des angles de l'écurie, il restait longtemps, avant de s'endormir, à déplorer son sort et à regretter sa Basse-Bretagne. Comme il se repentait maintenant de sa maudite cupidité !

gif34.gifUne nuit qu'il se tournait et se retournait ainsi sur sa couchette de paille, il sentit une haleine chaude sur sa figure; c'était un des chevaux qui s'était détaché et qui tendait son mufle vers Jean l'Or.

"Que me veut cette bête de malheur ? " pensa-t-il, car c'était justement la monture sur laquelle il avait été transporté en ce lieu de damnation.

Flèche début de texte.gifIl allait lui donner du fouet quand la bête lui parla en ces termes:

" Ne fais pas de bruit afin de ne pas réveiller les autres chevaux. C'est dans ton intérêt que je viens te trouver. Dis-moi, Jean l'Or, est-ce que tu te plais en ce pays ?  

- Foi de Dieu, non ! 

- En ce cas, nous sommes tous deux du même avis. Comme toi, je voudrais retourner en terre bénite, car, comme toi, je suis chrétienne.

- Mais comment nous en aller d'ici ?  

- C'est mon affaire. Je te préviendrai quand le moment sera venu. En attendant, donne-moi chaque jour double ration, non plus d'os calcinés, mais de foin et d'avoine. Il faut que je prenne des forces car le voyage sera long. "

Flèche début de texte.gifA partir de ce soir-là, Jean l'Or eut pour la bête des attentions particulières.

Plusieurs semaines s'écoulèrent sans rien amener de nouveau. Mais un matin, la bête dit à Jean l'Or:

gif07.gif" Le moment est venu. J'ai vu tout à l'heure Satan qui allait se promener à pied. Selle-moi donc solidement, enfourche-moi et partons. Tu emporteras pour tout bagage le baquet dans lequel tu vas nous  puiser l'eau, ainsi que l'étrille et la brosse."

Les voilà en route pour la terre bénite.

Flèche début de texte.gifLe cheval galopait, galopait. Il galopa tout le jour. Le soir arriva. Le cheval tourna la tête et dit à Jean l'Or:

 

gif07.gif " C'est l'heure où le Diable rentre chez lui. Il sait maintenant notre fuite. Regarde derrière toi. N'aperçois-tu rien ?  

- Non ", fit Jean l'Or."

Et la bête; d'aller toujours. La nuit se leva, claire. Le cheval dit encore:

" Regarde derrière toi. N'aperçois-tu rien ?  

- Si, répondit Jean l'Or; cette fois, je vois venir le Diable et il marche bon train.

- Jette donc le baquet", dit la bête.

Flèche début de texte.gifA peine le baquet eut-il touché le sol qu'il en jaillit un torrent; le torrent devint un fleuve et le fleuve un étang immense.

Le Diable a peur de l'eau. Au lieu de traverser l'étang, il se mit à en faire le tour. C'était du temps gagné pour nos fugitifs. Au bout d'une heure ou deux, le cheval redemanda:

gif07.gif" Jean l'Or, n'aperçois-tu rien ? 

- Si, répondit Jean l'Or, le Diable a tourné l'étang.  

- Jette donc la brosse", dit la bête.

 

Flèche début de texte.gifA peine la brosse eut-elle touché terre que chacun des poils devint un arbre gigantesque, en sorte que le Diable se trouva pris dans une forêt inextricable. Avant qu'il fût parvenu à s'en dépètrer, Jean l'Or et sa monture l'avaient distancé de beaucoup.

Au bout d'une heure ou deux, le cheval, pour la troisième fois, interpella son cavalier:

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" N'aperçois-tu rien ? 

- Si, je vois le Diable qui sort du bois. Il se hâte. 

- Jette donc l'étrille."

 

Flèche début de texte.gifLétrille était à peine jetée qu'à la place où elle venait de tomber s'élevait une montagne énorme, vingt fois plus haute que le Ménez-Mikêl. Et elle était encore plus large que haute. Le Diable préféra la gravir que d'en faire le tour.

Pendant ce temps, le cheval volait aussi vite que le vent. Déjà l'on pouvait voir la terre bénite verdoyer au loin, avec ses champs, ses prairies et ses landes.

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" Jean l'Or ! Jean l'Or ! interrogea la bête, toute haletante, est-ce que le Diable nous suit toujours ?  

- Il descend la pente de la montagne, répondit Jean l'Or.

- En ce cas, demande à Dieu qu'il nous vienne en aide: il ne nous reste plus d'autre moyen de salut. "

Flèche début de texte.gifSatan était, en effet, à leurs trousses. Il était presque sur eux quand le cheval fit un dernier bond, un bond désespéré. Ses deux pieds de devant retombèrent sur la terre bénite juste au moment où le Diable l'empoignait par la queue. Tout ce que celui-ci put remporter chez lui, ce fut une touffe de crins. Le cheval, qui avait repris forme humaine, dit à Jean l'Or:

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" Nous allons nous séparer ici. Moi, je vais de ce pas au purgatoire; toi, retourne en Basse-Bretagne et ne pèche plus."

 

Flèche début de texte.gifJean l'Or s'en retourna en Basse-Bretagne, content d'avoir ramené une âme de l'enfer, plus content d'en être sorti lui-même, et bien résolu d'ailleurs à faire tout son possible pour n'y plus revenir, ni de son vivant, ni après sa mort.

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  Aut. Anatole LE BRAZ, La  Légende de la mort en Basse-Bretagne, 1893.

