24/05/2012

Sommaire Contes & Légendes de Cornouaille

0_cornwall_flagAngleterre

 
legendes de cornouailles
Le Buisson des Ronces
legendes de cornouailles
Tristan & Iseult (Fowey, Cornwall)            tristan-yseut.html
La Malédiction du Ver de Lambton
La Fée aux Coques de Noix (Padstow)
La Table d'Or (Mont Bossiney)
Le Roi aux Oreilles de Cheval (Morvah, Penzance)

legendes de cornouailles

Le Pays Englouti de Lyonesse
Le Garde-manger de Ralph
Les Piskies
Les Faeries
Lady Godiva
legendes de cornouailles

11 - LE BUISSON DES RONCES

angleterre en 38.gifUn tout petit garçon était assis aux pieds de sa mère, près d'une porte-fenêtre qui donnait sur le jardin. On était en automne, et le vent soufflait tristement et faisait courir les feuilles sèches couleur d'or sur le gravier du che­min et sur l'herbe de la pelouse.
La maman tricotait une petite chaussette; les aiguilles faisaient clic, clic, dans ses doigts, mais ses yeux regardaient le ciel rendu tout rouge par les rayons du soleil couchant. Le petit garçon appuya sa tête contre les genoux de sa maman, et se tint si tranquille qu'à la fin elle pencha la tête pour voir s'il dormait. II ne dormait pas; il regardait attentivement un buisson de ronces qui agitait ses longues branches couvertes de feuilles rouges de l'autre côté de la barrière.


" À quoi penses-tu, mon chéri ? demanda la mère.

- Regarde le buisson de ronces, maman. Qu'est-ce qu'il dit ? II me fait : bonjour, bonjour, par-dessus la barrière; qu'est-ce qu'il dit ?

- Ce qu'il dit ? répondit-elle. II dit :

- J'aperçois un heureux petit garçon, dans une jolie chambre, éclairée par un bon feu. Ici, dehors, il fait froid et sombre, mais, là où est le petit garçon, il fait chaud et clair. Je lui dis : bonjour, bonjour, et il me regarde. Je voudrais bien savoir s'il sait combien il est heureux!


neige.gifL'hiver.

« ... Voyez, mes feuilles sont toutes rouges. Tous les jours, elles se sèchent et elles tombent, et bientôt la bise les aura toutes jetées à terre. Alors la neige viendra me couvrir... et puis, elle s'en ira. aussi, et mes branches « dépouillées seront battues par la pluie et le vent.
- ... Je dis bonjour à tous ceux qui passent, et les jours s'en vont, tristes et froids, mais dans la jolie maison, si chaude et si gaie, le petit garçon joue toute la journée avec ses livres et ses joujoux. Son papa et sa maman le chérissent; il grimpe sur leurs genoux, le soir, devant le feu, pendant qu'ils lui racontent de jolies histoires ou lui chantent de belles chansons, heureux petit garçon ! Et moi, là, dehors, je regarde, et j'aperçois un rayon de lumière qui passe à travers le volet, et je voudrais bien être avec eux!

soleils%20(46).gifLe printemps.

" Mais j'attendrai très patiemment. Je supporterai la neige, et la pluie, et le froid, car mes racines sont bien au chaud dans la terre, et mes bourgeons dorment dans leurs petits berceaux bruns.
« Les jours et les nuits passent; la neige fond, le « ciel est bleu et la terre est molle ; les petits oiseaux voltigent en criant : cui ! cui ! Voici le printemps! et je sens la sève qui court dans mes branches.
« Le soleil devient toujours plus chaud. L'herbe pousse plus vite. Voilà mes bourgeons qui éclatent, et les petites feuilles qui sortent, et me voici, tout habillé de vert! Le petit garçon court pour venir me voir, et il crie : Oh! maman! le buisson de ronces est tout en vie, et si beau, et si vert! Oh ! viens voir! Et alors, j'incline ma tête au vent d'été et tous les jours je deviens plus beau, et, à la fin, je suis tout couvert de fleurs blanches et roses!

soleils%20(19).gif
L'été.

« Encore quelques semaines. Les petites fleurs blanches et roses sont toutes tombées, et voici les mûres qui paraissent toutes petites et vertes. Je les étale tout le jour au soleil et, la nuit, je recueille la rosée; lentement elles mûrissent, elles deviennent grosses; d'abord rouges et dures, puis toutes noires, brillantes et délicieuses! Je les garde pour le petit garçon qui vient en dansant les chercher. II les cueille et les met dans sa petite main, et puis, il court vers sa maman, en disant : Vois ce que le patient buisson de ronce a fait mûrir pour moi! Goûte comme elles sont bonnes, maman!

pluie%20(12).gifL'automne.

« Ah! alors je suis content et si je pouvais parler, je dirais : Oui, cher petit, prends-les. Je les ai fait mûrir au soleil et à la pluie; et je remue la tête avec satisfaction, car mon travail est fini. De la fenêtre, le petit enfant me regarde et pense

« Voilà le buisson de ronces qui a été si bon pour moi ! Je le vois et je l'aime. Je sais qu'il est tranquille là dehors, tout seul, et que l'année prochaine il me donnera encore de belles mûres noires et sucrées! "

Alors le petit garçon sourit, et dit qu'il aimait cette histoire. Sa maman le prit dans ses bras et l'emporta à la salle à manger pour dîner, et le vieux buisson de ronce, resta tout seul dehors, disant bonjour, bonjour, à tous les passants, et sans doute il y est encore.angleterre en 38.gif

Celia Thaxter, Stories and Poems for children.

18/05/2012

118 - Tristan & Yseut

La plupart des historiens attesteront que Tristan et son père Marc Conomor sont des personnages ayant bel et bien existés. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi de faire figurer l'histoire très connue de Tristan & Yseut en catégorie B "Contes & Légendes de Bretagne", mais aussi en rubrique L3 "Personnages historiques".

 

 

 

Pierre de Tristan - Fowey, Cornouailles.jpgPierre de Tristan, Fowey, Cornouailles

 


 

Le récit de Tristan et Yseut est issue de la tradition populaire orale. Elle figure dès le XIIème siècle dans plusieurs textes. Les versions les plus célèbres sont celles de Béroul et de Thomas d'Angleterre, ou encore celle de Chrétien de Troyes. Mais aucun de ces récits ne sont parvenus intégralement jusqu'à nous.

 

C'est la version de Normand Béroul qui serait la plus ancienne, puisque le récit aurait été écrit entre 1150 et 1160. Mais il est incomplet.

 

Les auteurs du XIIème siècle qui ont fixé la légende, sont des Normands de l'empire Plantagenêt, lequel contrôle les zones celtiques du Moyen-Âge. Cette histoire serait née au VIIIème siècle, mais l'origine reste incertaine.

 

Certains en font une évolution du mythe irlandais de Deidre & Noisé. Il convient de rappeler que la géographie se partage entre la Cornouaille armoricaine et l'Irlande.

 

Après la mort de ses parents, Tristan est élevé par son oncle Marc'h. Or, dans l'Antiquité celtique, il était coutumier que les enfants ne soient pas élevés par leurs parents, ils étaient confiés à d'autres: c'est ce qu'on appelait le "fosterage". 

