08/03/2012

Sommaire Contes & Légendes de Galice

Flag_of_Galicia.svgEspania





La Jument Maudite
Le Corps Ouvert
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Le Diable de Caboeiro
Les Filles Transparentes de Pontedeume
Le Défunt aux Grandes Dents
La Meiga & le Pêcheur
La Femme Orgueilleuse de sa Beauté

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LA JUMENT MAUDITE


Flèche début de texte.gifC'était un village dans la sierra de Outes. Les habitants y vécurent pendant de longues années jusqu'au moment où arriva une vieille femme qui était bruxa. Depuis lors, ils n'eurent de cesse de se battre entre eux et de se causer du tort. Il faut dire que la bruxa y mettait du sien, car elle ne cessait de colporter des histoires des uns chez les autres et de se répandre en calomnies  sur tout le monde. Bref la vie devenait impossible dans ce village autrefois si paisible.

 

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Les plus sages d'entre eux se réunirent et dirent qu'il n'y avait qu'une solution: faire partir la bruxa le plus vite possible afin qu'on n'entendit plus jamais parler d'elle. Ils allèrent trouver le curé, et tous ensemble, ils vinrent à la maison de la sorcière. Celle-ci les regarda venir avec son oeil méchant, prête à leur jeter des sorts et à leur envoyer les pires maux de la terre.

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"Cela suffit comme cela ! s'écria le curé. Il est temps de déguerpir. Si tu es encore là demain matin, je te promets que je viendrai ici avec deux autres prêtres et que je prononcerai l'exorcisme sur ta maison. Et tu seras foudroyée par ton maître, le grand Satan, pour qui tu as renié notre Seigneur."


La vieille bruxa prit très au sérieux la menace du curé. En hâte, elle rassembla ses frusques, fit son baluchon, prit son bâton, qui était fourchu au bout, et s'en alla. Mais avant de quitter le village, elle se trouna et dit:

" Ce n'est pas parce que je ne serai plus là que vous serez à l'abri. Je jure, par le diable, que vous vous en repentirez."

Et elle s'en alla après avoir prononcé des paroles incompréhensibles.la jument maudite,bruxa,sierra de outes,galice,contes et légendes celtes

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A quelque temps de là, un jeune homme du village s'en revenait le soir, après avoir passé de longues heures dans une auberge, en compagnie des filles. Il était passablement éméché lorsqu'il passa sur un sentier de montagne qui dominait un grand précipice. Il faisait très sombre et le jeune homme, un peu dégrisé, savait très bien que le moindre faux pas le ferait tomber dans l'abîme où il s'écraserait sur des roches aiguës. Il avançait lentement et son pied tâtonnait à droite et à gauche. Il se rappela qu'il avait emmené un cigare et il s'arrêta pour l'allumer: la lueur qui s'en dégageait le réconforta et il se remit à marcher d'un pas plus assuré.


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Il venait à peine de quitter l'endroit le plus dangereux qu'il se retrouva sur un plateau où il distingua les contours d'une maison entourée d'arbres très sombres. Il ne se souvenait pas d'avoir vu une maison en cet endroit et se demandait s(il ne s'était pas égaré. Mais non, c'était bien le chemin, il le reconnaissait parfaitement. Seule, la maison lui était étrangère.

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Il vit alors sortir de la maison un grand homme vêtu d'un manteau noir et qui tenait un gros chien en laisse. L'homme vint vers lui et  le chien se mit à gronder sinistrement. Le jeune homme n'était rien moins que rassuré et, du coup, toute son ivresse se dissipa.

" Ecoute ! Ecoute ! dit le grand homme noir en s'approchant de plus en plus près."

Le jeune homme eut tellement peur qu'i se signa et s'écria:

" Sainte Anne ! Sainte Anne, protège-moi !"

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Instantanément, l'homme noir et son chien disparurent dans la nuit, et il ne vit même plus les contours de la maison qui l'avait tant intrigué. Néanmoins, il claquait des dents et se sentait mal, comme s'il avait reçu des coups par tout le corps. Il avançait péniblement, quand, au milieu d'un pré, il aperçut un cheval qui hennissait.

 

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" Je me demande bien qui a pu laisser son cheval ainsi tout seul dans la nuit ?"

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Il s'approcha et vit que c'était une jument, très robuste, mais très fine, avec un beau pelage gris et une crinière abondante. Assurément, c'était une fort belle bête. Le jeune homme se dit qu'après tout il ne risquait rien à emmener la jument, et surtout à la monter, pour rentrer chez lui. Le lendemain, il se promettait de faire savoir qu'il avait trouvé l'animal égaré et qu'il était disposé à le rendre immédiatement à celui qui la réclamerait.

Il monta donc sur le dos de la jument. Elle né'tait ni sellée, ni harnachée, mais le jeune homme s'en moquait bien, car il savait monter à cru. Il arriva ainsi sans encombre au village et mit la jument dans son écurie, lui donnant une bonne ration de foin qu'il avait en réserve. Puis il alla tranquillement dormir en oubliant les peurs qu'il avait ressenties pendant son voyage de retour.

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Le lendemain matin, il fit comme il l'avait dit. Il rechercha quel pouvait être le propriétaire de l'animal. Mais personne ne paraissait avoir perdu de jument. En fait, personne ne pouvait dire à qui appartenait l'animal. Le jeune homme finit par penser que c'était une jument qui venait de bien loin et que, puisqu'il l'avait trouvée et recueillie, elle pouvait bien être à lui. Alors, il la sortit de son écurie et se prépara  à l'emmener au pré pour qu'elle pût paître de la bonne herbe fraîche et grasse.

 

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Il avait à peine sorti l'animal de l'écurie que celui-ci poussa de terribles hennissements et se mit à ruer de tous côtés. Il renversa le jeune homme et s'attaqua à toutes les portes qu'il rencontrait, les brisant et s'attaquant même aux fenêtres. Tous les habitants du village fuyaient, épouvantés, devant cette fureur meurtrière. Heureusement, quelques hommes courageux et forts finirent par se saisir de la jument, et l'ayant attachée solidement avec des cordes, ils l'enfermèrent dans une cave. Mais toute la nuit on l'entendit hennir de colère et s'agiter dans la cave.


Au matin, cependant, le silence était revenu. Les hommes se rassemblèrent  près de la cave, mais auparavant, ils étaient allés chercher le curé et celui-ci était venu avec son étole et de l'eau bénite. 

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Avec précaution, on fit sortir la jument de sa prison. Elle passa tranquillement la porte comme si de rien n'était et apparut aux yeux de tous. C'était vraiment une belle bête. Mais on remarqua qu'elle était toute peignée et que son abondante crinière avait été tressée à la manière d'une chevelure de femme.

Les hommes n'en revenaient pas, tant le spectacle était insolite. Quelqu'un s'écria alors que c'était le diable.

" Certainement pas ! répliqua un autre. Le diable, c'est le désordre ! Jamais il n'aurait pu tresser ainsi sa crinière. Je crois bien que c'est la sorcière elle-même qui a voulu nous jouer un tour pour se venger d'avoir été chassée du village !

- Tu as peut-être raison, dit le curé."