11/01/2012

Les Lutins de la Gueule (de Plombières à Gemmenich)

         

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          hermines début de texte.gifAu pied de la colline qui mène de Plombières à Gemmenich, la Gueule se fraye un chemin bordée de grottes où, au beau temps jadis, des lutins (toovermannekere) avaient élu domicile. Ils avaient bonne réputation, car ils ne manquaient jamais de tirer d'affaire les riverains qui, d'occasion, se trouvaient dans quelque embarras. Leur spécialité était d'achever, de nuit, des travaux qui, par suite de circonstances fortuites, n'avaient pu être terminés. Toutefois, il ne fallait pas qu'on les surprenne ou les dérange.

 

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hermines début de texte.gifLa fille du meunier habitant au "vieux moulin" (Ouw Meuhle) avait beaucoup entendu d'histoires sur les lutins. Elle s'était mise en tête d'aller les voir à l'oeuvre, quitte à se faire attraper, ne redoutant que d'être retenue chez eux pendant un certain temps...

 

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hermines début de texte.gifL'occasion se présenta lors d'une lessive familiale au cours de laquelle la maman se trouva mal et dut s'aliter, remettant au lendemain la suite du travail. La gamine, tout en s'apitoyant du malaise de sa mère, se disait en secret que le moment était venu de satisfaire sa curiosité. Les lutins ne manqueraient pas de venir achever le travail.

hermines début de texte.gifPendant la nuit, elle quitta silencieusement sa chambre et alla se cacher dans la buanderie attendant patiemment, mais non sans appréhension, l'arrivée des petits bonhommes.

 

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hermines début de texte.gifMinuit venait de sonner lorsqu'une volée de lutins se glissa discrètement dans la chambre. Ils se mirent de suite au travail. Malheureusement pour la fille du meunier, ils occupaient beaucoup de place. Voyant un des lutins s'approcher du coin où elle était camouflée, la pauvre fille prit peur et attira l'attention sur elle, si bien que les lutins la remarquèrent et s'emparèrent d'elle. Ils lui mirent un bandeau sur la bouche pour l'empêcher de crier et la ficelèrent. Son sort fut vite décidé. On la roula dans un drap et on l'embarqua en vitesse pour une destination inconnue.

 

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hermines début de texte.gifEntre temps, la petite avait perdu connaissance et lorsqu'elle revint à elle, elle se trouva dans une magnifique salle au millieu de laquelle se trouvait dressée une tavle merveilleuse, entourée d'une série de sièges non moins beaux. Assise sur l'un d'eux, une sentinelle, face à elle, le la quittait pas des yeux. Soudain, deux tentures s'écartèrent et firent place à tout un groupe de lutins qui se mirent à crier, à rire et à faire toutes sortes de clowneries. Mais cela ne dura guère. Ils firent bientôt un cercle autour de la prisonnière et se mirent à danser en rond. Finalement, le chef vint se placer devant la gamine et lui tint ce langage:

" Ma petite, tu es notre prisonnière. Ta curiosité t'a conduite dans notre domaine. Mais tu ne le quitteras pas de sitôt. Mon conseil a décidé de ton sort et t'a condamnée aux travaux forcés. Tu vas passer quelques années avec nous, chargée des soins du ménage. Travaille bien et n'essaye pas de t'enfuir. Toute tentative sera sévèrement punie. Un de mes hommes est responsable de tes allées et venues. "

 

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hermines début de texte.gifCe discours fut suivi d'un éclat de rire général. Puis les lutins rentrèrent dans leurs cellules. La pauvre fille se croyant seule, se mit à pleurer de toutes ses larmes. Mais son garde du corps était là la priant de bien vouloir le suivre. Il la conduisit dans une chambre, la ferma de l'extérieur et se posta devant la porte. Livrée à elle-même, elle se jeta sur son lit, et se mit à sangloter tout haut.

 

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hermines début de texte.gifAu moulin, les choses allaient mieux. Mais lorsque la meunière descendit dans la cuisine et vit le sésordre, ses soupçons se portèrent, de suite, sur les lutins. Ils devaient avoir été surpris dans leur travail. Elle appela toute la famille et constatant bien vite l'absence de sa fille, devînt toute pâle. Son mari vit son émoi et au même instant, il se souvînt de la suriosité de sa fille. Sans un mot, il fila à la porte et remarqua les traces des lutins dans la neige toute fraîche. Cependant, par prudence, il ne se risqua pas à suivre leurs pas, mais courut au village alerter tout le monde.

 

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hermines début de texte.gifLes gens, pris de pitié pour le meunier, s'armèrent de tout ce qui leur tombait sous les mains, filèrent au moulin et, de là, suivirent les traces des ravisseurs pour aboutir à leur repaire. Ils se mirent à forcer l'entrée de la grotte. Mais celle-ce résista au point que les assaillants tinrent conseil. Le meunier en profita pour aller tendre l'oreille un peu plus loin et c'est par hasard qu'il entendit des gémissements prononcés. Il revint sur ses pas en criant:

" Courage ! On approche ! "

hermines début de texte.gifOn reprit le travail et bientôt le dernier pan de roche s'écroula livrant le passage à toute la troupe qui se retrouva au milieu de la grande salle dans laquelle était installée, ficelée, toute en larmes, la victime de cette légende. On fit le tour de la caverne qui contenait bon nombre de magnifiques cellules et autant de couloirs secrets.

 

hermines début de texte.gifMais des lutins, on n'en trouva pas... et on n'en parla plus.

 

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Plombières-Gemmenich

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La Légende du Tumulus de Mané er Hroeg

 

 

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Tumulus de Mané er Hroeg, Locqmariaquer, morbihan (56)

          hermines début de texte.gifIl y a bien longtemps, une pauvre veuve se vit enlever son unique fils, soutien de sa vieilesse. En effet, une loi guerrière instaurée avait obligé le jeune breton à s'embarquer pour de lointaines contrées.

