07/03/2012

Sommaire "Contes & Légendes de Wallonie"

SURPRENANT !!!

La Wallonie n'est pas vraiment un pays celte. Cependant, les Belges, surtout ceux qui sont actuellement francophones, sont les descendants de ces Celtes qui donnèrent tant de soucis à Jules César et qui, parmi kles derniers peuples de la civilisation de la Tène à avoir franv=chi le Rhin, étaient dépositaires d'une authentique culture traditionnelle.

C'est surtout dans l'Ardenne que la tradition archaïque s'est maintenue: l'Ardenne est en effet un refuge, une sorte de forteresse, d'ailleurs placée sous le vocable de l'antiue déesse-ourse Arduinna, où s'est maintenue, comme dans les Vosges très proches, une littérature orale remontant à un mointain pasé celtique.

Jean Markale, Contes et Légendes des Pays Celtes, éditons Ouest-France.



La Fée des Hayons

Le Char aux Chevaux Noirs


LA FEE DES HAYONS

 

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Flèche début de texte.gifAu-dessus de la vallée de la Semois se dresse un village qu'on appelle Les Hayons. Ce n'est sûrement pas un endroit très connu mais les gens qui y vivent actuellement ne sont guère à plaindre, car leurs pâtures sont bonnes et le bétail y prospère. Pourtant, au temps jadis, les habitants des Hayons étaient certainement les plus pauvres de la région. En effet, les prés étaient fort étroits entre la rivière et les collines recouvertes de bois noirs, et l'herbe n'y était guère épaisse. En hiver, la leihe les recouvrait pendant de longs mois et, en été, comme la pierre de schiste n'était pas loin, le sol se desséchait vite et l'herbe, roussie par le soleil, ne procurait presque aucune nourriture aux troupeaux du village.

 

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Pourtant, sur le plateau du Hultai, qui domine un coude de la Semois, il y avait de vastes pâtures toujours couvertes d'herbes fraîches et grasses. Mais personne n'osait y conduire les bêtes car c'était le domaine des fées. Les gens qui suivaient la nuit l'ancien chemin d'Arlon qui passait au bord du plateau avaient souvent vu danser les fées au clair de lune, et ils s'étaient toujours bien gardés d'approcher de trop près. On dit que les fées sont des êtres bienveillants envers les humains, mais il y a aussi des mauvaises fées, et il est préférable de les éviter si l'on ne veut pas risquer d'être victime des sorts.

 

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Or, un beau jour, le troupeau du village eut un nouveau berger en la personne de Tipot, du moins tout le monde l'appelait-il ainsi, car personne ne connaissait son véritable nom. De fait, il était bien mystérieux, ce Tipot. Il était originaire du pays, mais il avait beaucoup voyagé par le monde. Mais il n'en parlait jamais. D'ailleurs, il était d'un naturel taciturne, un peu sauvage même. On disait même que c'était le descendant des anciens druides qui étaient nombreux autrefois lorsque la religion chrétienne n'avait pas encore pénétré l'Ardenne. Mais d'autres prétendaient qu'il avait été apprendre les grands secrets auprès des sages de l'Orient. Toujours est-il que, dans sa cabane, il y avait beaucoup de vieux grimoires et des objets bizarres qu'il avait ramenés des pays étrangers. Mais il avait surtout une petite flûte qu'il n'abandonnait jamais. Pourtant, il en jouait très rarement. Mais dès le premier jour où il conduisit le troupeau des Hayons, il ne manqua pas de l'emporter avec lui.

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Mais Tipot eut tôt fait de remarquer que les bêtes du troupeau étaient fort maigres et qu'elles ne risquaient pas d'engraisser sur les pâtures où il devait les mener. Sans prévenir personne, il conduisit le troupeau par le chemin étroit et raboteux qui monbtait à travers les bois, jusqu'au plateau du Hultai. Les vaches, peu habituées à l'escalade et déjà affaiblies par le manque de nourriture, renâclaient quelque peu, s'arrêtant ça et là et meuglant sans cesse. Mais quand elles furent arrivées sur le plateau, elles n'eurent plus aucune envie de meugler: elles étaient bien trop occupées à brouter la belle herbe verte, toute parfumée de fleurs, qui leur montait jusqu'au ventre. Le berger les regardait pâturer avec la plus grande satisfaction.

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Cependant, le soir, lorsque Tipot ramena le troupeau au village, la belle prairie du Hultai ressemblait à un véritable champ de bataille. L'herbe foulée était en plein désordre, et des bouses s'étalaient partout. Et quand, au lever de la lune, les fées vinrent danser comme elles en avaient l'habitude, elles furent consternées de voir leur domaine ainsi dévasté.