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Sans plus attendre, il passa son étole au cou de l'animal et versa sur lui ce qu'il avait emporté d'eau bénite.

La jument poussa un hurlement de terreur et, d'un seul bond, bouscula ceux qui l'entouraient et s'enfuit dans la grande rue du village. Elle disparut comme un tourbillon de vent, et personne ne la revit plus dans le village, ni dans les environs immédiats.

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Mais, par mesure de précaution, le curé alla jusqu'à la maison de la sorcière et prononça l'exorcisme. Depuis lors, aucune bruxa n'est venue troubler le village et ses habitants vécurent en paix.

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NB: notez cette caractéristique des légendes celtiques: la croyance que les sorcières ont la capacité à se transformer selon les circonstances. Ce thème fréquent dans la tradition populaire, se rattache à celui des métamorphoses de l'être, caractéristique de la mythologie celtique, autrement dit, de la prise de conscience d'une appartenance au cosmos au travers de toutes les créatures. Les bruxas, sont les héritières des anciens druides que l'on créditait de ce même pouvoir de métamorphose.

 

 


04/03/2012

LE CORPS OUVERT

 

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hermines début de texte.gifC'était autrefois, mais il n'y a pas tellement longtemps, dans un village près de la Ria de Santa Maria. Il y avait une jeune fille qui disait toujours à sa marraine:

" Non loin d'ici, marraine, il y a quelqu'un qui est "aux obscures".

 

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Au début la marraine croyait que sa filleule inventait des histoires. Mais comme la jeune fille persistait à dire cela tous les jours, elle alla avertir le curé. Celui-ci chercha bien dans tout le village qui pouvait bien "être aux obscures", mais il n'arrivait pas à trouver la personne dont parlait la jeune fille.

Un jour, cependant, comme il visitait l'une de ses paroissiennes, il vit celle-ci se troubler lorsqu'il lui demanda de réciter ses prières devant lui.

" Qu'as-tu donc, ma fille ? lui demanda-t-il.

- Il y a des gens qui meurent ici, répondit-elle, et ils sont tous "aux obscures". Il faut leur donner de la lumière. Quand les gens meurent et qu'ils n'ont pas de lumière, ils s'en vont "aux obscures".

 

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Et, après avoir prononcé ces paroles, la femme tomba sur le sol, évanouie. Le curé fut effrayé de la voir ainsi. Il appela son vicaire et tous deux chantèrent des psaumes sur la femme inanimée. Alors, pendant qu'ils chantaient, des âmes quittèrent le corps de la femme et s'en allèrent. C'est comme cela que les deux prêtres s'aperçurent que la femme était un "corps ouvert". Car un "corps ouvert" c'est quelqu'un en qui les âmes errantes peuvent se mettre sans que personne ne puisse s'en apercevoir. Tout le monde n'est pas un "coprs ouvert", bien sûr, mais il y en a qui le sont parce qu'ils sont fragiles. C'est comme s'ils avaient reçu une blessure dont la plaie se referme difficilment. Les âmes s'y précipitent, et il y en a parfois beaucoup. Mais quand la plaie est refermée, les âmes ne peuvent plus sortir à moins que l'on ne chante des prières sur la pesonne. Les deux prêtres cessèrent de chanter et dirent à la femme:

" Qu'est-ce que tu as ? Es-tu malade ?

- Je ne suis pas malade, répondit la femme, mais j'ai le "corps ouvert".

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Plus on la questionnait, plus elle parlait et plus les âmes sortaient. A la fin, elle ne dit plus rien, et les prêtres comprirent que tutes les âmes qui avaient été enfermées en elle étaient parties. La femme dormit pendant plusieurs jours, comme si elle était épuisée. Quand elle se réveilla, elle quitta la maison et s'en alla dans la montagne, et personne ne savait où elle trouvait un refuge.

Un jour, quelqu'un la rencontra. Elle cueillait des fruits sauvages et les mangeait. Elle était maigre et pâle, et elle paraissait effarouchée.

" As-tu été malade ? lui demanda-t-on.

- Oui, répondit-elle. J'allais très mal. Mais on ne m'a pas guérie, car j'ai le "corps ouvert". Alors, toutes  les âmes qui sont "aux obscures" viennent se mettre en moi, et elles me font parler et chanter, ce qui est très pénible."

- Mais pouquoi ces âmes viennent-elles se mettre en toi?

- Parce qu'elles sont "aux obscures". Elles sont privées de lumière et elles se manifestent en moi pour qu'on ne les oublie pas. Elles ont besoin de lumière et elles ne peuvent en obtenir que si on prie pour elles ou si elles peuvent faire du bien à ceux qui sont vivants. C'est pourquoi elles me disent de chanter et de dire ce qu'il faut pour guérir ceux qui souffrent. Mais personne ne peut m'écouter, et je ne peux guérir tant que ces âmes sont en moi, en  proie "aux obscures".

 

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On ramena la femme au village. Elle s'installa de  nouveau dans sa maison et les gens vinrent la trouver pour qu'elle pût leur dire comment se guérir. Elle a soigné ainsi beaucoup de personnes qui étaient malades. Et à chaque fois que quelqu'u était guéri, une âme s'en allait d'elle. Bien sûr, il y a des gens pour prétendre que c'est une bruxa. Mais je sais bien, moi, que ce n'est pas une sorcière: c'est un "corps ouvert" en qui les âmes qui sont "aux obscuresé se mettent pour obtenir la lumière.

Ortigueria - récit recueilli par J.Vasconcellos, Revista de Guimaraes, 1884

Jean Markale, Contes & Légendes des Pays Celtes



09/03/2008

Le Diable de Carboeiro

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95px-Escudo_de_Galicia.svg120px-Flag_of_Galicia.svgAuprès de la route qui va de Santiago à Orense se dressent les imposantes ruines du monastère de Carboeiro. Ce fut autrefois l'un des plus riches monastères de tout le pays, mais il n'en avait pas été toujours ainsi.
Car lorsque les moines avaient voulu s'établir sur cet emplacement, ils avaient connu bien des difficultés pour construire un bâtiment qui fût digne de devenir un grand lieu de prière et de méditation. Non seulement il était difficile de trouver des ouvriers sachant bien travailler la pierre, mais l'argent manquait, et les moines devaient se contenter de loger dans des cabanes de branchages et de célébrer les offices dans une minuscule chapelle qui n'arrivait pas à les contenir tous.

Moines-0L'abbé avait beau demander de l'aide aux habitants du pays, ceux-ci trop occupés par leurs travaux ne mettaient aucun empressement à leur répondre. Quant à donner de l'argent aux moines, il ne fallait pas y penser, car eux-mêmes étaient fort pauvres et n'arrivaient pas à vivre correctement. L'abbé demandait bien des secours à l'évêque, mais celui-ci lui répondait toujours qu'il avait autre chose à faire, et les choses ne s'arrangeaient guère pour les moines qui se voyaient dans l'obligation de passer un nouvel hiver à grelotter de froid dans leurs cabanes, à peine à l'abri des pluies et de la neige, presque en plein vent dans les grandes tempêtes du mois de novembre.
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Un jour, au cours de leur réunion dans ce qui leur servait de salle capitulaire, il s'adressa à ses moines en ces termes :

- Mes frères, cette situation ne peut plus durer. Puisque nous ne trouvons pas les moyens de construire notre monastère, il est préférable de nous disperser et d'aller, un par un, nous intégrer à d'autres abbayes. Il est bien triste d'être obligé d'en venir là, mais il n'y a plus d'autre solution.