 

Dans le roman Iseult et Tristan de Yann Brekilien, notez l'inversion des deux prénoms, l'histoire est replacée dans son contexte mythologique, afin de montrer le mythe dans son sens ^rimitif. Il redonne à Iseut la place qu'avait la femme celte dans la société, c'est-à-dire l'égale de l'homme, ce qui était inconcevable pour les trouvères normands.

 

***

 

Rivalen, roi de Loonis a épousé Bleunwenn ("Blanche-Fleur"), la soeur de Marc'h, le roi de Cornouaille en Armorique. Rivalen s'en va en guerre où il trouve la mort. Bleunwenn, avant de mourir de chagrin, donne naissance à un fils: Tristan.

 

L'enfant est recueilli et élevé par son oncle, le roi Marc'h, en Bretagne. Ce dernier, devait s'acquitter du paiement d'un tribut auprès du roi d'Irlande. Quelques années plus tard, Tristan décide d'en finir avec habitude, et quand il arrive dnas l'île, il doitcombattre le géant Morholt, le frère du roi. Tristan reçoit un coup d'épée empoisonnée, mais blesse mortellement le géant qui, dnas un dernier souffle, lui indique qu'Iseut, la fille du roi, a le pouvoir de neutraliser le poison. La jeune fille guérit Tristan de ses maux sans qu'elle sache qu'il a tué Morholt. Une fois rétabli, il reprend la mer, et retourne près de son oncle.

 


 

Marc'h souhaite que son neveu lui succède à la tête de la Cornouaile, mais des seigneurs s'y opposent, préférant une succession directe. Le roi décrète qu'il épousera celle à qui appartient le cheveux d'or déposé le matin même par un oiseau. Tristan se souvient d'Iseut et suggère une ambassade auprès du roi d'Irlande. A peine débarqué, surgit un terrible dragon qu'il doit combattre et occire non sans avoir été blessé. Pour la seconde fois, il est soigné par la fille du roi. Iseult voit que l'épée du chevalier porte une marque qui correspond à un morceau de fer, retrouvé dans le crâne de Morholt. Elle comprend que c'est Tristan qui a tué son oncle, mais renonce à toute idée de vengeance. Il s'acquitte de sa mission, et le père accepte que sa fille épouse le roi de Cornouaille, ce qui est une manière d'effacer les différends entre les deux royaumes. Iseul éprouve quelque ressentiment du peu d'intérêt que lui manifeste Tristan, mais s'embarque pour la Bretagne.

 

La reine d'Irlande remet à Brangaine, la servante d'Iseut qui est du voyagge, un philtre magique qui rend éternellement épris et heureux les amants qui le boivent. Il est destiné aux nouveuaux mariés le soir de leur nuit de noce. Durant la navigation entre l'île et le continent, croyant se désaltérer avec de l'eau, Tristan boit du breuvage magique et en offre à Iseut. L'effet est instantané. En dépit de ce nouvel amour indéfectible, la jeune fille épouse le roi Marc'h, mais le soir des noces, c'est la servante Brangaine qui prend placen dans le lit du roi.

 

Les amants prennent la fuite et décident de vivre dans la forêt, fuyant toute âme qui vive. Après un long temps de recherche, le roi les surprend endormis dans la grotte qui les abrite, l'épée de Tristan est plantée dans le sol entre eux deux. Le roi pense qu'il s'agit d'un signe de chasteté et respecte la pureté de leurs sentiments. Il remplace l'épée par la sienne, met son anneau au doigt d'Iseut et s'en va. Au réveil, ils comprennent que le roi les a épargnés. C'est la séparation, Iseut retourne près du roi Marc'h.

 

Trsitan s'en va dans l'île de Bretagne où il finit par se marier. Son occupation principale est la guerre, et lors d'une expédition, il est gravement blessé. Une fois de plus, seule Iseut peut le sauver.Il la fait mander étant convenu que le bateau doit porter une voile blanche si elle accepte de le secourir. Elle vient sans tarder dans un vaisseau à la voile blanche, mais l'épouse de Tristan lui dit que la voile est noire. Se croyant abandonné par celle qu'il aime, il se tue d'un coup d'épée. Iseut, arrivée auprès du corps de Tristan, meurt à son tour, de chagrin.

Le roi Marc'h prend la mer, et ramène les corps des amants, et les fait inhumer en Cornouaille, l'un près de l'autre. Le tombeau de Tristan est placé à droite de la chapelle, et celui d'Iseut, à gauche. Aussitôt, un rosier jaillit de la tombe de Tristan et plonde dans celle d'Iseult, les reliant ainsi par-delà la mort.



 

tristan et yseult,fowley,cornouaille,roi marc'h

la Pierre de Tristan, Fowey, Cornouailles

Cette pierre située en Cornouailes anglaise, porte des inscriptions qui remontent au VIème siècle:

HVC IACIT DRVSTANVS CVNOMORI FILIVS

(si-gît Drustan fils de Conomor)

Au XVIème siècle, John Leland rapporta une mention supplémentaire:

CVM DOMINA OVSTILLA

(avec sa maîtresse Oustilla/Esyllt/UIseult)


Il est apropié cependant de préciser que "la pierre de Tristan" n'est très certainement pas sur son site originel: elle aurait été déplacée maintes fois.


Marcus Conomorus régnait au VIème siècle sur un territoire quis 'étendait sur les deux rives de la Manche. Au début, il lui fut confié la région de Padstow-Fowey, par où transitaient les navires par voie de terre, pour reprendre la mer et gagner la Bretagne. Sa forteresse principale était Castel Dore.

Il s'établit ensuite sur le continent, en Bretagne donc, où le nom de Conomor lui est associé. On le retrouve donnant des terres au moine Goueznou dans le Léon, sa base originelle fut certainement Carhaix. Mais par une habile diplomatie, et par des alliances, notamment celle avec la veuve du roi de Domnonée, il finira par maîtriser tout le nord de la péninsule bretonne.

Cependant, il tentera d'assassiner son beau fils Judual, que Samson enverra à la cour de Childebert. Conomor s'opposera aux moines, et c'est sans doute de là, qu'il se trouva diabolisé, et deviendra le barbe bleue que l'on connaît.

A la mort de Childebert, l'allié des Bretons, son frère Clotaire lancera une expédition contre Conomor pour rétablir Judual sur le trône de Domnonée. La bataille aura lieu en 560 à Ban Aleg, dans les Monts d'Arrée. Conomor y sera tué, et selon la tradition, ses guerriers emmenèrent son corps de l'autre côté de la mer.

Bataille de Ban ALeg: 



 



 


 


 


 

 

 


 


16/04/2012

LA MALEDICTION DU VER DE LAMBTON - Angleterre


En 1420, le matin de Pâques, tous les habitants du village de Washington dans le comté de Durham en Angleterre, se dirigèrent vers l'église..... tous, à l'exception du jeune John, l'héritier dépravé du château de Lambton.