 

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Les années s'écoulèrent, longues, tristes, et le fils ne revenait pas. Même si... tous disaient qu'il était perdu à jamais, le coeur de cette maman restait éperdument accroché à l'espoir de le revoir, et elle se rendait chaque jour, à la pointe de Kerpenhir.

 

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hermines début de texte.gifLà; devant l'immensité des eaux, scrutant l'horizon de ses yeux emplis de larmes, elle attendait la voile empourprée qui devait lui ramener le bonheur.

Un soir, comme à l'habitude, alors qu'elle regagnait sa maison désespérement vide, une vieille femme s'approcga d'elle et s'enquérit du pourquoi de tant de pleurs. Après avoir écouté son récit, elle lui conseilla d'amonceler un gros tas de pierres afin que, montée dessus, elle pût voir plus loin, au delà de ses limites, et peut-être apercevoir le navire attendu.

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hermines début de texte.gifPendant toute la nuit, les deux vieilles femmes apportèrent des centaines, des milliers de pierres qu'elles ramassaient ça et là dans la lande...

Au matin, la pauvre mère épuisée, fut effrayée de l'énorme butte qu'elles avaient ainsi entassée. L'autre femme la rassura, l'aida à grimper au sommet.

hermines début de texte.gifC'est ainsi que la mère, épuisée et consolée de ce nouvel espoir, aperçut au loin, à l'horizon, le bateau de son fils.

 

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Quand elle voulut remercier la vieille femme qui en réalité était une fée, elle avait disparu ...

 

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Le Char de la Mort

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hermines début de texte.gifC'était un soir, en juin, dans le temps où on laisse les chevaux dehors toute la nuit.

Un jeune homme de Trézélan "tait allé conduire les siens aux prés.     Comme il s'en revenait en sifflant, dans le clair de la nuit, il entendit venir à l'encontre de lui, par le chemin, une charette dont l'essieu mal graissé faisait: "wik! wik!"

Il ne douta pas que ce fût Karriguel ann Ankou... la charette de l(Ankou.

hermines début de texte.gif" A la bonne heure, se dit-il, je vais donc enfin voir de mes propres yeux cette charette dont on parle tant ! "

Et il escalada le fossé où il se cacha dans une touffe de noisetiers. De là il pouvait voir sans être vu.

La charette approchait. Elle était tra^^inée par deux chevaux attelés en flèche.     Deux hommes l'accompagnaient, tous deux de vêtus de noir ey coiffée de deutres aux larges bords.   L'und'eux conduisait par la bride le cheval de tête, l'autre se tenait debout à l'avant du char.

Comme le char arrivait en face de la touffe où où se dissimulait le jeune homme, l'essieu eut un craquement sec:

hermines début de texte.gif" Arrêtes ! dit l'homme de la voiture à celui qui menait les chevaux. Celui-ci arrêta l'équipage.                                                                                        hermines début de texte.gif- La cheville de l'essieu vient de casser, reprit l'Ankou. Va couper de quoi en faire une neuve à la touffe de noisetiers que voici.                              - hermines début de texte.gifJe suis perdu !!! pensa le jeune homme qui déplorait fort bien en ce moment son indiscrète curiosité. "

Il n'en fut cependant pas puni sur-le-champs.

Le charretier coupa une branche, la tailla, l'introduisit dans l'essieu,et, cela fait, les chevaux se remirent en marche.

hermines début de texte.gifLe jeune homme put rentrer chez lui sain et sauf                                    mais le matin,                                                                                                  une fièvre inconnue le prit,                                                                                    et le jour suivant,                                                                                                   on l'enterrait...

 

 

 

11/08/2011

50 - Les Recommandations d'un père

avant la nuit de noce,un breton est autonome

          Un Breton donne les dernières recommandations à son fils avant sa nuit de noces:

"D'abord, vous serez dans la chambre, tu te tiendras droit, face à elle, et tu la regarderas dans les yeux!

- Pourquoi papa?

-Parce que le breton est fier!

avant la nuit de noce,un breton est autonome

Puis tu te mettras de côté, et tu la regarderas dominateur mais charmeur, avec un air comme ça!

- Pourquoi papa?

- Parce que le breton est beau!

avant la nuit de noce,un breton est autonome

Puis tu te déshabilleras et fera rouler tes muscles!

- Et pourquoi papa?

- Parce que le breton est fort!

avant la nuit de noce,un breton est autonome

- Et après papa?

- Après tu te branleras...

- Mais pourquoi papa?

- Parce que le breton est autonome! "

avant la nuit de noce,un breton est autonome

 

Trugarez à Stéphanie Breizh

08/08/2011

Querelle de voisins !

   

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          Un cultivateur breton demeurait juste à côté de la frontière normande, et son voisin d'en arrière était normand. Les deux gars s'étaient toujours entendus jusqu'à ce qu'un évènement fâcheux vienne troubler cette harmonie.

 

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Le breton avait une poule qui pondait tous les matins et il allait ramasser l'oeuf frais pour son déjeuner. Mais un beau matin, le breton aperçoit sa poule sur le terrain du normand. Elle pondit un oeuf et le normand le ramassa. Le breton sortit de la maison en vitesse et demanda au normand:

" Cré vin diou, tu vas m'le rendre l'oeuf de ma poulette!

- Ti crois au père noël vieux, ta poule était chez moi, jui ai rien demandé, et elle a pondu chez moi, donc son oeuf, il est à moi!"

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Les deux hommes argumentèrent pendant un long moment....... jusqu'à ce que le breton lui proposa une solution:

 

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"Ecoutes bien vieux, par chez nous en Bretagne, quand on a un litige, et qu'on ne peut pas le règler, et qu'on a pas de juge pour trancher, on utilise la loi des "couilles de menhirs"!