 

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Le lendemain, toujours sans rien dire à personne, Tipot fit monter le troupeau jusqu'au Hultai. Cette fois, les vaches ne renâclèrent pas et s'en allèrent bon train dans le sentier rocailleux. Mais alors qu'il s'était confortablement installé sous son arbre, Tipot vit s'approcher de lui une petite femme très jolie, vêtue d'une robe mousseline presque transparente. Elle s'arrêta devant lui et lui parla d'une voix douce:

fee_017.gif" Brave homme, lui dit-elle, il y a certainement des choses que tu ne sais pas. Ici, nous sommes sur le territoires des fées, et nul n'a le droit d'y faire pâturer des animaux. Nous sommes bienveillantes envers les humains, mais nous devons faire respecter nos lois et nos coutumes. Emmène ton troupeau ailleurs et ne reviens plus ravager ce lieu qui, depuis toujours, est consacré à nos ébats.

-Je n'emmènerai mon troupeau nulle part ailleurs, répondit Tipot avec obstination. Il n'y a pas qu'ici il y a de la bonne herbe, et je ne vois pas pourquoi j'en priverai mes bêtes.

- Prends garde ! dit la petite personne. Nous avons les moyens de nous venger des injures qu'on nous  fait subir !  Si dans une demi-heure, tu nne nous a pas rendu notre domaine, attends-toi au pire."

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La petite dame à la robe de mousseline n'avait plus la voix de velours: elle semblait courroucée et parlait maintenant avec violence et brutalité. Elle n'ajouta plus un mot, retroussa chemin et Tipot la vit disparaître dans un buisson  d'aubépine. Tipot reprit tranquillement sa surveillance du troupeau, mais, au bout d'une demi-heure, il vit approcher une sorte de nuage d'où émanait unb étrange et inquiétant bourdonnement.

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C'était une nuée de guêpes. Comme un tourbillon au milieu d'une tempête, la nuée s'abattit sur les bêtes, se dispersant alors, et s'acharnant après elles. Maias les premières vaches étaient à peine atteintes que Topot sortit sa petite flûte et se mit à  jouer une  sarabande endiablée qui arracha les guêpes à leurs proies, les rassembla en un essaim très dense qui commença une ronde effrénée  au-dessus du plateau. Tipot accéléra le rythme de la danse à tel point que bientôt, l'essaim tout entier quitta les lieux, descendit dans la vallée et se précipita dans la Semois. L'eau en fut criblée comme si une averse de grêle s'était abattue sur la rivière. Mais, sur le plateau, tout était redevenu calme et les vaches s'étaient remises à brouter paisiblement.abeille_30.gif

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Cela de dura qu'un temps. Tout à coup Tipot, qui commençait à somnoler, vit surgir entre les herbes une véritable troupe de petites fées qui se précipitèrent vers les vaches afin de les tourmenter en les piquant de pointes acérées. Agacées, les vaches se défendaient comme elles pouvaient à coups de cornes et de sabots, mais les petites bonnes femmes étaient si agiles qu'elles esquivaient tous les coups et que Tipot commença à craindre le pire pour le troupeau.

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Alors, il sortit de nouveau sa petite flûte et se mit à jouer une fee007.gifsarabande à laquelle les fées ne purent résister. Immédiatement, elles cessèrent leur attaque contre les bêtes, et se lancèrent  éperdument dans la danse. Et comme le temps était très chaud, les fées commencèrent à se fatiguer, d'autant plus que les vaches, voulant se débarrasser de ces gêneuses, leur donnaient des coups de sabots qui, cette fois, ne manquaient pas d'atteindre leur but. Et cela dura longtemps ainsi, jusqu'au moment où Tipot, changeant de musique, les obligea à danser en direction de la falaise qui surplombait la vallée.

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Là, changeant une nouvelle fois d'air, l'habile gardien de troupeau les précipita dans la rivière, comme il l'avait fait avec les guêpes. Puis il revint s'asseoir à l'ombre pour surveiller son troupeau. Il craignait en effet que d'autres fées ne vinssent pour venger celleS dont il s'était débarassé avec tant de facilité.

 

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Mais il faut croire que toute les fées avaient participé à l'attaque du troupeau, car il ne vit personne et il ne se passa désormais plus rien dans le pâturage, sur le plateau qui domine la Semois. Et c'est depuis ce temps-là que les habitants des Hayons disposent de bons herbages qui font prospérer leur bétail et leur permettent une honnête aisance.

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Mais hélas ! depuis cette époque, il n'y a plus de fée dans le pays.



NB: commebeaucoup d'autres, ce conte narre la disparition des fées dans les campagnes. Dans celui-ci, ce n'est pas la religion chrétienne qui chasse les fées, mais une sorte de sorcier, considéré comme plus ou moins un héritier de l'antique religion druidique. Il est vrai que le pays des Ardennes a été pendant très longtemps, un refuge des anciennes traditions préchrétiennes. C'est l'exemple même de la forêt druidique, et le nom Ardenne évoque le nom d'une déesse celtique, Arduinna, souvent représentée, dans la statuaire gallo-romaine, sous l'aspect d'une ourse, ou d'une femme accompagnée d'un ours. D'ailleurs, le nom d'Arduinna contient la racine ard ou art 'gaulois arto) signifiant "ours".