 

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peche_001.gifMéprisant le soutien de la religion et l'observation de ses préceptes, pour se consacrer à des plaisirs plus matériels, John Lambton pêchait dans la rivière, faisant fi des regards désapprobateurs des habitants du village qui se rendaient à l'église. Au début de l'après-midi cependant, comme il n(avait pas encore pris de poisson, sa bonne humeur tourna à l'aigre et il maudit sa malchance à voix haute.


Comme provoquée par cette explosion de colère sacrilège, une vague agita l'eau du fleuve. Quelques instants plus tard, le jeune homme sentit quelque chose sur sa ligne, mais c'était bien d'autre chose qu'un simple poisson... Relevant sa canne, il crut tout d'abord que c'était une sorte de sangsue, ou de ver aquatique de forme allongée et présentant un dos noir et visqueux. Puis la bête leva la tête et le fixa. Le jeune Lambton eut un sursaut d'horreur car sa prise avait l'apparence d'un dragon et le visage d'un démon.

 

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Ses  longues mâchoires portaient des centaines de dents acérées comme des lames, un liquide nauséabond suintait des neufs fentes pareilles à des branchies situées de part et d'autre de son cou, mais Lambton ne vit que ses yeux. Ils luisaient comme des braises incandescentes, capturant son regard et le plongeant dans une horrible transe, et dans leur noirceur malfaisante, il pouvait voir danser tels des spectres, tous les péchés de sa jeunesse dissolue.

fantastique-dragon-00011.gifIl avait initialement eu l'intention de garder sa pêche mais il se débarrassa vivement de l'atroce créature en la jetant dans un puit voisin. A partir de ce moment, John Lambton ne fut plus jamais le même. Ne cessant de rechercher la rédemption pour ses erreurs passées, il se rendit quelques années plus tard en pèlerinage en terre sainte. Ainsi partit-il, laissant derrière lui son village natal ainsi que son château et à son insu, la monstrueuse incarnation de ses péchés de jeunesse.


La bête qu'il croyait morte en la jetant dans la noirceur du puit, avait au contraire prospérée, devenant de plus en plus grosse et plus puissante. Un matin, des villageaois de Washington trouvèrent une étrange trace fumante et acide qui allait du puit jusqu'à une colline proche. Intrigués, ils la suivirent et découvrirent un spectacle terrifiant. Devenue si grande que ses anneaux entouraient neuf fois la colline, la créature dépourvue de membre, au corps serpentin, s'agitait mollement sous le soleil. Une écume blanchâtre déssechait l'herbe sous son corps, et l'haleine empoisonnée qu'exhalait sa gueule brûlait les feuilles des arbres environnants.

 

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Ainsi débuta le règne de terreur du ver de Lambton. Il détruisit les récoltes et les forêts, dévora le bétail ainsi que quelques enfants, contraigant les habitanjts à demeurer cloîtrés chez eux, par crainte d'être vidtimes de la malédiction qui frappait leur village. 

Finalement, s'inspirant d'une vieille recette qui avait été concoctée pour calmer les dragons malfaisants, les paysans tentèrent d'apaiser le monstre en lui offrant du lait. Une auge gigantesque remplis de lait frais fut déposée dans la cour du château. Apparaissant aussitôt, le ver se glissa jusqu'à elle et la vida. Le reste de la journée et la nuit suivante, il demeura tranquille, endormi autour de sa colline.

fantastique-dragon-00049.gifMais le lendemain matin, en constatant que le lait n'avait pas été renouvelé, la bête fut prise de furie et attaqua tout ce qui se trouvait à sa portée. Les villageois terrifiés coururent se réfugier dans leurs demeures. Par la suite, toutes les vaches furent mises à contribution pour que la bête soit quotidiennement satisfaite.chevalier marchant.gif

Parfois quelques hommes plus aguerris que les autres essayaient de tuer le monstre avec des épées ou des lances. Mais, même lorsque l'un d'eux parvenait à couper la bête en deux, les morceaux se réunissaient aussitôt en reformant un ver intact, qui ne leur laissait aucune chance de réitérer l'exploit ou de prendre la fuite.

chevaliers026.gifDes années s'écoulèrent ainsi, puis John Lambton revint du Proche Orient. Horrifié par ce qu'il découvrit, il décida de libérer le village de la bête hideuse née des péchés de sa jeunesse. Etant allé consulter une vieille sorcière des environs, il apprit qu'il ne pourrait tuer le monstre que s'il l'affrontait au milieu de la rivière où il l'avait capturé des années auparavant, et s'il portait pour ce faire, une armure spéciale, recouverte de lames effilées.

Il y avait également une condition pour qu'il réussisse: après avoir vaincu la bête, il devait occire la première personne qu'il rencontrerait, faute de quoi, la lignée des Lambton serait maudite, et pendant neuf générations, aucun des seigneurs du château ne mourrait dans son lit. 

S'étant fait fabriquer l'armure requise et armé de son épée, John Lambton alla donc affronter la bête manoeuvrant habilement pour la forcer à plonger dans les flots. Losqu'ils furent tous les deux dans l'eau, la bête cherche à l'étouffer en le serrant entre ses anneaux, mais plus elle serrait, plus les lames de l'armure pénétraient dans ses chairs et les tailladaient. Au bout d'un moment, terriblement blessée par l'épée et les lames, le monstre fut coupé en morceaux, qui furent emportés par le courant avantd 'avoir pu se reformer pour le rendre de nouveau dangereux. Ainsi périt la bête de Lambton.

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John Lambton avait vaincu le monstre mais il n'avait pas encore dissipé la malédiction. Il courut alors jusqu'à son château et son père fou de joie par la victoire de son fils, fut le premier être vivant qui se présenta sur son chemin. Lorsqu'il le vît, se souvenant de l'avertissement de la sorcière, John pâlit. Devait-il tuer son propre père pour sauver ses descendants ? Il ne put s'y résoudre et tua son chien le plus fidèle à la place du vieil homme, espérant que ce sacrifice suffirait. 

Hélas, ce ne fut pas le cas. Pendant neuf générations, tous les héritiers du château de Lambton connurent une fin tragique.

Le ver géant était mort, mais sa malédiction comme l'avait annoncé la sorcière, demeure à jamais attachée au nom des Lambton...





12/04/2012

7 - La FEE AUX COQUES DE NOIX - Padstow

 

padstow,la fée aux coques de noix


padstow,la fée aux coques de noixC'était il y a bien longtemps. Dans un hameau, près de Padstow, il y avait une veuve qui avait un fils unique du nom de Meriasek. Celui-ci était ouvrier dans la peinture et il gagnait péniblement leur vie à sa mère et à lui-même. Cependant, c'était un bon garçon, toujours prêt à rendre service aux gens qui étaient dans le besoin, et il n'hésitait jamais à se priver s'il savait que quelqu'un avait moins que lui.

padstow,la fée aux coques de noixUn jour, il était allé se promener dans la forêt avec deux de ses camarades. Sur le chemin du retour, ils furent pris par une averse de pluie et de grêle et durent s'abriter sous un grand arbre. Et comme ils attendaient que la pluie cessât, ils aperçurent, de l'autre côté de l'arbre, une très vieille femme qui portait un grand panier rempli de noix.padstow,la fée aux coques de noix

"Achetez-moi mes noix, leur dit-elle."