L'un des moines se leva et demanda humblement la parole.
- Parle, frère Ramon, dit l'abbé. As-tu autre chose à nous proposer?
- Certes, dit le frère Ramon, mais j'ai bien peur que cela soit mal pris par vous tous, et je m'en voudrais d'être un objet de scandale.
- Au point où nous en sommes, dit l'abbé, nous pouvons tout entendre sans en être offusqués. Parle donc sans crainte.
- Eh bien, voici. Nous ne sommes pas riches, mais nous possédons quelque chose qui n'a pas de prix. C'est le psautier de saint Cyprien.
- Certes, répondit l'abbé, nous avons le psautier de saint Cyprien. Mais où veux-tu en venir ? Voudrais-tu le vendre ? Je ne pense pas que nous trouvions un acquéreur suffisamment riche pour nous en donner un bon prix.
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- Il ne s'agit pas de le vendre, répondit le frère Ramon. Ce psautier a une grande vertu, vous le savez tous, car celui qui le porte avec lui est assuré de faire fuir le diable si celui-ci se présente pour le tourmenter.
- C'est exact, mais je ne vois pas en quoi ce psautier pourrait nous venir en aide. Dieu merci, le diable nous laisse en paix et il n'a que faire de notre pauvreté.
- Justement, dit le frère Ramon, il n'a pas intérêt à ce que nous restions pauvres. Il préférerait que nous soyons riches et que nous négligions nos devoirs dans l'opulence et l'oisiveté. Alors, comme le diable a la réputation d'être un bon constructeur, pourquoi ne pas lui demander de nous bâtir une abbaye en pierre solide, comme il y en a par tout le pays ? Il sera tenté de le faire, et quand il viendra réclamer son dû, nous pourrons toujours le faire fuir grâce au psautier de saint Cyprien.

diable030Il y eut, parmi les moines, un grand brouhaha.
- Silence ! s'écria l'abbé. La proposition de notre frère Ramon n'est pas absurde, bien au contraire, et il serait juste que l'ennemi de Dieu fût mis à contribution pour la demeure de Notre Seigneur. Puisque le diable est bâtisseur, faisons-lui construire notre monastère. Nous nous arrangerons pour ne rien lui payer. Il doit bien cela aux pauvres Chrétiens, il me semble.

Après en avoir délibéré, les moines tombèrent tous d'accord pour dire que c'était, dans les circonstances présentes, la seule issue à leurs problèmes.

Moines-2- Fort bien ! conclut l'abbé. Et puisque c'est toi, frère Ramon, qui en as eu l'idée, nous te chargeons de négocier l'affaire.

Le soir même, quand la nuit fut obscure, le frère Ramon se rendit dans un lieu où il savait qu'il pouvait rencontrer le diable. Dans sa jeunesse, il avait souvent vu les bruxas(1) de son village invoquer l'Ennemi pour jeter des sorts sur ceux qu'elles avaient juré de perdre. Il savait ce qu'il convenait de faire. Il se rendit donc directement à un carrefour de chemins rocailleux où Démo, c'était le nom du diable de ce pays-là, avait l'habitude de se tenir quand il prévoyait qu'un homme était disposé à conclure un pacte avec lui.

Moines-4Il alla donc à ce carrefour. Il prit une branche de houx et en confectionna une croix qu'il planta à l'envers dans le sol. Il ne fut pas long à attendre, et Démo se présenta à lui sous la forme d'un homme maigre vêtu de noir et de rouge.

- Que veux-tu ? demanda Démo d'une voix nasillarde qu'il s'efforçait de rendre aimable.
- Que tu nous construises un monastère digne de nous. Il ne manque pas de pierres dans le pays, et ton habileté est bien connue. Construis-nous des bâtiments et nous te paierons largement.
- Ah ! vraiment ! s'écria le diable en éclatant d'un rire qui fît froid dans le dos au frère Ramon. Mais que me donneras-tu en échange ?
- Fais ton prix, répondit le moine.
- Crois-tu que je sois innocent, dit le diable. Je sais bien que vous, les moines de Carboeiro, vous possédez le psautier de saint Cyprien. Or, s'il y a une chose que je déteste, c'est bien ce psautier. J'imagine que si je fais accord avec toi, vous essaierez tous de me faire fuir en brandissant ce livre. Je ne me laisserai pas prendre à ce piège, je te l'affirme.

- Fais ton prix, répéta le frère Ramon.
- Eh bien, je consens à ta proposition, à condition que je n'ai plus à te rencontrer, ni toi, ni l'un des tiens, car je sais que vous me feriez fuir avec le psautier que j'exècre. Faisons un arrangement, moine, un arrangement qui ne concerne pas votre confrérie. Nous sommes aujourd'hui vendredi. Je promets de construire votre monastère d'ici dimanche matin, parole de diable, mais j'exige en contrepartie toutes les âmes de ceux qui mourront dimanche, entre la grand-messe et les vêpres que vous n'allez pas manquer de célébrer dans votre église toute neuve.

poesie et poemes
Le diable savait bien ce qu'il faisait. Il savait bien qu'en cette saison nombreux étaient ceux qui mourraient de froid et de vieillesse le dimanche, pendant que leurs enfants étaient à l'église pour suivre les offices.

- Marché conclu, répondit le moine.
- Ce n'est pas suffisant, reprit Démo. Il faut que tu signes.Le diable sortit un rouleau de papier sur lequel étaient écrites des choses terribles. Le frère Ramon le lut attentivement, puis il se coupa le doigt de la main, et signa la charte avec son sang.
- Parfait, dit le diable en se frottant les paumes de contentement. Je souhaite que vous soyez tous aussi contents de moi que je le serai de vous.

Et il disparut dans la nuit au milieu d'un tourbillon de vent.
Le frère Ramon revint au monastère, ou du moins à ce qui en tenait lieu. Il alla trouver le père abbé et eut avec lui une conversation secrète. Puis il s'en alla dormir tranquillement sur sa paillasse, dans une cabane remplie de courants d'air.

Moines-10La nuit suivante, il y eut une grande agitation dans le pays. Les gens d'alentour entendirent des bruits qu'ils trouvaient bien étranges, mais ils n'osèrent pas sortir de chez eux tant le vacarme était assourdissant. Il est vrai que Démo se dépensait sans compter. Il avait fait venir de l'enfer toute une légion de diablotins qui s'affairaient à ramasser des pierres et à les tailler. Puis, sous la direction de Démo lui-même, des diables plus expérimentés se mirent à élever les murs et les voûtes de l'église abbatiale et des bâtiments conventuels. Bref, ils travaillèrent tous si bien que, le matin du dimanche, là où il n'y avait qu'un village de huttes, se dressait un monastère fait de pierre de taille et d'allure magnifique.