- Qu'est-ce que tu me chantes là?

- C'est tout simple! Je te donnes un coup de pied dans tes bijoux de famille, et je calcule combien de temps ça va te prendre pour que tu te relèves. Ensuite, c'est ton tour, tu m'en donnes un, et tu calcules le temps que ça va me prnedre pour me relever. Tu vois, c'est simple: celui qui s'est relevé le plus vite a gagné!

- Ben c'est d'accord mon vieux!"

 

Ainsi le normand accepta les termes de ce règlement de compte.

Le breton s'en alla mettre ses bottes de construction, prit son élan, et donna un bon coup de pied dans les co***les de normand. Le pauvre tomba par terre, perdit sa respiration tout en hurlant de douleur, vociférant une pelletée d'injures dont je vous ferais grâce.

 

Il lui fallut plus de 30 minutes pour se relever. Lorsque, finalement, il réussit à se tenir sur ses pieds, il se retourna vers le breton:

" Bon, Vieux, à ton tour maintenant!"

 

Et le breton lui répondit:

"Allez c'est bon....... tu peux le garder, ton oeuf!"

 

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source: Patrick Malleis

16/05/2011

Légendes autour de Huelgoat (en cours)

 

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Au cœur des Monts d’Arrée, dans le Finistère (29) : Huelgoat ou Le Huelgoat, est une commune située dans le Parc Naturel Régional d’Armorique.

Huelgoat signifie « la haute forêt » (Huel = la haute, Koad = bois ou forêt)

 

hermines début de texte1 – Le Chaos

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Ce terme désigne un étonnant amoncellement de blocs rocheux, surgis de la terre voici des millions d’années et érodés au fil du temps.

Selon la mythologie celtique, un géant nommé Hok-Bras, le Gawr, ou encore Gargantua

(bon géant célébré par Rabelais), se vengea du maigre repas que lui avaient offert les habitants de la forêt de Huekgoat. Arrivé au bord de mer, il lança tous les rochers qu’il rencontra sur sa route en direction du village, formant ainsi ce chaos.

A cette légende s’en ajoute une autre :

Ce chaos résulterait d’une vieille querelle entre deux villages voisins : Plouyé et Berrien. Les habitants se bonbardèrent respectivement de rochers mais, présumant trop de leurs forces, les pierres tombèrent à mi-chemin.

 

 

 

hermines début de texte2 – La Grotte du Diable

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Cachée sous le chaos, on y descend par une échelle. L’eau souterraine jaillit d’une bouche géante.

On raconte que pourchassé par les Chouans, un paysan s’y réfuga. Ce dernier, réussit à les faire fuir, en s’affublant de deux plumes rouges et armé d’une fourche, les Chouans furent persuadés d’avoir rencontré l’ombre du diable avec ses cornes.

La grotte du Diable est, dit-on, la porte d’entrée de l’enfer.

 

 

hermines début de texte3 – Le Ménage de la Vierge

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Dans la forme des roches, on peut y distinguer des ustensiles de cuisine : chaudron, louche, baratte à beurre et soufflet.

 

 

hermines début de texte4 – Le Gouffre

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La légende raconte que Dahut, fille du roi Gradlon et de la renommée ville d’Ys, faisait étrangler ses amants nouvellement séduits, avant de jeter leurs corps dans ce précipice.

Preuve en est que si l’eau tonitruante y prend parfois une couleur rouge sang. Pas plus étonnant, s’entendent, mêlés au tumultes des eaux, les cris d’effroi de ces amants.

 

hermines début de texte5 – La Grotte d’Artus

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Cette grotte aurait servi de refuge au célèbre roi Arthur.

 

 

hermines début de texte6 – La Mare aux Sangliers

m-huelgoat_447 - mare aux sangliers.jpgSon nom est tiré de l’imagination populaire, laquelle voit dans ces rochers, des têtes de sangliers.

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hermines début de texte huelgoat16sy3 la roche trempblante.jpg7 – La Roche Tremblante

Son poids dépassant les 100 tonnes, ne l’empêche pas d’osciller légèrement, par une simple pression du dos à un endroit bien précis.

De tels types de pierres, appelés aussi « rouler », étaient pour les druides, le symbole de la puissance de Dieu et de l’équilibre universel.

 

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hermines début de texte8 – Le Camp d’Artus

 

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Découvert en 1938, il est un exemple typique d’oppidium Gaulois. Le rempart principal est de type »murus gallico », tel que le décrivit Jules César dans « De bello gallico » VII 23.

 

 

Extrait de « murus gallicus » de Jules César :

« Tous les murs gaulois sont à peu près formés de cette façon : des poutres se croisant perpendiculairement sont posées sur le sol et se suivent sans interruption sur toute la ;onguer du mur. Elles sont séparées par un espace de deux pieds. Elles sont rendues solidaires entre elles et recouvertes par une masse de terre, tandis que les espaces sus-mentionnés son tpavés extérieurement de pierre. Quand cette rangée est réalisée et consolidée, une seconde semblable est rajoutée par-dessus en respectant les mêmes intervalles, de telle façon qu’elle ne touche pas la première, mais en soit séparée par un rang de pierres. L’ouvrage est ainsi continué, niveau par niveau, jusqu’à ce que le mur ait atteint la hauteur désirée.