 


Les deux camarades de Meriasek se mirent à rire de l'allure de la vieille femme. Néanmoins, ils lui achetèrent des noix. Mais c'était pour les lui jeter à la figure. Meriasek fut outré de leur attitude.

 "N'avez-vous pas honte de vous moquer ainsi de cette femme ? leur dit-il.

 - Nous lui avons acheté des noix, et nous sommes libres d'en faire ce que nous voulons puisqu'elles sont à nous."

 

Cependant, ils s'aperçurent que les noix qu'ils avaient jetées à la figure de la vieille femme avaient pourri aussitôt qu'elles avaient heurté le sol. Meriasek acheta dix noix à la vieille femme, mais il se garda bien de lui faire honte. Il mit les noix dans sa poche, se promettant de les donner à sa mère.

 " Tu devrais garder les coques de tes noix, lui dit alors la vieille femme. Si tu en jettes une à l'eau, tu verras tout à coup un navire devant toi. Ce navire sera à toi et tu pourras y embarquer. Avec les neuf noix qui te resteront, tu pourras aussi en jeter les coques en l'air. Mais n'oublie pas de formuler un souhait. Tu auras tout ce que tu voudras. Attention : si tu souhaites une dixième chose, il t'arrivera un grand malheur."

 

Meriasek fut bien ébahi par ce que disait la vieille. Il voulut l'interroger et lui demander des explications. Mais elle avait disparu derrière l'arbre, et les trois camarades eurent beau fouiller les alentours, ils ne la virent plus.

 

" Elle s'est moquée de nous ?" dirent-ils.

 

padstow,la fée aux coques de noix

Meriasek avait quand même des doutes. Il emmena ses camarades jusqu'au rivage de la mer. Là, debout sur un grand rocher qui dominait les vagues, il lança les coques d'une de ses noix. Aussitôt, un grand navire surgit devant eux, avec des voiles multicolores.padstow,la fée aux coques de noix

" Voyez-vous, dit Meriasek, elle ne s'est pas moquée de nous.

- C'était une sorcière assurément, dirent les deux autres."

Comme ils étaient curieux, ils s'embarquèrent tous les trois sur le navire. Ils n'y avaient pas plus tôt mis les pieds que le navire les emmena au large. Il n'y avait personne pour le guider, mais il naviguait avec habileté entre les écueils comme si une force invisible le poussait en avant. Ils firent ainsi un long voyage autour de la terre, mais les deux camarades de Meriasek tombèrent à la mer et un requin les dévora. Désespéré, il revint chez lui.

" D'où reviens-tu ? lui demanda sa mère. Il y a si longtemps que tu es parti. Je me suis languie pendant ton absence.

- Ce n'est rien, ma mère, ne te fais pas de soucis.Il avait encore ses noix."

 Il prit les coques de l'une et fit un vœu. Aussitôt, il vit devant lui un sac rempli de pièces d'or. Il y en avait tant qu'il ne pouvait même pas les compter. Alors, il en prit une et la tendit à sa mère.

" Ma mère, va changer cette pièce chez le marchand pour voir si elle est bonne."

padstow,la fée aux coques de noix

La veuve alla chez un changeur. Quand elle eut montré sa pièce, on lui répondit que c'était une bonne pièce et que si elle en avait d'autres, elle pourrait acheter des domaines et devenir très puissante. Alors, la veuve revint voir son fils, et avec les pièces d'or qu'il y avait dans le sac, elle acheta un moulin sur la rivière. On la respecta beaucoup et elle eut beaucoup à faire.Quant à Meriasek, il commença à s'ennuyer. Il partit sur son navire et voulut faire le tour du monde. Il mena joyeuse vie, car chaque fois qu'il désirait quelque chose de nouveau, il jetait en l'air ses coques de noix en faisant un vœu. Mais, en rentrant, il voulut faire un dixième vœu et le navire disparut. Il se retrouva seul en pleine mer.Heureusement, il nageait très bien et il réussit à regagner le rivage. Sur ce rivage, il y avait une jeune fille qui ramassait des coquillages.padstow,la fée aux coques de noix

Elle le recueillit chez elle et le soigna avec beaucoup d'attention. C'était une jeune héritière qui possédait de grands domaines. Comme elle était tombée amoureuse de Meriasek, elle l'épousa, et tous deux se trouvèrent très heureux.Cependant, il eut la nostalgie de son pays et il décida sa femme à venir avec lui. Ils arrivèrent donc à Padstow. La mère de Meriasek les accueillit avec joie. Et ils allèrent se promener sur le rivage, là où autrefois Meriasek avait jeté ses coques de noix pour en faire un navire. Tout en racontant cela à sa femme, ils arrivèrent sur un gros rocher et s'y allongèrent pour profiter du soleil. Mais ils entendirent un bruit et regardèrent autour d'eux : il y avait là une sirène qui était occupée à se peigner les cheveux.

 

padstow,la fée aux coques de noix

" Qui vous a permis de venir sur ce rocher ? demanda-t-elle d'un ton sévère. Ce rocher est mon domaine et je ne veux pas qu'on y vienne.

- Nous ne le savions pas, répondirent-ils.

- Puisque c'est ainsi, je ne vous dirai rien. Si vous avez besoin de vous reposer, nous n'avez qu'à aller dans cette maison que vous voyez en bas, sur la grève. Mais si vous y restez trop longtemps, je vous punirai."

Quand ils arrivèrent à la maison, ils virent une vieille femme qui balayait le seuil.

" Voilà bien longtemps que je n'avais vu quelqu'un, dit-elle. Mais si vous voulez entrer, je n'y vois pas d'inconvénient."

Ils allèrent à l'intérieur et se reposèrent sur le lit. Mais ils s'y endormirent et ils furent réveillés par un grand bruit de chaînes. Ils virent alors arriver la sirène qui traînait derrière elle une chaîne d'or. Elle paraissait furieuse.

" Je vous avais dit de ne pas rester ici trop longtemps, dit-elle. Maintenant, il est trop tard, et je ne peux que vous punir."

Elle enchaîna la jeune femme et l'entraîna au-dehors avec elle. Alors Meriasek reconnut la vieille femme qui les avait accueillis. C'était celle qui lui avait vendu les noix. La vieille femme dit :

" Tu as été très imprudent en formulant un dixième souhait, mais puisque tu as été bon envers moi, je vais t'aider. Ta femme, la sirène l'a emmenée avec elle et elle devra demeurer dix ans enchaî­née. C'est la loi de la sirène, car c'est à elle qu'appartient tout le rivage. Mais si tu veux m'en croire, tu pourras délivrer ta femme et nous libérer tous de la tyrannie qu'elle exerce sur nous. La sirène se trouve sur le rocher où tu l'as vue la première fois, et elle tient ta femme par la chaîne d'or. Prends cette hache et attends que la sirène soit endormie. Alors, approche-toi et coupe la chaîne d'un seul coup de hache. La sirène perdra aussitôt tous ses pouvoirs."

padstow,la fée aux coques de noix

Meriasek attendit patiemment pendant une bonne partie de la journée. Quand il vit que la sirène était endormie, il s'approcha sans faire de bruit et d'un coup de hache, il brisa la chaîne d'or.