Les moines furent ébahis de voir une telle splendeur et ils ne pouvaient croire en un tel bonheur. Mais quelle ne fut pas la surprise des habitants du pays quand ils virent se dresser ainsi sur l'horizon un sanctuaire aussi beau et aussi parfait. Car le diable travaille bien quand il s'en donne la peine. Mais ils étaient loin de penser que c'était l'œuvre de Démo, et ils criaient tous au miracle. Et ils eurent tôt fait de se précipiter dans l'église pour assister à la grand-messe que célébrait le père abbé.

Dans un recoin, sur les pentes de la montagne, le diable se frottait les mains de contentement, alléché à l'idée qu'il allait faire une bonne récolte d'âmes. Il en profiterait pour repeupler l'enfer qui avait tendance, à ce moment-là, à demeurer assez désert, cela par la faute des prédicateurs qui allaient répandre la bonne parole sur toute la terre.

Mais sitôt la grand-messe terminée, après avoir prononcé le ita missa est, le père abbé entonna d'une voix forte le premier chant des vêpres. Les fidèles furent bien étonnés, mais ils suivirent les vêpres avec autant de ferveur qu'ils avaient suivi la messe. Et quand tout fut terminé, ils retournèrent chez eux en bénissant le Seigneur. Quant aux moines, ils eurent droit à un repas de fête où le vin coula à flots, ce qui n'était pas pour leur déplaire.

Moines-12Cependant, il y en avait un qui n'était guère content, c'était Démo. De rage, il cassa toutes ses griffes sur le rocher sur lequel il s'appuyait, et on en voit encore aujourd'hui les traces. Il comprit qu'il avait été joué et il passa son temps à guetter les moines de Carboeiro. Il aurait bien voulu détruire le monastère, mais, d'une part, les œuvres du diable sont difficiles à détruire tant elles sont solides, et, d'autre part, il avait tellement peur du psautier de saint Cyprien qu'il se tenait prudemment à l'écart, ne voulant rien entreprendre qui pût encore lui nuire.

Mais quand, plusieurs siècles après, le psautier de saint Cyprien eut été transféré à Tolède, le diable prit sa revanche. Il souffla une effroyable tempête sur le monastère de Carboeiro et c'est pourquoi on n'en voit plus aujourd'hui que les ruines.>Santiago de CompostellaLa trame de ce récit, recueilli au xixe siècle (L. G. Arrivan, El Folklore de Proaza, 1885) est répandue dans toute l'Europe, notamment à propos de ponts jetés au-dessus de ravins et de précipices impressionnants. Une histoire analogue est racontée en Bretagne à propos de la cathédrale de Tréguier. Mais, dans la plupart des récits de ce genre, l'astuce du célébrant qui enchaîne la grand-messe et les vêpres est remplacée par la livraison d'un chat ou d'un animal au diable, en guise de paiement. Alors le diable essaie de détruire son œuvre et ne réussit qu'à ôter quelques pierres, ce qui explique l'inachèvement ou l'altération de certains monuments, ponts ou églises.1. En Galice, les bruxas sont des sorcières maléfiques au service du mal, et il ne faut pas les confondre avec les meigas. qui sont à proprement parler des « magiciennes », en réalité d'anciennes déités analogues aux fées. Les bruxas sont des êtres humains, tandis que les meigas, tout en étant incarnées, appartiennent au monde surnaturel, cet Autre Monde des Celtes qui comprend aussi bien le royaume des anciens dieux que celui des héros, et d'une façon générale des défunts. Par comparaison avec l'Irlande, les meigas seraient les Tuatha Dé Danann, habitants des sidhs, c'est-à-dire des Tertres aux Fées (les grands cairns mégalithiques). Quant aux bruxas, ce sont plutôt des jeteuses de sorts dont les pouvoirs magiques, autrefois sacrés, ont été dévoyés et mis au service des puissances mauvaises.
Espania

07/03/2008

Les Filles Transparentes de Pontedeume

Pontedeume


Autrefois, à l'embouchure de la rivière de Pontedeume, il y avait une belle cité qui s'étendait sous les falaises, le long du rivage. On y voyait de belles maisons, des palais somptueux et des entrepôts qui regorgeaient de marchandises.

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Car de nombreux navires abordaient le port et y déchargeaient des objets précieux venus de bien loin, que les marchands du pays revendaient ensuite dans tous les environs. Les gens étaient très riches et menaient une vie confortable dans cette cité qui n'avait pas d'équivalent à cette époque sur toute la terre de Galice.

Pour défendre le port et la ville des pirates qui infestaient parfois la mer, on avait construit une forteresse sur la hauteur, juste au-dessus des habitations. Là, il y avait de nombreux soldats qui se tenaient prêts à agir en toutes circonstances. Ils étaient bien à l'abri derrière leurs murailles et auraient pu défier n'importe quel ennemi surgissant à l'improviste. Ils maintenaient la paix dans le pays et tout le monde les aimait bien.

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Mais, s'ils résidaient dans la forteresse, ils descendaient souvent en ville pour se distraire. Or, la ville était également célèbre pour la beauté des femmes et des jeunes filles.

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Elles étaient toutes de belle allure, grandes et minces, et d'une élégance raffinée. Les officiers leur faisaient une cour assidue et ils étaient souvent reçus dans les meilleurs familles.

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Mais parfois, tant ils étaient pris par l'intérêt qu'ils portaient à la beauté de ces femmes, qu'ils oubliaient de rentrer le soir dans la forteresse, au grand désespoir de leur chef. Il avait beau les avertir que leur devoir était de rentrer, il avait beau les menacer de les consigner à l'intérieur des murs, rien n'y faisait : ils s'arrangeaient tous, dès que la nuit était tombée, pour gagner la ville et se répandre dans les maisons où ils avaient leurs habitudes.

Parmi toutes les femmes de la cité, il y en avait surtout trois qui suscitaient l'admiration. Elles habitaient un beau palais, un peu à l'écart, sur un promontoire qui dominait le port. Nul ne savait exactement leur origine, car elles étaient venues un jour et avaient acheté ce palais sans en discuter le prix et s'y étaient installées avec de nombreux domestiques pour les servir amazones 3

La plupart des officiers fréquentaient assidûment leur demeure, car ces trois jeunes filles y donnaient chaque soir des fêtes somptueuses, avec des banquets où ne manquait jamais rien, ni vins chaleureux, ni victuailles raffinées, ni épices enivrantes. Il faut dire aussi que ces trois jeunes filles présidaient ces fêtes dans le plus simple appareil, ce qui n'était pas sans effet sur leurs invités. Et elles avaient également une particularité : leur peau, à toutes trois, était si fine qu'elle en était transparente, et chaque fois qu'elles buvaient du vin, on pouvait distinguer le breuvage descendre peu à peu dans leurs corps.
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Tous les officiers en étaient amoureux et c'était souvent la cause de bataille entre eux, ce qui n'arrangeait pas les affaires de leur chef, car il y avait des blesses et même des morts. C'était en effet à qui obtiendrait leurs faveurs, et pour cela, tous les moyens étaient bons.