Un tel ouvrage offre un aspect varié, par l’alternance des poutres et des pierres, et est particulièrement approprié à la défense des villes. En effet, les pierres protègent du feu, et le réseau de poutres des coups de bélier qui ne peut ni briser, ni disloquer une ossature ininterrompue constitutée de poutres longues en général de quarant pieds, qui sont reliées les unes aux autres. »

 

hermines début de texte9 – Le Site de la Mine

La mine se situe sur plusieurs communes. Elle fut exploitée pour la ^remière fois au Moyen-Age, pendant une centaine d’années. Au XVIIIème siècle, la production était variait de 600 à 700 tonnes de plomb et près de 2 tonnes d’argent. Elle employait 1600 personnes environ. Elle ferma définitivement en 1934.

hermines début de texte10 – Le Pont Rouge

Il est situé sur la rivière d’argent

 

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hermines début de texte11 – Le Champignon

Situé à proximité de la route de Berrien, en sortie d’agglomération, ce champignon est masqué par un épais rideau d’arbres, d’arbustes et de végétaux de toute nature.

Comment pouvait-on le nommer différemment ? Sa ressemblance avec un énorme cèpe est frappante. Mais ce champignon doit avoir un poid d’environ 200 tonnes.

 

 

hermines début de texte12 – Le Menhir de Kerampaulven : au nord de Huelgoat

hermines début de texte13 – Le Menhir du Cloître : au sud de la ville

Sur une propriété privée

hermines début de texte14 – Le Menhir de Kerlesclum

hermines début de texte15 – Autres Mégalithes

Le long de la route, vous attendent des menhirs oubliés : Saint-Rivoal, Brasparts, Lennon, Landeleau, Cleden Poher

14/03/2011

LE CHAT DE JEAN FOUCAULT

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          Jean Foucault avait toujours eu des chats pour lutter contre les mulots, souris et autres campagnols. Mais à la fifférence de ses voisins, Jean traitait bien les gardiens de ses récoltes.

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Il les nourrissait, leur donnait un abri et jamais ne les battait. Mieux, il n'était pas en reste d'une bonne claque ou d'un leste coup de pied dans le derrière des garnements surpris à tourmenter un petit félin.

Au village, on considérait cette habitude comme une faiblesse d'esprit,mais Jean n'en avait cure.

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 Pourtant, son dernier matou, recueilli au début du printemps, l'inquiétait un peu, avec son mauvais caractère et son regard sauvage.

Même les rats filaient doux devant ce costaud noir dont les griffes ne semblaient se rétracter qu'à regret. Celui-là justifiait les superstitions des villageois. Les chats ont un cousinage avec le diable et une fois l'an ils mènent un grand sabbat, soutenaient les uns.

 

Oui, renchérissaient les autres, ils se réunissent dans les cimetières ou au milieu des pierres levées: ils les aiment parce qu'elles sont aussi paiennes qu'eux. Et les pires sont bien ceux à qui l'on a pas coupé la queue, affirmaient les propriétaires de pauvres bêtes mutilées pour se protéger du malin.

 

          Vînt la Toussaint où Jean mena grand train à la foire annuelle. La nuit était avancée lorsqu'il prit la route du retour, réchauffée par l'union sacrée du cidre et du lambig. Il marchait seul et la vue du cercle de pierres qui marquait le centre de la lande le dégrisa d'un coup.

 

anim113.gifSon effroi ne naissait pas des menhirs moussus, mais des centaines d'ombres mouvantes qui grouilaient à leurs pieds, des milliers d'yeux phosphorescents qui se pressaient autour d'elles.

Une marée de chats, miaulant, crachant, avançant vers lui, leur queue non-coupée fouettant l'air, leurs crocs bien visibles

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Jean voulut faire demi-tour, mais dut renoncer: derrière lui, une deuxième armée féline s'apprêtait à opérer jonction avec la première.

Le malheureux parvint à se frayer un chemin jusqu'à la pierre la plus haute, pressé par les chats de plus en plus agressifs. Il se rappela ces légendes de villageois devenus fousou morts de peur au pied d'un menhir, pour avoir croisé le sabbat des chats. Il voulut prier, en vain. Incapable de se défendre - à quoi lui aurait servi son pen-baz face à cette houle de griffes et de crocs -, le fermier ferma les yeux.

Déchireraient-ils ses jambes, ses mains ? Viseraient-ils d'abord les yeux ?

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Il ne vit pas les rangs de la meute s'ouvrir sur un mâle noir, haut sur pattes, les yeux brillant d'une lueur souffrée. A mesure qu'il progressait, l'intensité des feulements décroissait. Prenant concience que le silence s'était fait, Jean rouvrit les yeux sur le grand matou noir qui s'était posté devant lui.

 

          Et voilà que soudain il le reconnaissait; c'était son propre chat qui imposait le calme à ses congénères. L'homme s'autorisa un soupir, et le chat se mit en route, sans jeter un regard en arrière. Jean Foucault le suivit à travers les pierres dressées, jusqu'à la lisière de la lande, là où l'on voyait briller les lumières du village. Combien dura le chemin ? Des heures, pensait l'homme; quelques minutes, savait l'animal.

Puis le félin s'en retourna silencieusement. Mais Jean Foucault jura toute sa vie qu'il avait entendu dire sur son passage:

"Celui-là aime les chats, il est à moi, vous n'y touchez pas ! "

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Source: "Histoires & Légendes de la Bretagne mystérieuse", Gwench'lan Le Scouezec 

 Cousin du diable, le fameux chat noir trône en bonne place dans le bestiaire légendaire.

On retrouve cette superstition dans plusieurs régions: à une date précise, tous les félins d'une contrée se regroupent au même endroit, pour recevoir leurs ordres de la bouche du Malin. Pour empêcher leur chat d'aller au sabbat, les bretons avaient coutume de leur couper une partie de la queue.

 

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13/03/2011

LE YEUN ELEZ, PORTE DE L'AUTRE MONDE

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Cet ancien marais, situé au coeur des Monts d'Arrée, noyé par les eaux artificielles du lac de Brennilis, abrite le Trou Du Youdic, où s'ouvrait l'une des portes du monde des défunts.