Il ne vit plus la sirène, ni même le rocher : à la place de celui-ci, il y avait un beau château.

padstow,la fée aux coques de noix

Et c'est là qu'il vécut avec sa femme pendant de très longues années. Mais, quand ils moururent, tous les deux, le même jour et à la même heure, le château disparut, et l'on ne voit plus à cet endroit qu'un gros rocher que les vagues de la mer entaillent chaque jour davantage.

Saint-Columb

 

padstow,la fée aux coques de noix


Recueilli vers 1900 par John Rhys (Celtic Folklore, ce conte est un vestige très tronqué d'une épopée sans doute très ancienne et qui mettait en scène un héros aux prises avec des êtres surnaturels de différentes origines. L'antagonisme est net en effet ici entre la vieille femme, qui est une sorcière des bois, autrement dit une fée silvestre, et la sirène - laquelle est réellement une sirène sur son rocher et non pas une mermaid, c'est-à-dire une ondine -qui est la fée des éléments marins. Il est vraisemblable que le locuteur de ce récit, à la fin du XIXe siècle, ne comprenait plus très bien ce qu 'il racontait, car il y a beaucoup de lacunes dans le déroulement de l'aventure.

04/04/2012

LA TABLE D'OR ( Mont Bossiney)

Légende, Conte, Mont Bossiney, Cornouailles, Table d'or,

Entre Tintagel et Boscastle, non loin de la côte, se dresse un tertre qui semble narguer le ciel et la mer toute proche, c'est le mont Bossiney, et autrefois, on racontait d'étrange choses à son propos. légende,conte,mont bossiney,cornouailles,table d'orOn disait qu'un trésor y était enfoui, mais qu'il était sous la garde d'un démon. Quelques personnes avaient essayé de creuser au pied du mont, mais elles n'avaient rencontré que de la roche et des cailloux, et pas la moindre trace d'une galerie qui aurait mené jusqu'au trésor. D'ailleurs, d'autres disaient qu'on ne pouvait trouver son chemin à travers le mont que si on était doué du don de double vue. Quiconque s'y serait aventuré sans ce don, se serait égaré et aurait érré jusqu'à la fin du monde, sans jamais pouvoir en ressortir.

 

 

légende,conte,mont bossiney,cornouailles,table d'orMais, la nuit de la Saint-Jean, qu'il fit un beau clair de lune ou que le ciel fût recouvert de nuages, d'étranges lueurs semblaient surgir du mont Bossiney. Ce n'était pas le reflet des feux qu'on allumait dans les villages, quand on se réunissait pour danser au-dessus des flammes, non; c'était une lumière qui venait des profondeurs de la terre, comme si, tout à coup, quelque forgeron infernal avait résolu d'embraser le monde en actionnant son soufflet comme un démon pour mieux brûler les âmes des damnés.

 

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Or, cette année-là, un homme du nom d'Evin, avait décidé d'en savoir davantage sur cette étonnante lumière. Au lieu de participer à la fête qui se déroulait sur la place de Tintagel, il avait quitté le village et était allé s'embusquer dans un buisson, non loin du mont Bossiney. Il regardait de tous ses yeux, s'efforçant de ne pas se laisser distraire par toutes les lueurs qui éclataient de part et d'autre, et ne voulant pas écouter les chants qui jaillissaient de toutes parts pour accompagner les danses.

Il entendit sonner les douze coups de minuit, et le dernier écho n'en était pas encore dissipé qu'il sentit la terre trembler sous lui. Prêt à se coucher à plat ventre, il vit, à sa grande stupéfaction, la base du tertre vaciler et les rochers s'entrouvrir, tandis qu'une lumière violente l'atteignit en plein visage. Mais Evin était venu pour savoir: d'un seul élan, il se précipita vers cette ouverture, les yeux à demi-fermés pour ne pas être aveuglé.

 

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Il marcha dans un couloir dont le plafond était très bas et qui allait en s'élargissant. Il arriva bientôt dans une grande salle dont les parois semblaient semblaient avoir été taillées dans le cristal le plus pur. Mais ce n'était pas les parois qui provoquait cette lumière dont Evin était inondé, c'était autre chose qui se trouvait au milieu de la salle.

Evin s'approcha, tentant désespérément d'ouvrir ses yeux le plus grand possible,mais la clarté était si forte qu'il distinguait à peine ce qu'il y avait devant lui. Pourtant, après quelques instants, il aperçut nettement, au milieu de la salle, une grande table qui était toute ronde, et qui était faite d'or si pur qu'on eût dit que c'était le soleil.

"Ainsi, c'était cela !" se dit Evin en contemplant la merveille.

légende,conte,mont bossiney,cornouailles,table d'orA ce moment, il vit une femme s'approcher de lui. Une femme vêtue d'une robe étincelante,avec des cheveux très longs qui frémissaient sur ses épaules à demi-nues. Ce n'était sûrement pas un être humain, tant elle semblait glisser sur le sol, et Evin remarqua que ses pieds nus avaient la même couleur dorée que la table ronde.

" Ne reste pas ici, lui dit-elle, car il va bientôt faire jour et tu demeureras enfermé dans cette salle jusqu'à l'année prochaine.

- Mais, dit Evin, il est tout juste minuit. J'ai largement le temps de regarder cette merveille !

- Fais ce que je dis ! s'écria la mystérieuse femme. Va-t'en immédiatement ! sinon, tu n'en auras que des regrets."

Et, ayant ainsi parlé, la femme disparut, laissant Evin seul dans cette salle où la table devenait de plus en plus brillante, de plus en plus lumineuse, de plus en plus envoûtante. Mais il n'était guère rassuré par le ton de voix qu'avait pris la femme pour l'avertir de s'en aller. Brusquement,  il eut peur de rester enfermé sous cette butte et ne pouvoir plus jamais en sortir. S'arrachant à sa contemplation, il se mit à courir en sens inverse dans le corridor et se retrouva bientôt à l'air libre.

Les premières lueurs de l'aube apparaissaient derrière les collines. En se retournant, Evin vit que l'endroit par lequel il était passé était bouché, comme si rien n'avait bougé à la base du mont Bossiney.

Il chercha pendant longtemps, mais il ne trouva aucune trace d'ouverture: partout l'herbe était intacte et les rochers qui affleuraient portaient la marque du temps. Ils étaient recouverts de mousses et de lichens. Et le soleil, se levant à l'horizon, vint frapper le visage d'Evin avec une grande douceur. Perplexe, il revint lentement vers le village.légende,conte,mont bossiney,cornouailles,table d'or Tout le monde dormait encore, après cette nuit de chants et de danses, mais il savait qu'un homme sage, qui vivait un peu à l'écart, en solitaire dans une maison de chaume, était déjà éveillé. Il alla le trouver et lui raconta ce qui lui était arrivé.

" Ai-je rêvé ? lui demanda-t-il enfin.