Pourtant, certains murmuraient qu'il y avait quelque chose d'inquiétant chez ces jeunes filles transparentes. Leur sourire était si énigmatique qu'on se demandait parfois si elles n'appartenaient pas au mystérieux peuple féerique qui vivait dans des souterrains sous les montagnes de l'arrière-pays. D'autres disaient que c'étaient des meigas(1) et qu'elles endormaient les hommes avec des philtres pour en faire leurs esclaves. Et la situation ne fit qu'empirer au fur et à mesure que les semaines passaient. Le soir, quand le chef de la garnison faisait l'appel, il manquait généralement les trois quarts des soldats et des officiers.

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Voyant que ses menaces restaient sans effet, le chef se décida à agir autrement. Il s'en alla trouver un homme sage qui habitait dans les bois, sur le flanc d'une montagne. Cet homme était très vieux et vivait tout seul. Les gens venaient souvent le consulter et il leur donnait des conseils. On disait également qu'il avait le pouvoir de guérir les maladies et de faire parler les défunts.

C'est donc à lui que le chef s'adressa. Il lui exposa la situation dans laquelle il se trouvait : responsable d'une troupe de soldats chargée de protéger le pays, il ne pouvait plus compter sur ses hommes parce que ceux-ci étaient subjugués par les femmes de la cité et plus particulièrement par les trois filles transparentes qui habitaient un beau palais sur le promontoire, au-dessus du port.

Quand il entendit parler des trois filles transparentes, l'homme sage fit une horrible grimace et se mit à marmonner des imprécations.

- Les connais-tu ? demanda le chef.
- Je ne les connais que trop, répondit l'homme sage. Ce sont elles qui pervertissent tes hommes, mais elles rongent également la cité. Il n'y a plus rien à faire, car l'endroit où elles se trouvent est maintenant maudit à jamais.

L'homme sage prit une branche de pommier et monta sur un rocher. Là il prononça des paroles en un langage inconnu, puis il fit de grands gestes dans la direction de la cité. Le ciel qui était bleu et pur se couvrit subitement de nuages et le vent se mit à souffler à travers les arbres.

- Tu peux repartir, dit l'homme sage au chef. Mais, cette nuit, prends bien soin de rester dans ta forteresse. Ne t'aventure pas dans la ville, et surtout ne t'étonne pas de ce qui peut arriver.

Le chef retourna dans la forteresse. Le soir, comme à l'accoutumée, la plupart des officiers et des soldats descendirent en ville. Mais, vers le milieu de la nuit, une tempête s'éleva, terrifiante, qui dura plusieurs heures. eclairs%20(26)Le tonnerre grondait, le vent tournoyait, les nuages déversèrent des torrents d'eaux tumultueuses. Sur la forteresse, personne ne put rester au-dehors et il fallut que chacun se tînt au plus profond des maisons. La terre trembla plusieurs fois et chacun croyait que c'était la fin du monde.

Le matin, quand le jour se leva, le ciel était de nouveau pur et dégagé. Le chef sortit et monta sur la muraille. Là, il vit avec stupeur qu'à l'emplacement de la ville il n'y avait plus que la mer dont les vagues battaient furieusement un rivage de rochers escarpés.

Pontedeume

Ce curieux conte (inédit, transcrit et traduit par Laura Palomo des Archives du Museo do Pobo Galego de Santiago de Compostelle) est une des nombreuses versions de la submersion de la ville d'Is, la ville maudite à cause du comportement de ses habitants. Les trois jeunes filles transparentes sont un triplement de la princesse qui conclut un pacte avec les puissances diaboliques, et l'homme sage est l'équivalent du saint Gwennolé de la légende bretonne, qui voue la ville à la destruction parce que ses habitants ne se sont pas repentis. La forteresse qui domine la ville est un souvenir lointain d'une forteresse celtique, celle d'Ardobriga (« Haute Forteresse ») dont l'existence est attestée archéologiquement. Il faut signaler que le thème des jeunes filles transparentes se retrouve dans une tradition bretonne analogue de la région d'Erquy (Côtes-d'Armor) à propos d'une mystérieuse cité disparue qui aurait porté le nom de Nasado. Cela montre les rapports constants qu'il y a eu entre la Bretagne et la Galice.

Le Défunt aux Grandes Dents (Vimianzo)

Vimianzo
95px-Escudo_de_Galicia.svg120px-Flag_of_Galicia.svgDans le temps jadis, on n'enterrait pas les morts. On les laissait sur le bord des chemins et ce sont les oiseaux de proie qui les faisaient disparaître. Ce n'était pas comme aujourd'hui où on les mène au cimetière et où le prêtre dit des prières sur leur tombe pour qu'ils aillent plus vite au paradis.

aigles-10Dans ce temps-là, il y avait un jeune homme qu'on appelait Xosé et qui habitait près de Vimianzo. Un soir, il était allé rendre visite à sa fiancée qui se trouvait dans un village, non loin de là, et il rentrait à la tombée de la nuit en se hâtant car il craignait l'obscurité. Au bord du chemin, il aperçut un mort qu'on avait laissé là. Il le regarda un instant et dit :

femme029- Par la Vierge bénie, comme tu as de grandes dents et qui paraissent bien solides ! avec cela, je suis sûr que tu pourrais manger le bois de ma table !

Puis il reprit son chemin vers sa maison. Mais derrière lui, le mort s'était levé et il l'avait suivi. jollyroger46Quand Xosé fut entré chez lui, il ferma soigneusement la porte et alluma son feu pour préparer son repas. Or le mort entra dans la maison sans passer par la porte. Xosé, qui allait commencer à manger, lui montra le plateau de la table et lui dit :

- Mange donc, camarade, je t'en prie, ne te gêne pas. Mais le mort aux grandes dents lui répondit :
- Si cela ne te fait rien, je préférerais du pain et un peu du repas que tu as préparé, car je n'aime pas le bois.

dyn009_original_71_70_gif_2571711_aa80257a6f2c8a044f3fc7cf292be4e1
Xosé lui donna du pain et partagea son repas avec lui. Quand ils eurent terminé, le mort se leva pour prendre congé.

- Je te remercie de ton accueil, dit-il, mais maintenant, il faut que tu viennes avec moi. Tu dois m'accompagner jusqu'à l'endroit où tu m'as trouvé.
jollyroger37- Comment cela ? s'écria Xosé. Il n'en est pas question. Cela n'a jamais été dans nos conventions, je suppose. D'abord, je ne t'ai pas invité. Tu es venu de ton plein gré et je n'ai fait que t'accueillir par gentillesse.
- Tu te trompes, dit l'autre. C'est toi qui m'as invité à manger le bois de ta table.

Xosé n'avait nulle envie de sortir dans l'obscurité en compagnie du mort aux grandes dents. Il répéta avec obstination qu'il ne bougerait pas de sa maison.

- Tu dois pourtant venir avec moi, puisque c'est toi qui m'as amené chez toi. Mais si tu ne le veux pas aujourd'hui, il faudra que tu me jures de venir me retrouver demain à l'endroit où tu m'as vu.
- J'irai te rejoindre demain à l'heure même où je t'ai trouvé, dit Xosé.