Ce lieu, tout comme celui du Menez Mikel, est un lieu de légendes où il n'est pas impossible de croiser des saints, des géants et des âmes errantes remontées de leur antre souterrain.

         Toute la cuvette du Yeun Elez constitue un lieu à part: Presque un non lieu, autour duquel sont disséminés des vestiges préhistoriques et les traces d'un culte funéraire important:

- Sur Berrien, à l'Est, se dresse une série de tumuli de l'âge du bronze.

- A Brennilis, c'est un dolmen en forme de "V".

- En face, se trouve l'allée couverte du Mougau.

- En bas du Mont Saint-Michel, on peut voir un alignement de petits menhirs qu'on appelle la Noce de Pierre, Eured Ven en Breton.

Ce périmètre fut de tout temps considéré comme territoire sacré.

 

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          Le Trou du Youdic est une entrée du Sidhe Celte, par laquelle on pénétrait vers le séjour des morts.

Ce fut ensuite le trou béant de l'enfer chrétien où étaient précipitées les âmes inquiètes ou dangereuses.

         jollyroger24.gif Le Yeul Elez permet aux morts de descendre "aux demeures souterraines, les défunts dont la concience n'est point nette".

Parfois, des défunts revenaient hanter les vivants, et pour s'en débarrasser, on faisait appel à un  "prêtre savant". A minuit, ce dernier disait l'office en récitant la messe à l'envers, puis convoquait tous les démons qu'il interrogeait un à un afin de découvrir celui qui avait pris possession de l'âme du mort.

Quand le prêtre finissait par dénicher et vaincre le démon, il l'enfermait dans le corps d'un chien noir qu'il conduisait à travers le marais jusqu'au Youdic, trou boueux situé au centre du Yeun, et y jetait le chien.

 

      

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    A cet instant, la terre pouvait se mettre à trembler, le tonnerre à gronder.

Du ciel soudain obscurci s'abattaient des torrents de grêle, d'horrible clameurs déchiraient les airs. Une atmosphère d'apocalypse que seul Saint Michel, archange de lumière et gardien des âmes, avait le pouvoir d'apaiser.

Pourtant, malgré la présence du saint protecteur, il arrivait qu'à certaines péruiodes de l'année, la frontière entre les deux mondes s'efface: les nuits de Toussaint et du 1er mai, les portes de l'enfer s'ouvraient, livrant passage aux âmes des morts qui revenaient viviter les vivants.

 

Extrait de Marie-Caroline BERTRAC

 

 

 

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08/03/2011

45 - LES PIERRES DE PLOUHINEC (Menhir de Penglaouic)

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          Bernez aimait Rozenn qui le lui rendait bien. Mais de mariage entre eux, il ne pouvait en être question car Bernez n'était que valet de ferme du père de Rozenn.

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La veille de noël, Bernez se joignit à la veillée chez son maître, tout heureux de passer la soirée près de sa bien-aimée.

 

 

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Bouillie de froment arrosée de beurre, lard et boudins, crêpes, miel, et cidre râpeux s'étalaient en abondance sur la grande table. Aussi toute l'assemblée accueillit-elle de bon coeur le vieil homme qui s'en vînt réclamer la part du pauvre, bien qu'on le sache chapardeur et qu'on le dise sorcier.

          Lorsque chacun s'en alla dormir, le vieux s'abrita dans la petite étable où Rozenn gardait un vieil âne et un boeuf décharné, compagnons de ses jeux d'enfant.

A peine couché dans la paille, l'homme entendit un murmure. Il ne rêvait pas: l'âne et le boeuf se parlaient et il les comprenait.

Un peu docte, le boeuf rappela à son voisin que, cette nuit, ils étaient doués de parole en mémoire de leurs lointains parents, gardiens de l'enfant Jésus.

Puis il glissa dans la longue oreille duveteuse de son ami, que le père noël de cette anée était extraordinaire. Car la nuit prochaine, les pierres dressées sur la lande de Plouhinec, à deux pas d'ici, iraient boire à la rivière.

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" Cela n'arrive qu'une fois tous les cent ans, et pendant ce temps, les trésors enfouis à leurs pieds sont offerts à ceux qui osent les prendre."

L'âne répliqua illico que les pierres revenaient si vite, qu'elles risquaient d'écraser leur voleur, à moins qu'il ne porte sur lui un bouquet de gui et de trèfles à cinq feuilles. Le boeuf eut le dernier mot:

" Les richesses volées tombent en poussière si elles ne reçoivent pas en dédommagement la vie d'un homme."

          Le lendemain matin, le sorcier s'en alla arpenter les talus et revînt vers midi à la ferme, où il s'entretînt longuement avec Bernez.

On devine la promesse de richesse agitée par la vieille crapule et l'enthousiasme du jeune homme. Rendez-vous fut pris au soir, près des pierres dressées.

Bernez, arrivé en avance, s'occupa à sculpter une croix sur le plus haut des mégalithes.

 

 

A l'heure dite, le sorcier était là et, lorsque le clocher sonna minuit, les deux hommes terrifiés entendirent le grondement de tonnes de pierres s'arrachant du sol et virent passer, en un vol serré, tous les menhirs qui filaient vers la rivière.

D'un seul élan, ils sautèrent dans les fosses découvertes où l'or brillait sous la lune. A peine avaient-ils enfourné quelques poignées de pièces d'or dans leurs poches que retentit un grand vacarme: les pierres revenaient.

"Nous allons mourir! hurla Bernez.

- Toi, oui ! Pas moi, mes herbes me protègent !" ricana le sorcier, brandissant son bouquet de gui et de trèfles.