- Certes non, répondit l'homme sage. Tu n'as pas rêvé, mais garde-toi bien de raconter cette histoire à quiconque, car nombreux sont ceux qui viendraienbt s'entretuer pour découvrir ce que tu as vu. Sache, mon ami, que cette table d'or qui produit une si magnifique lumière est la Table ronde du roi Arthur et de ses chevaliers. Mais les temps ne sont pas encore venus, cette table doit demeurer enfouie sous le mont Bossiney jusqu'au moment où Arthur en personne viendra y tenir une réunion plénière de ses compagnons de toujours. Une fois par an, en cette nuit de la Saint-Jean, le tertre s'ouvre: et il y aura un jour où le roi Arthur se présentera  l'entrée pour reprendre possession de son royaume."

 

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NB: ce récit fait partie de toute une série de légendes sur le fabuleux roi Arthur. Son souvenir demeure très vivace dans toute la péninsule de Devon-Cornwall. La croyance populaire dans le retour d'Arthur y est attestée depuis le XIème siècle, bien avant la diffusion des romans de la Table ronde, ce qui tend à prouver son authenticité.

Par ailleurs, cette légende se mêle au thème de la perte du temps: Evin pense n'être resté que quelques minutes à l'intérieur du mont, alors qu'en réalité il y est resté toute la nuit.

 

27/03/2012

LE ROI AUX OREILLES DE CHEVAL - Morvah

 

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Penzance


En ce temps-là, à Morvah, non loin de Penzance, il y avait un roi qu'on appelait Cunomor. Ses sujets l'aimaeint bien, car c'était un bon roi. Il venait souvent partager le repas des uns et des autres et s'informer de leurs soucis, désirant avant tout faire respecter la justice sur ses terres. Mais chacun s'étonnait de le voir toujours la tête recouverte d'un bonnet de fourrure qui descendait jusqu'à ses oreilles, et cela été comme hiver, qu'il fit froid ou qu'il fit chaud.

Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que le roi Cunomor avait un secret: il avait des oreiles de cheval, et c'est pour cela qu'il se cachait toujours la tête sous un bonnet de fourrure. Et seul son barbier connaissait cette particularité, mais le roi lui avait fait jurer, sous peine d'être pendu, de ne jamais la révéler à un quelconque être humain. Le barbier, terrifié, avait aussitôt juré, et il avait tenu parole. Mais ce secret lui pesait si lourdement qu'un jour, il ne put tenir plus longtemps. Passant près d'un marécage où poussaient des roseaux, il fit un trou dans le sol, se pencha, mit sa tête à l'intérieur et prononça ces paroles:

" Le roi Cunomor a des oreilles de cheval !"

Puis il reboucha soigneusement le trou et s'en alla, satisfait. Il avait révélé le secretn certes, mais non à un être humain. Il l'avait confié à la terre, il n'avait donc pas trahi son serment.

Mais il avait oublié que la terre est la mère de tous les êtres. A l'emplacement du trou qu'il avait fait, un roseau poussa et grandit.

Un jour, un musicien vint dans le marécage chercher des roseaux pour en faire de petites flûtes. Il coupa le roseau qui avait poussé dans le trou et s'en fit donc un chalumeau, bien content d'avoir trouvé ce qu'il fallait, car le lendemain, il devait jouer des airs dans un bal qui se tenait au village.

Or, le roi Cunomor avait tenu à participer à la fête. Il vint se mêler aux villageois, plaisanta avec eux et se montra joyeux compagnon. Puis vint l'heure des danses. C'est lui qui ouvrit le bal avec la paysanne la plus jolie qu'on pût trouver. Ils se mirent donc en place, au milieu de la prairie, et les musiciens montèrent sur une estrade improvisée avec des planches sur des tonneaux. Et ils commencèrent à jouer.

Le roi n'avait pas fait trois pas qu'on entendit distinctement le chalumeau qui chantait des paroles au lieu des sons habituels. On prêta l'oreille avec attention et tous ceux qui étaient là en furent ébahis: car voici ce que chantait le chalumeau:

" Le roi Cunomor a des oreilles de cheval ! " Le roi Cunomor a des oreilles de cheval ! " Le roi Cunomor a des oreilles de cheval ! "

Et plus le musicien jouait en tapant du pied sur les planches, plus le chalumeau répétait la même chanson. Le roi comprit très bien les paroles. Il commença par en être furieux, puis il se dit qu'il perdrait la face s'il ne faisait pas quelque chose. Il s'arrêta de danser et imposa le silence autour de lui. Puis, d'un geste brusque, il arracha son bonnet de fourrure.

" Voyez ! s'écria-t-il, la chanson a raison. Je ne vois pas pourquoi je cacherai davantage la vérité !"

Tous purent voir que le roi Cunomor avait effectivement des oreilles de cheval. Et c'est depuis ce jour-là qu'on ne l'appela plus que le roi Mark*.


(*) Mark est d'origine celtique: marc'h (en breton) signifiant "cheval"


NB: ce même récit est narré en d'autres lieux au Pays de Galles mais est aussi connu en bretagne, notamment près de Douarnenez, au hameau de Plomarc'h: le roi y est appelé Guivarc'h. 

Il s'agit bien du roi Mark de la légende de Tristan et Yseult, à l'origine personnage historique ayant régné - Tristan, fils de Cunoworus (Cunomor). Ce roi eu deux noms, mas en Bretagne, on le connait surtout sous le nom de Konomor ou Comorre, à cause de ses démêlés avec d'uatres princes et des évêques, dont le célèbre Saint Samson de Dol, qui le fit condamner pour ses graves méfaits. 

La légende en a fait un "Barbe Bleu" breton, tuant ses femmes dès qu'elles étaient enceintes à cause d'une prophétie selon laquelle il serait tué par son fils.

NB: le thème de ce récit est semblable à celui du roi Midas, qui vait des oreilles d'âne, mais le symbole du cheval est plus celtique - il représente celui qui emporte les âmes des morts dans l'Autre Monde.


08/04/2008

Le Pays Englouti de Lyonesse

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Il existe de nombreuses légendes sur ces villes et ces pays submergés par les vagues, mais celle concernant le pays englouti de Lyonesse est probablement la plus connue. Lyonesse, nous l'avons dit, était autrefois une région qui prolongeait le Land's End et s'enorgueillissait de ses belles cités et de ses cent-quarante clochers. Le 11 novembre 1099, une épouvantable tempête se déchaîna et la mer en maraude inonda cette contrée, noyant ses malheureux habitants et submergeant le royaume jusqu'à ce qu'on ne puisse plus en voir que les sommets de la montagne à l'ouest que l'on connaît maintenant sous le nom des îles Scilly.
Un seul homme en réchappa. Il s'appelait Trevilian et montait un cheval blanc sur les hautes terres de Perranuthnoe avant que les vagues n'aient pu l'atteindre.