Alors le mort aux grandes dents sortit de la maison de la même façon qu'il y était entré, c'est-à-dire sans ouvrir la porte. Xosé demeura donc seul cette nuit-là, mais il ne dormit pas beaucoup, tant son aventure l'avait troublé.
dormeurs009Dès le matin, il alla voir le curé de la paroisse et lui raconta ce qui s'était passé. Le prêtre réfléchit pendant un long moment, puis il lui dit :

- Il faut que tu ailles au rendez-vous, sinon tu aurais à t'en repentir. Mais je vais t'aider autant que je le pourrai. Il faut que tu y ailles en tenant un poulet à la main. Et rassure-toi, je viendrai avec toi. Mais je t'avertis d'une chose : ne tourne jamais ton dos du côté du mort. De plus, tu devras préparer deux tombes et tu les laisseras ouvertes.

Moines-14Le soir, ils allèrent ensemble à l'endroit où Xosé avait trouvé le mort. Ils durent se battre, parce que le mort aux grandes dents ne voulait pas venir avec eux.

- Montre-moi ton dos ! disait-il à Xosé. Montre-moi ton dos ! Bien entendu, Xosé se gardait bien de tourner le dos du côté du mort. Et celui-ci répétait sans cesse en se lamentant :
- Montre-moi ton dos et non pas ton visage ! Ils se battirent jusqu'au lever du jour. Alors, quand le soleil eut commencé à éclairer le monde, le mort dit à Xosé :
- À présent, tu peux m'emmener où tu voudras. Mais maudite soit l'âme qui t'a si bien enseigné !

Ils allèrent à l'endroit où Xosé avait creusé les deux tombes. Le prêtre dit à Xosé de mettre le poulet dans l'une des tombes. Alors le mort aux grandes dents se précipita dans la tombe au milieu d'un grand tourbillon de flammes et dans un bruit si épouvantable qu'on l'entendit dans toutes les paroisses d'alentour.
jollyroger45
Le curé expliqua à Xosé que le mort aux grandes dents avait cru que le poulet était Xosé lui-même et il s'était précipité pour le dévorer, car il était furieux que Xosé ne lui eût point tourné le dos. S'il avait tourné son dos du côté du défunt, celui-ci l'aurait emmené avec lui en enfer, car c'était un damné que le grand Satan avait chargé de recueillir le plus d'âmes humaines possibles pour peupler son royaume.

Quand on referma les deux tombes, on entendit encore un grand bruit, comme si de grosses pierres tombaient dans un abîme, et la terre trembla. Puis tout redevint calme, et Xosé ne fut jamais plus importuné par le défunt aux grandes dents.

Vimianzo

EspaniaCe conte (inédit, transcrit et traduit par Laura Palomo des archives du Museo do Pobo Galego) fait partie de toute une série répandue dans l'Europe entière. Le thème en est l'invitation faite à un mort de partager son repas. Le «festin de pierre » qui conclut le Don Juan de Molière appartient à la même tradition. La morale du récit est assez nette : quand on manque de respect à un défunt, quand on le nargue, il se venge en essayant d'entraîner le perturbateur dans la mort et même dans l'abîme infernal. Voir à ce sujet J. Markale, Contes de la Mort des pays de France, Paris, Albin Michel, 1992.

La Meiga & le Pêcheur (Corcubion)

Corcubion

95px-Escudo_de_Galicia.svg120px-Flag_of_Galicia.svgÀ Corcubion, non loin du cap Finisterre, là où sont les extrémités du monde, il y avait un pêcheur qui était jeune et beau et dont toutes les filles du pays voulaient devenir la femme. Mais le pêcheur n'était pas pressé de se marier. Il menait tranquillement sa vie, ne travaillant que pour pouvoir vivre honorablement et ne pensait nullement à thésauriser pour assurer sa vieillesse.

Bateaux-11Un jour qu'il était allé rendre visite à des parents dans une ferme éloignée et qu'il revenait à pied sur un sentier, il rencontra une meiga qui était assise sur un tronc d'arbre. Il la salua aimablement, comme il faisait chaque fois qu'il rencontrait une femme. Pourtant, il savait bien que c'était une meiga, car elle avait des yeux trop clairs pour appartenir à la race des hommes.

amazones006- Où vas-tu, beau garçon ? dit-elle.
- Je rentre chez moi, répondit-il.
- Tu rentreras chez toi quand je le voudrai, dit la meiga. Il faut d'abord que tu me promettes de m'épouser.

Il la regarda attentivement. Elle était jeune et très belle, mais c'était une meiga. Il savait bien qu'il n'était pas possible d'épouser une femme de cette sorte.

- Je n'ai nulle intention de me marier, répondit le pêcheur, que ce soit avec toi ou avec une autre.
- Ce sera avec moi et avec nulle autre, dit-elle. Et si tu ne veux pas me promettre de m'épouser, je te rendrai la vie impossible.
- Je ne te promettrai rien du tout ! s'écria le pêcheur.

Et, sans plus attendre, il se remit à marcher et retourna chez lui. Là, il se mit en devoir d'allumer le feu dans la cheminée pour préparer son repas du soir. Mais il eut beau mettre du bois sec dans le foyer et battre le briquet, il ne put réussir à éclairer son feu. De guerre lasse, il mangea froid et se coucha tôt. Et le lendemain, il se leva et se prépara pour aller en mer. Il prit ses filets, porta ses rames sur son épaule et se dirigea vers le port. Il détacha sa barque et s'en alla pêcher.

Il faisait beau et il y avait très peu de vent. Bientôt le pêcheur sentit une torpeur peser sur sa tête. Il cessa de pêcher et s'allongea dans sa barque, se disant qu'un petit somme lui ferait du bien.
Il dormit presque toute la journée. Il se réveilla tout à coup en sentant que quelqu'un lui tâtait les jambes et disait tout bas :

- Oh ! les bonnes petites jambes !
Puis il sentit qu'on lui palpait les cuisses. Et la même voix murmurait :
- Oh ! les bonnes petites cuisses !

Il se redressa, mais il ne vit personne. Il était seul sur sa barque et la barque était ancrée dans une anse rocheuse, à l'écart de tout. Mais il n'y avait âme qui vive sur le rivage, et le pêcheur se trouvait fort perplexe.
Tout à coup, il entendit la même voix dire, beaucoup plus fort :


- Apportez-moi la hache que je lui coupe les jambes et les cuisses !Le pêcheur suait de peur, mais il ne souffla pas un mot. Et pourtant, la voix recommençait à dire :
- Oh ! les bonnes petites jambes ! Oh ! les bonnes petites cuisses !
Et cela de plus en plus fort. Et bientôt, ce fut une voix de tonnerre qui cria :
- Apportez-moi la hache ! apportez-moi la hache !