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          L'instant suivant, les pierres arrivaient en file indienne. La plus haute d'entre elles, qui les menait, s'arrêta devant Bernez, l'abritant de sa masse rugueuse marquée d'une croix. Les autres la contournèrent pour regagner leur excavation.

Bernez, sauvé par le signe qu'il avait gravé, était tombé à genoux dans l'ombre de son mégalithe. Enfin l'énorme bloc se souleva d'un bond par-dessus le jeune homme et plongea sur le sorcier, qui agitait frénétiquement ses herbes.

Mais la pierre n'obéissait plus aux anciennes coutumes, elle bouscula l'homme qui tomba dans la fosse oùelle l'écrasa de tout son poids.

 

Bernez mit un moment à reprendre ses esprits. Et s'il murmura une rapide prière devant la dalle d'où rien ne transparaissait du drame, il n'alla pas jusqu'à verser de larmes sur celui qui l'avait condamné en riant.

Puis il revînt vers la ferme, les poches emplies d'or qui lui gagnerait la main de Rozenn.

 sources:

Contes & légendes de Basse Bretagne d'Emile SOUVESTRE

Guide des dolmens et menhirs bretons d'Audrey BURL

 

Plusieurs légendes évoquent les pierres volantes. Une façon d'expliquer le transport et l'élévation des mégalithes, ces monstres de pierre dont certains, comme le menhir de Locmariaquer, atteignent 20 mètres de longueur pouplus de 300 tonnes.

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07/03/2011

LA FEE DES HOUX (Essé - 35)

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              Le jour tombait doucement sur le verger dans lequel un vieux paysan et son épouse se reposaient de la fatigue du jour. Au fond de leur champ, se dressait la masse imposante que les gens d'Essé, et les autres, appellent "la Roche Aux Fées".

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"Au temps où l'on croyait aux fées, la vie était moins dure, soupira la femme.

- La terre était sûrement aussi basse, et les bottes de foin aussi lourdes, répliqua l'homme.

- Mais les fées offraient des cadeaux à ceux qui les aimaient, et après leur mort, elles leur construisaient de belles et grandes grottes comme celle-là, pour abriter leurs cendres.

- Tu as peut-être raison, répondit l'homme, pensif, on devrait toujours honorer les fées."

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          Et tandis qu'ils soupiraient sur le temps des anciennes légendes, une petite aurore se mit à luire au milieu des pommiers en fleur. En son centre prenait forme une légère silhouette, vêtue de blanc, couronnée et ceinturée de baies rouges. La ravissante créature s'avança vers eux, et ils entendirent des rires cristallins, des clochetes invisibles sonner autour d'elle. Enfin, elle parla:

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" Puisque vous regrettez les fées, moi, la Fée des Houx, je vais récompenser votre fidélité. Voici une bourse emplie de pièces d'or. Vous pourrez les dépenser à votre guise, vous en aurez toujours autant - mais jamais plus - jusqu'à la fin de votre vie. Je ne vous demande qu'un service en échange. J'ai là un vase dont le contenu m'est très précieux et que je vais enterrer sous la Roche-aux-Fées. Je vous charge de veiller sur lui, et surtout de ne jamais, au grand jamais, chercher à voir ce qu'il contient."

Elle tendit vers eux un pot sculpté de lignes entrelacées, puis disparut dans une dernière volée de notes argentines.

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           L'or était intarrisable, comme l'avait promis la fée. Plus de labours, plus de moissons. Les deux vieux se mireznt à acheter leur pain, leur viande, leur cidre, et de la crème et du beurre, ils se vêtirent et se meublèrent comme des bourgeois.

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Le temps passa, et après avoir goûté au plaisir de ne rien faire, ils firent connaissance de l'ennui. Un mauvais conseiller, c'est bien connu. La fermière surtout se plaignait. Au fond, ils n'avaient pas assez d'argent pour faire des affaires et mener grand train à la ville...

Elle se mit à penser au vase caché par la fée. Quel excitant secret contenait-il. De l'or sans doute. En emprunter un peu leur permettrait d'acquérir des terres, de gagner plus d'or, elle rendrait celui de la fée qui n'y verrait rien?

Son mari l'en dissuadait fermement. Elle se faufila tout de même sous le monument, mais l'envol de dammes blanches aux yeux d'or la fit battre en retraite. Alors elle soutint qu'elle entendait des pleurs sous les grandes pierres, et que des lueurs de feu s'y glissaient à la nuit.

"Et si le vase contenait les ossements d'un prisonnier des fées mort de chagrin? Ou ceux d'un enfant échangé qui n'aurait pas survécu?

Nous devons sauver cette âme, lui donner une sainte sépulture."

Mais son époux ne cédait pas. Un soir enfin, elle prit la décision. Arrivée à la Roche-aux-fées, elle déterra en quelques instants la petite jarre. Une poignée de cendres, quelques menus fragments d'os, voilà le pauvre trésor qu'elle découvrit. Toute tremblante, elle remit le récipient en terre, le recouvrit du mieux qu'elle put, et rentra chez elle.

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          Le feu était éteint et son mari pleurait, assis dans leur maison qui n'était plus qu'une triste masure. Debout devant lui, la fée pleurait aussi, sur l'amour inconstant des hommes et sur la confiance trahie. Sarobe était devenue grise et les baies de houx s'étaient flétries, à son cou et à sa taille.  

 

    rocvhe aux fee.jpgHistoire inspirée des "Contes du pays gallo" d'Adolphe ORAIN

 

Située à Essé (35), la Roche-aux-Fées mesure 19 mètres de long pour 6 mètres de large. Elle est composée de 41 ou 42 blocs de pierre. Chacun d'eux pèserait 40 tonnes. Tous proviennent d'un site distant de 4 km. Comment nos "ancêtres" les ont-ils déplacés?