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Un écrivain du 16ème siècle nous rapporte que le Land's End s'étendait autrefois loin vers l'ouest et disposait d'une tour de guet à son extrémité destinée à guider les marins. On prétendait que les rochers que l'on appelle les Sept Pierres étaient les vestiges d'une grande cité que les pêcheurs appelaient la Ville et dont ils avaient remonté fenêtres, portes et autres ustensiles ménagers dans leurs filets.
Ils rapportaient également qu'ils avaient entendu les cloches des églises de Lyonesse tinter dans les profondeurs. Pas plus tard que vers 1930, un journaliste du News Chronicle fut réveillé une nuit par un épouvantable carillonnement de cloches. Ses hôtes lui affirmèrent qu'il avait entendu les cloches de Lyonesse. L'ancienne mairesse de Wilton, Edith Oliver, proclama que par deux fois, elle avait vu des tours, des dômes, des flèches de clochers et des bâtiments sous les vagues alors qu'elle se tenait sur les falaises de Land's End. La mer est houleuse et parsemée de récifs et plus d'un capitaine y a fait naufrage.

Il n'est donc pas difficile d'admettre que, comme pour beaucoup de légendes, celle-ci recèle une petite parcelle de vérité.

Angleterre
CONTES, LEGENDES ET MYTHES DE CORNOUAILLESTraduction de Jean-Louis Laurin, 2003

11/03/2008

Le Garde-Manger de Ralph

AngleterreLes légendes sur les géants féroces abondent en Cornouailles, mais c'est assurément Wrath de Portreath qui fut le plus féroce et le plus cruel de tous.
Wrath vivait dans une gigantesque grotte que l'on appelait son "garde-manger".

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Il s'y allongeait en guettant les navires de passage, se relevait et se précipitait sur eux en pataugeant dans les eaux de la mer et les attaquait, tuant les marins d'une simple pichenette de ses énormes doigts.

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Puis il sélectionnait soigneusement les plus beaux spécimens pour son souper et attachant les bateaux à sa ceinture, il remorquait son butin jusque dans sa caverne. Marinette Marin ds canaux de sauvetage-1

Même ceux qui pêchant avec circonspection dans un endroit qu'ils pensaient à suffisamment grande distance n'étaient pas à l'abri du danger. Wrath leur lançait d'énormes rochers du haut des falaises.

On peut d'ailleurs encore voir ceux-ci à marée basse formant une périlleuse barrière de récifs dans le prolongement de Godrevy Head. Les marins de Saint-Ives évitait à tout prix le " garde-manger", prétendant que tout ce qui y entrait n'en pouvait pas ressortir

Il y a quelques années, sa voûte s'effondra et il devînt une gorge à ciel ouvert dans laquelle la mer s'engouffre à marée haute, mais le "garde-manger" de Ralph, nom sous lequel on le connaît maintenant, s'il a perdu sa terrifiante réputation, n'en reste pas moins l'une des curiosités les plus spectaculaires de la côte à falaises de Portreath.

Angleterre
CONTES, LEGENDES ET MYTHES DE CORNOUAILLESTraduction de Jean-Louis Laurin, 2003

02/03/2008

Glastonbury

glastonbury Tor (Somerset - Angleterre)
123gifs0262Glastonbury est le nom d'une localité du Somerset anglais, siège d'une importante abbaye cistercienne au Moyen Age, qui passe pour avoir été un des hauts lieux du celtisme antique.
Deux idées se dégagent de ce nom, celle de gel, de glace, de lumière (Glass) et celle d'enterrement, de cache de cimetière (bury); elles relient selon la légende ce lieu à l'Ile de Verre, au séjour des morts et à un univers lumineux.

Le choix de Glastonbury comme lieu sacré du christianisme celtique en n'est certes pas du au hasard. C'est le passage vers l'au-delà lumineux. C'est là que les druides avaient bâti l'un de leurs centres les plus importants des îles britanniques, véritable porte de l'autre monde.

Tor est un mot d'origine celtique qui signifie colline, en quelque sorte.C'est un lieu visible de très loin et qui se dresse de manière énigmatique au milieu de vastes prairies du Somerset qui autrefois était entouré d'eau pendant de longues périodes de l'année.
Une forme d'ïle, seule colline au-dessus du niveau de l'eau des marécages de l'époque, et qui contribue ainsi à l'assimiler à la légendaire ile d'Avalon. (photo CL)
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25/02/2008

Les Piskies

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Dans les temps reculés, les gens du pays de Cornouailles croyaient qu'ils partageaient leur aimable contrée avec une autre population, beaucoup plus insaisissable, celle des Piskies.

Le piskey de Cornouailles, bien sûr est une légende, mais il est beaucoup moins connu que ces autres peuples féeriques que sont les Spriggans, les Knockers et le Petit Peuple dont les activités s'entremêlaient étroitement avec celles des vulgaires mortels au milieu desquels ils vivaient. Il n'y a pas encore bien longtemps si l'on demandait quel vieil esprit résidait depuis le plus longtemps en Cornouailles, vous obteniez à coup sûr une description de l'une de ces petites créatures et de ce dont elles étaient capables.

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En premier lieu, l'on trouve les extravagants, les taquins, les rieurs, les oisifs piskies qui, selon les uns, arrivèrent d'Irlande avec les Saints et selon les autres sont les âmes de vertueux païens de l'aube des temps. Il y a aussi ceux qui croient que les Piskies étaient les dieux de la Cornouailles pré-chrétienne à la stature de géants, qui confrontés à la nouvelle religion - certains disent qu'ils furent aspergés d'eau bénite - décrurent en taille, fatalité malencontreuse qui se poursuivra jusqu'à ce qu'ils disparaissent totalement de la surface de la Terre.

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Quelles que soient leurs origines, les piskies - ou le Piskey comme on le dénomme puisqu'il travaille généralement seul - sont aussi braves qu'ils sont espiègles, venant seconder personnes âgées et infirmes dans leurs tâches ménagères, battant le grain au clair de lune, tressant la crinière des poneys pour s'en servir d'étriers et partir dans de sauvages chevauchées nocturnes. Et bien sûr, autrefois, nombre de personnes furent victimes de ces équipées des piskies : dans un état second, ayant perdu toute notion de temps et d'espace et errant impuissantes dans ce qui leur semblait une contrée étrange jusqu'à ce qu'elles tombent épuisées de sommeil. Mais à quoi ressemblaient ces petits vieillards, les Piskies ?

D'abord, ils étaient tous identiques et pas plus grand qu'une souris. Ils portaient des perruques de lichen gris sous leur capuchon rouge. Ils avaient les yeux brillants et ne cillant pas davantage que ceux d'un merle et un regard fixe émanait de leur petit visage ridé. Ils étaient vêtus de façon soignée : gilets blancs, bas verts, manteaux bruns et pantalons courts et chaussés de souliers vernis brillants ornés d'une boucle avec des diamants gros comme des gouttes de rosée. Toujours pleins de vivacité, lorsqu'ils discutaient, l'air se remplissait d'un bourdonnement de ruche. Ils avaient l'habitude de se déplacer à dos d'escargots. Si ces aimables petites créatures représentaient les bons esprits dans l'ancienne Cornouailles, les Spriggans en étaient le mauvais côté.