À ce moment-là, quelque chose sauta hors du bateau et se mit à nager à grandes brasses, comme un poisson. Le pêcheur ne comprenait pas ce qui arrivait. Il attendit sans bouger et sans rien dire. Enfin, quand le bruit fut calmé, il se glissa lui-même hors de la barque et regagna le rivage. Là, il regagna sa maison en toute hâte, sans attendre que le phénomène revînt. Mais il avait eu tellement peur qu'il en fut malade pendant quinze jours.
Quand il fut guéri, il décida de retourner à la pêche. Mais dès qu'il fut sortit de sa maison, il rencontra la meiga. Elle était assise sur un rocher, sur le bord du chemin et elle le regardait avec des yeux brillants.

- Bonjour à toi, mon garçon, dit-elle. As-tu réfléchi à ce que je t'ai demandé l'autre jour. Vas-tu me promettre de m'épouser ?
- Je ne promets rien du tout à personne ! s'écria le pêcheur de fort mauvaise humeur.

Et il s'en alla vers le port. Il prit sa barque et s'en alla pêcher dans l'estuaire. Mais comme il se penchait à un endroit pour voir s'il y avait du poisson, il vit, au fond de la mer un vieux coffre délabré qui laissait échapper des monceaux de pièces d'or qui étincelaient de toutes parts. Sans perdre un instant, il jeta l'ancre et, se dépouillant de ses vêtements, il plongea.
pirate45Quand il arriva sur les pièces d'or qu'il voyait, il tendit ses mains et en ramassa deux pleines poignées. Alors, il remonta vite jusqu'à sa barque et y déposa son butin. Mais à sa grande stupeur, il vit que c'étaient des cailloux qui se trouvaient dans la barque.

- Je me suis trompé ! s'écria-t-il. Dans ma hâte, j'ai ramassé n'importe quoi.

Il regarda sous la mer et y vit encore le coffre avec les pièces d'or qui en débordaient. Il plongea de nouveau, mais cette fois, il avait pris soin d'emporter un sac qu'il avait dans sa barque. Vite, une fois arrivé au fond de la mer, il remplit le sac et revint à la barque. Après s'être hissé à bord, il reprit sa respiration et déversa le contenu du sac dans la barque. Mais ce n'étaient que des cailloux.
Alors il entendit une voix qui disait tout bas, puis de plus en plus fort:

- Qui veut trop n'a rien ! qui veut trop n'a rien ! qui veut trop n'a rien !

Le pêcheur avait beau regarder autour de lui, il n'y avait personne dans les environs. Il était seul sur cette partie de la côte, et seules les mouettes mouette4tournoyaient en espérant récolter quelques-uns des poissons qu'il pécherait. Mais il n'avait plus envie de pêcher. Il retourna au port et reprit le chemin de sa maison. Mais il était tellement déçu parce que les pièces d'or qu'il avait vues n'étaient que des cailloux qu'il en attrapa les fièvres et qu'il resta quinze jours malade dans son lit.

Quand il fut guéri, il décida d'aller passer la soirée à l'auberge. Il sortit de sa maison et, à l'entrée de la ville, il rencontra la meiga. Elle était assise sur un banc et elle était plus belle que jamais. Mais ses yeux étaient si brillants qu'on avait peine à soutenir son regard tant il brûlait et tant il faisait mal.

- Veux-tu m'épouser ? demanda la meiga.
- Je n'épouserai personne ! répondit le pêcheur. Et il s'en alla droit à l'auberge. Il y but beaucoup en compagnie de ses amis. Et il était très tard quand il voulut s'en aller. La nuit était très noire. Heureusement, il connaissait parfaitement le chemin qui menait à sa maison.

Or, il était presque arrivé quand il aperçut une belle lumière qui semblait surgir de la terre. Il s'approcha et se pencha pour examiner ce que c'était. Il vit alors un couloir qui s'ouvrait sous la terre et qui semblait devenir de plus en plus large. Intrigué, il voulut en savoir davantage. Il s'engagea dans le trou, suivit le couloir et déboucha dans une vaste salle où la lumière surgissait inexplicablement de toutes les parois. Et pourtant, il n'y avait rien dans cette salle, pas même la plus petite trace d'une lampe qui aurait pu provoquer cette lumière.

Il en était là de ses réflexions quand il se sentit saisi aux jambes et au bras. Quelque chose qu'il ne voyait pas le tenait et l'obligeait à se coucher sur le sol. Et une voix dit doucement :

- Oh ! les bonnes petites jambes ! Une autre voix sembla répondre :
- Oh ! les bonnes petites cuisses ! La première voix reprit :
- Oh ! les bons petits bras ! La seconde voix dit encore :
- Oh ! les bonnes petites mains !

Le pêcheur était terrifié. Il tentait de se remettre sur pieds, mais il ne le pouvait pas, plaqué qu'il était au sol par des mains qu'il ne voyait pas, mais qui semblaient très puissantes. Alors, une troisième voix dit d'un ton beaucoup plus fort :

- Oh ! la bonne petite tête ! Oh ! la bonne petite tête !

Mais ce qui ajouta à la terreur du pêcheur, ce fut de voir une hache se promener dans les airs et se diriger vers lui. La hache tournoya au-dessus de sa tête et l'être invisible qui la maniait semblait vouloir lui couper la tête.

- Au secours ! cria le pêcheur.

Alors il vit la meiga qui s'approchait. Elle saisit la hache de sa main blanche, et quand elle l'eut saisie, la hache disparut. Et le pêcheur se sentit délivré des mains invisibles qui le maintenaient au sol. Il se redressa et regarda la meiga. Elle était plus belle que jamais et ses yeux encore plus brillants que les autres fois. Elle souriait et regardait le pêcheur avec beaucoup de douceur.

Le pêcheur était soulagé de voir que la meiga se trouvait là. Elle venait de le délivrer d'une situation atroce et il espérait bien qu'elle le ferait sortir de cet étrange endroit où il n'aurait jamais dû pénétrer.

- Veux-tu m'épouser ? demanda-t-elle.
Le pêcheur ne s'entendit même pas répondre.
- Oui, dit-il, je le veux bien.

Le jeune épousa la meiga à ce qu'on raconte, et il quitta son métier de pêcheur. Il s'établit avec sa femme sur une colline, au milieu des bois et personne ne sut jamais de quoi ils vécurent. Mais ils eurent de nombreux enfants, et, actuellement encore, ce sont des descendantes de la meiga et du pêcheur que les hommes rencontrent parfois, le soir, quand l'obscurité envahit la terre. Et, à chaque fois, ces femmes demandent :

- Veux-tu m'épouser ?

Corcubion

EspaniaCe conte, assez archaïque (inédit, transcrit et traduit par Laura Palomo des archives du Museo do Pobo Galegoj témoigne de la ferme croyance des anciens Galiciens dans le pouvoir magique des meigas. Mais c'est aussi l'exaltation du pouvoir de la femme celte, seule véritable détentrice de souveraineté et qui choisit en toute liberté, de sa propre volonté, l'homme qu'elle désire épouser. Cela dit, le schéma de ce conte est traditionnel et on le retrouve à peu près partout. Mais généralement, l'histoire tourne mal, et la fée délaissée se venge cruellement de son abandon par l'homme. Ici, au contraire, la fée amoureuse, si elle soumet le pêcheur à des épreuves - qui sont toutes fictives et symboliques -, ne se conduit pas de façon négative. Mais l'ambiguïté demeure quant au statut social - et moral - de la meiga dont les descendantes ont, semble-il, certaines analogies avec les prostituées. Ce n'est pas le moindre paradoxe soulevé dans ce genre de conte dont l'origine est incontestablement celtique, mais qui est exprimé dans une société très christianisée où la fée est nécessairement dévalorisée.