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Une coutume invite les fiancés à faire le tour du dolmen chacun de son côté en comptant les blocs. S'ils trouvent le même nombre, ils peuvent se marier. Sinon, la rupture est probable !

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18/06/2008

Le Tésr de Roc Trévézel

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BREIZH 100x60 Le Roc Trévezel renferme un saint qu'on appelle "Ar-Zantic-coz"et qui possède toutes les vertus. Pour obtenir de lui tout ce que l'ondésire, il faut lui passer la main sur la tête et la frotter doucement. Mais la montagne ne s'ouvre que tous les onze cents ans et pour quele saint daigne sortir, il faut l'envoyer chercher par un enfant qui aitjuste onze ans ce jour là.
Un savant anglais se rendit à ce lieu accompagné d'un jeune enfant àla date prévue pour l'ouverture de la montagne. L'enfant pénétra dans unesalle ou se trouvait un tas de pommes, mais point de saint. dans uneseconde salle l'enfant trouva des pommes encore plus belles; il en croquatant et si bien que les douze coups de midi sonnèrent.

L'enfant se retrouvât prisonnier de la montagne qui s'était refermée.Les jours passent et l'enfant qui se nourrissait de pommes, voit le tasdiminuer. Atteignant les dernières pommes, le gamin trouve un morceau debois et s'écrie :
- Ce doit être le saint !Il lui frotte la tête, et une voix qui semble sortir du morceau de boislui demande : - Que te faut-il ?
- Je veux pouvoir m'ensoleiller sur le haut de la roche, au lieu demoisir dans ses flancs.

En un instant le gamin se retrouve dehors.
A partir de ce moment, et en frottant la tête du saint, l'enfant exauçases nombreux vœux. Il se fit construire un palais ou il vécut en compagniede sa mère qu'il avait rajeunie de trente ans. Puis il voyagea dans unecalèche à douze chevaux en direction de Paris. Il causa des dégâts etle Roi fit cerner son hôtel, mais le pouvoir du saint anéantit l’armée duRoi qui proposa au garçon sa fille en mariage. La nuit de noces,la princesse fut surprise de voir son mari déposer à l'angle de lacheminée un vieux morceau de bois vermoulu.

Mais quelques jours plus tard, la princesse entendit un chiffonnierqui proposait d'échanger des saints neufs contre des vieux. Elle échangea le vieux saint de bois, contre un tout neuf en plâtre( pensant ainsi faire plaisir à son mari).

A son retour, le mari saisit le saint et le brisa. Il courut à larecherche du chiffonnier. Le rejoignit et lui proposa d'acheter tout sonétal au double de son prix, trop heureux d'y retrouver son Zantic-coz. Mais lorsqu'il lui frotta la tête, le saint lui répondit
"je ne peuxplus rien pour toi. D'ailleurs il est temps que tu te tiennes tranquille.
Tes vœux ont étés accomplis jusqu’à ce jour. Habitue toi désormaisà ne plus rien désirer. Moi, je retourne à Roc Trévezel attendre encoreonze cents ans qu'un autre vienne me chercher pour faire son bonheur".

Ainsi le trésor des monts d 'Arrée est comme ce saint. Il ne se livre pas à tous....
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02/06/2008

Azénor, la Captive de Brest

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BREIZH 100x60Le magnifique château de Brest, ancien bastion de la féodalité, fut maintes fois modifié du XIIIème au XVIIème siècle. Cette forteresse abrita fort longtemps la puissance des comtes de Léon.

En 537, la jeune Azénor épouse du comte Chunaire de Goëlo subissait les critiques et les mauvais traitements de la seconde femme de son père. La marâtre ne tarissait pas de calomnies et de ragots sur la jeune mariée.
Folle de jalousie et toute emplie de fiel elle réussit même à persuader l'époux de la pauvre Azénor de l'infidélité de celle-ci. Le divorce par consentement mutuel restant à inventer, le comte ramena la malheureuse chez son père qui la fit enfermer dans la tour portant désormais son nom. La pauvre comtesse passait ses journées à prier et à appeler le pardon du Seigneur sur ses bourreaux, en attendant d'être brûlée vive, puisque tel était le châtiment réservé aux pécheresses.

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Le jour de son exécution le feu ne voulut jamais prendre. Cela ne suffit pas à attirer la grâce des hommes après celle du ciel, la jeune femme fut placée dans un tonneau et jetée à la mer. Il paraît qu'un ange veilla sur son voyage et la fit accoster quelques temps plus tard sur la terre d'Irlande.

Pendant ce temps, la méchante et cruelle belle-mère aux portes de la mort avait avoué sa machination. Aussitôt le comte s'embarqua à la recherche de son épouse d'un seul coup bien aimée. L'être céleste qui avait guidé Azénor refusant probablement d'aider son époux, celui-ci erra longtemps de pays en pays avant d'accoster enfin sur les côtes irlandaises. Et là, oh miracle, le mari cruel remarque un jeune enfant véritable sosie de la fugitive.
La pauvre devenue lavandière pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils, toujours aussi bonne et généreuse accepta de reprendre la vie commune et tous trois regagnèrent la Bretagne où ils vécurent heureux sous le ciel serein de leur nouvel amour ....
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23/05/2008

La Chapelle des 7 Saints

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BREIZH 100x60En 250, l'Empereur Dèce fit murer 7 Saints dans une grotte dans laquelle ils s'endormirent.

Ils ne se réveillèrent que pendant le Concile d'Ephèse en 431: réaffirmant le dogme de la résurrection des corps.

Cette tradition, commune à l'Islam et au Christianisme, a donné lieu, sous l'impulsion de l'orientaliste Massignon, à un pélerinage annuel, commun aux deux confessions: toujours le 4ème dimanche de juillet.
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