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23/02/2008

Faeries (Saint Buryan - Cornouailles)

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Faeries
Dans le Land's End, à environ un mille de Saint-Buryan, la route côtière traverse deux exploitations, Selena et Burnewhall ou Baranhual comme on dit. Ces deux fermes se trouvent entre la route et les falaises, dans ce petit coin de Cornouailles qui était autrefois un endroit de marécages et de broussailles, de sables mouvants et d'affleurements granitiques.

Dans cette désolation, une nuit fort sombre il y a près de deux siècles, William Noy de Buryan se perdit en se rendant à Baranhual. Après trois jours et trois nuits de recherches infructueuses, ses amis retrouvèrent son cheval et peu de temps après William lui-même.

Il était allongé à moitié endormi dans ce qui restait d'un bâtiment délabré enfoui sous un épais buisson d'aubépine pratiquement impénétrable. Réveillé, il avait perdu toute notion de temps et d'espace bien qu'il eut reconnu ses sauveteurs et leur eut posé quantité de questions sur le pourquoi et le comment de sa mésaventure. Etourdi et aussi raide qu'un bout de bois, on le hissa sur son cheval et on le raccompagna chez lui, où, un peu de temps étant passé, il fut capable de reconstituer les étranges événements de la nuit où il avait quitté Buryan pour se rendre à Baranhual.

Sa grande erreur, il s'en aperçut ensuite, avait été d'obliger son cheval, pourtant rétif, à emprunter un raccourci à travers la Lande de Selena, car bientôt, bien qu'il eut renoncé à diriger l'animal, il se rendit compte qu'ils étaient complètement perdus. Les Piskies les avaient indubitablement ensorcelés comme William le réalisa plus tard. Bientôt, ils pénétrèrent dans une forêt, sombre et déserte en apparence et totalement inconnue. Brusquement William perçut des milliers de bougies vacillantes à travers les arbres et un air de musique. Son cheval en les voyant manifesta une grande terreur.

William, soucieux de trouver de l'aide, fut contraint d'attacher l'animal et de continuer seul. William, en proie à une stupéfaction admirative, traversa un verger et atteignit une prairie dans un endroit dégagé de la forêt. Il y découvrit alors une vieille maison. Sur un rocher en surplomb devant la porte, se trouvait une jeune fille toute vêtue de blanc et jouant du violon.

Mais ce ne fut pas elle qui retint d'emblée son attention. Sur l'espace vert dégagé, des centaines de petits bonshommes viraient et tournaient à une vitesse vertigineuse au son de la musique alors que beaucoup d'autres étaient assis les uns à côté des autres à des tables minuscules, festoyant et buvant. Ce spectacle était si attrayant que William esquissa un mouvement pour rejoindre les danseurs, mais à ce moment-là la jeune fille en blanc lui adressa un regard de mise en garde.

Elle confia son violon à quelqu'un pour que la musique ne s'arrête pas et l'attira vivement dans le verger baigné par la lune. Ils étaient presque de la même taille. Il vit alors que cette jeune fille qui le regardait droit dans les yeux était sa bien-aimée Grace Hutchens de Selena morte depuis trois ans. Fou de joie, il voulut l'embrasser. " Non, non, mon très cher William, vous ne devez pas me toucher, pas plus que vous ne devez prendre un fruit de ce verger, cueillir une fleur ou couper un brin d'herbe. Tout est ensorcelé. Une prune de l'un de ces arbres a signé ma perte il y a trois ans. Voici ce qui est arrivé.

J'étais partie, le soir déclinant, à la recherche de l'une de nos chèvres égarée sur la Lande de Selena. En vous entendant appeler vos chiens pas très loin de l'endroit où j'étais, je coupai par la lande pour vous rejoindre, mon bien-aimé, mais je m'égarai dans les hautes fougères, cernée par les marais et les ruisseaux. A la fin, extrêmement fatiguée, je me retrouvai dans ce verger. Un peu plus loin, il y avait un jardin empli de roses et derrière les arbres, j'entendis de la musique. Je sais maintenant qu'il s'agissait d'un ensorcellement des piskies, car ayant pénétré dans ce jardin, je n'y trouvai plus d'issue. " Grace lui expliqua comment elle avait alors mangé cette prune, et comment son onctuosité dans sa bouche s'était tournée en amertume avant qu'elle ne défaille.

En s'éveillant, elle s'était retrouvée au milieu de centaines de créatures du Petit Peuple, heureux d'avoir trouvé maintenant quelqu'un pour s'occuper d'eux et pour garder leurs nombreux enfants d'échange (changelings). " C'est ce que je suis d'une certaine manière, ajouta Grace, car alors que j'étais évanouie, ils m'ont capturée, comme vous me voyez maintenant, laissant à ma place le corps de remplacement que vous et mes amis avez enterré dans le cimetière de Buryan. Les nourrissons enlevés sont élevés au lait des chèvres attirées dans le jardin par le Petit Peuple transformé en bouc.

Leurs propres enfants sont très peu nombreux et très entourés de soin car le Petit Peuple est très âgé dans son ensemble, vieux de milliers d'années. Bien sûr, ce ne sont pas des chrétiens, puisqu'ils avaient apparence humaine bien avant l'époque du Christ. Au lieu de cela, ils idolâtrent les étoiles. " William ressentit brutalement l'envie de quitter cet endroit quelque peu effrayant en emmenant Grace. Il se souvenait qu'un vêtement mis à l'envers pouvait rompre ce genre de sortilège ; alors, aussi rapide que l'éclair, il retourna son gant et le jeta au milieu de la foule du Petit Peuple. A cet instant, tout changea. La maison se transforma en ruines, le jardin en un endroit désolé de lande inculte et d'eau, le verger en un buisson de ronces. Le Petit Peuple disparut et avec lui, Grace, sa bien-aimée. Touché par un souffle mystérieux, William s'écroula et s'endormit à cet endroit même où l'avaient trouvé ses sauveteurs.

A partir de ce jour, il sombra lentement dans le désespoir, errant des jours durant sur la lande à la recherche de Grace jusqu'au jour où lui aussi mourut. On l'enterra à côté d'elle dans le cimetière de Buryan. A moins peut-être que lui aussi n'ait pénétré dans Faeryland par le biais d'un changeling.

CONTES, LEGENDES ET MYTHES DE CORNOUAILLESTraduction de Jean-Louis Laurin, 2003

18/02/2008

Coventry

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Lady Godiva, Coventry

Au début de l'an 1000, les habitants de la ville de Coventry en Angleterre menait une existance difficile, étant écrasé sous le poids des impôts que prélevait le Comte Léofric de Chester pour financer ses campagnes militaires. Sa jeune épouse Lady Godiva (Godwa ou Godgifu en saxon) eut pitité de ces gens et implora Léofric de diminuer le taux de taxation. Il accepta à la condition qu'elle traverse nue la place du marché de Coventry, ce qu'elle fit à cheval, sa longue chevelure dissimulant son corps.Un embellissement plus tardif de la légende raconte que Godiva demanda à tous les habitants de rester chez eux, volets fermés. Et que seul un tailleur appelé Peeping Tom osa regarder la scène par la fente d'un volet. Mal lui en prit, car il perdit aussitôt la vue.