05/03/2008

La Femme Orgueilleuse de sa Beauté

95px-Escudo_de_Asturias.svg120px-Flag_of_Asturias.svg
II y avait une fois, dans un village près de Betanzos, une veuve qui était encore jeune et qui était très belle. Elle le savait d'ailleurs et en était très fière. C'est pourquoi elle menait la vie dure à ses soupirants, car nombreux étaient les jeunes gens qui auraient voulu l'épouser, tant à cause de sa fortune que de sa beauté. Mais elle jouait les coquettes et se pavanait volontiers dans des tenues qui n'étaient pas toujours très correctes afin de mettre en valeur les lignes harmonieuses de son corps.

Plusieurs fois, quand le curé prononçait son sermon, à la messe du dimanche dans l'église de son village, il avait mis en garde ses paroissiens contre la coquetterie et l'ostentation qui étaient le lot de certaines femmes. La veuve en question ne se sentait pas concernée, et, quand elle allait à la messe, c'était autant pour se montrer que pour y prier sincèrement.

Un jour, cependant, alors qu'elle s'était fait remarquer par une tenue plus que voyante, le curé la prit à part, après la messe, et il lui dit d'un ton sévère :

- Ma fille, à force de se faire admirer, on lasse les admirateurs et l'on n'a plus que les diables de l'enfer pour vous trouver belle.- Eh bien ! répliqua la veuve, si tous les diables de l'enfer me trouvent belle, c'est qu'ils ne sont pas si méchants qu'on le dit.
- Prends garde, ma fille, reprit le curé. Les diables sont plus rusés que tu ne le penses et il pourrait t'arriver bien des désagréments en leur compagnie.

Mais la veuve n'avait que faire des remontrances ou des avertissements du curé. Elle s'en retourna chez elle bien décidée à revenir le prochain dimanche avec des vêtements qui mettraient encore davantage en valeur sa beauté.

Or, cette semaine-là, elle alla visiter sa sœur qui habitait un hameau à quelque distance de son village. Elle s'y attarda plus que de coutume et dut s'en revenir alors que la nuit était déjà tombée depuis longtemps. Elle ne se trouva guère rassurée de se trouver ainsi dans l'obscurité sur des chemins qu'on disait hantés par le diable. Elle marcha le plus vite qu'elle put, désireuse d'être au plus tôt dans sa maison où l'attendait un bon feu dans sa cheminée, car, comme c'était l'hiver et qu'il faisait très froid, elle avait pris soin, avant de partir, de placer de grosses bûches dans l'âtre afin de maintenir une chaleur toujours égale dans sa maison.

À la sortie d'un bois, elle dut traverser une prairie qui bordait une rivière. Tout à coup elle entendit bêler dans la nuit.

- Que se passe-t-il, se dit-elle. Faut-il que quelqu'un ait été aussi inconscient pour ne pas rentrer son troupeau alors qu'il fait si froid !

Elle continua son chemin, mais les bêlements reprirent de plus belle. Intriguée, elle s'en alla sur le côté, là d'où semblaient provenir les bêlements. Et elle fut bien surprise de découvrir, blotti contre un rocher, un agneau qui était transi et qui bêlait de désespoir.

- Pauvre animal ! dit-elle. Je ne sais pas à qui tu appartiens, mais ce serait péché de te laisser là mourir de froid pendant la nuit !

Elle prit l'agneau dans ses bras et se hâta de regagner sa maison. Là, elle déposa l'animal près du foyer et entreprit de ranimer les braises. Bientôt une flamme bien claire illumina la salle et la réchauffa, car elle avait pris froid pendant son voyage de retour.

Mais la chaleur réveillait les poux qu'elle avait sur elle. Car, à l'époque, les gens étaient couverts de poux. On n'y pouvait rien, sinon que de les enlever un à un. La veuve sentit de violentes démangeaisons sur son corps, et cela la gênait terriblement.

À la fin, elle enleva sa jupe et se gratta les cuisses. Puis elle entreprit de chasser les poux un par un et, lorsqu'elle en avait entre les doigts, elle les jetait dans le foyer. Et, comme elle en sentait d'autres dans son dos et sur sa poitrine, elle se déshabilla entièrement devant le feu, se gratta et entreprit de se débarrasser de cette vermine.

Elle avait à peine terminé son ouvrage qu'elle entendit un rire strident traverser la salle. Elle se retourna, regarda de tous côtés, mais ne vit personne. Il n'y avait là que l'agneau qui semblait dormir paisiblement, allongé sur l'une des pierres de l'âtre.

Elle crut qu'elle avait rêvé, que c'était le bruit du vent dans les tuiles du toit qui avait provoqué cette sorte de ricanement. Et elle reprit sa besogne, ouvrant largement les bras et les cuisses pour en extirper les insectes indésirables qui pouvaient s'y cacher. C'est alors qu'elle entendit distinctement :

- J'ai vu tes jolis tétons ! j'ai vu tes jolies fesses ! j'ai vu ton joli chat !
Elle sursauta, prise de frayeur.
- Jésus ! Marie ! Joseph ! s'écria-t-elle d'une voix tremblotante.

Et elle se signa. Alors, elle vit l'agneau bondir sur ses pattes et se précipiter vers la porte. Celle-ci s'ouvrit immédiatement et l'agneau disparut au-dehors dans un tourbillon de vent tandis que résonnait le rire strident qu'elle avait déjà entendu.

La jeune veuve fut très affectée par cet événement. Le lendemain, elle raconta à ses voisins ce qui s'était passé. Certains, qui étaient des esprits forts, dirent que c'était le curé qui avait fait des tours de magie pour pouvoir la regarder toute nue. Mais la plupart hochèrent la tête gravement et dirent que c'était le diable qui était venu sous la forme d'un agneau, et que c'était bien fait pour elle.

Quoi qu'il en soit, la jeune veuve cessa d'être aussi coquette et aussi fière de sa beauté. Elle revêtit des habits plus modestes et elle épousa un brave garçon avec qui elle fut très heureuse.

Betanzos

EspaniaCe récit humoristique a été recueilli vers la fin du XIXe siècle par J. Vasconcellos (Revista de Guimarâes, 1889, vol. XVI). Il s'agit ici d'un conte moralisateur très imprégné de christianisme austère, mais qui témoigne d'antiques croyances concernant les métamorphoses du diable.
Dans toute la Galice, la tradition rapporte que le diable, souvent appelé Démo, se présente souvent sous des aspects animaux pour jouer des farces aux humains et pour se moquer de leurs petits travers. Il faut noter aussi une légère touche d'anticléricalisme issue d'une croyance persistante dans les sociétés rurales, à savoir qu'un prêtre, capable d'exorciser, est aussi crédité du pouvoir de «faire des tours de physique », c'est-à-dire des opérations magiques.