Jean Markale, Contes et Légendes des Pays Celtes


04/03/2012

LE CHAR AUX CHEVAUX NOIRS

 

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hermines début de texte.gifA Han-sur-Lesse, autrefois, il y avait un seigneur qui était violent et cruel. Le nombre de ses exactions ne se comptait plus, et il ne se contentait pas de pressurer ses paysans, il faisait pendre impitoyablement tous ceux qui s'opposaient à ses volontés, fussent-ils clercs, bourgeois ou simples braconniers pris en flagrant délit dans ses forêts. On le craignait dans toute l'Ardenne et, comme sa répitation avait largement dépassé les limites de ses terres, tous les étrangers qui passaient par là évitaient soigneusement de le rencontrer.

 

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hermines début de texte.gifUn jour, il appela un de ses serviteurs et lui dit:

" Voici une lettre très importante. Il faut que tu la portes sans tarder à Liège et que tu me rapportes la réponse demain soir. Sois là avant la tombée de la nuit, sinon je ne réponds pas de ma colère, et tu sais que les châtiments que j'inflige à ceux qui me désobéissent sont terribles. De plus, s'il te prenait fantaisie de ne pas revenir, je saurais me venger, car ta femme et tes enfants sont chez moi. Penses-y et prends la route. Tu devrais être déjà parti.

poesie et poemes.jpegLe malheureux serviteur y pensait bien, en effet, car le seigneur s'était bien gardé de lui confier un cheval pour aller apporter la lettre: il devait y aller à pied. Or, il y avait quelque vingt-cinq lieues entre Han et Liège, et le pauvre homme se voyait mal pouvoir faire l'aller et le retour en si peu de temps.

Il partit cependant, après s'être signé, et il se mit à courir sur le chemin, dans la direction de Liège, mais ne sachant pas dans quel état il arriverait là-bas.

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Il était déjà dans la forêt quand il entendit un bruit derrière lui. Tout en continuant de courir, il se retourna et vit un char, tiré par quatre chevaux blancs et qui était conduit par un nain à la barbe pointue. Le char le rattrapa et s'arrêta juste devant lui.

 

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" Où cours-tu ainsi ? lui demanda le nain.

- Je vais à Liège porter une lettre de mon maître, et je dois en rapporter la réponse avant demain soir.

-Monte dans mon char ! dit le nain."

 

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Le serviteur monta dans le char et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il se trouva dans Liège. Les chevaux blancs s'étaient mis à galoper d'une façon terrifiante et le char s'était envolé dans les airs pour ne s'arrêter qu'aux portes de la ville. Le serviteur alla aussitôt porter la lettre de son maître et on lui remit la réponse attendue. Il sortit dans la rue et retrouva le nain qui l'attendait.

" Monte, lui dit le nain. Je te ramène dans ton pays."


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Ce fut de nouveau une course folle et le serviteur se retrouva à l'entrée du château. Il alla tout de suite trouver le seigneur et lui tendit le message qu'on lui avait confié. Le seigneur commença par se mettre en colère, mais quand il eut lu la lettre et bien compris que c'était la réponse à ce qu'il avait envoyé, il en fut stupéfait.

" C'est impossible ! s'écria-t-il. Comment fait pour aller et revebir aussi vite ? Réponds-moi et ne mens pas !

- Seigneur, je vais te dire la vérité: j'ai été emmené à Liège par un char attelé de quatre chevaux blancs, et que conduisait un nain. Ce sont eux qui m'ont ramené ici de la même façon.

- Vraiment ! dit le seigneur, ce n'est pas croyable ! J'aimerais bien voir ce nain qui est capable d'une chose si merveilleuse.

- Justement, répondit le serviteur, il m'a dit qu'il viendrait te voir cette nuit-même avec son char, mais il a ajouté que ce serait avec quatre chevaux noirs.

- Eh bien ! nous l'attendrons. J'ai hâte de le voir. Mais, sais-tu comment il se nomme ?

- Oui seigneur, il m'a dit qu'il était le cocher de la mort."

 

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En entendant cela, le seigneur tomba sur le sol comme si la foudre l'avait frappé. La nuit, le char, attelé de quatre chevaux noirs, s'arrêta devant la porte du château. Le nain en descendit. Il alla directement à la chambre du seigneur. Celui-ci venait à ce moemnt même de rendre le dernier soupir. Alors le nain prit son coprs, le plaça sur le char, et celui-ci disparut dans un grand tourbillon de vent.

Saint-Hubert - province de Namu

Jean Markale, Contes & Légendes des Pays Celtes

NB: le schéma de ce conte paraît analogue à celui de tous les récits bretons-armoricains concernant l'Ankou, le dernier mort de l'année  qui vient chercher les âmes des trépassés. La rencontre du serviteur avec le char tiré par des chevaux blancs se révème être, comme on dit en Bretagne, un "intersigne".