14/03/2008

Les Enfants de la Ville en Terre

enfants
Pendant la Révolution, au mois de décembre 1793, aux alentours de Savenay, vivait une bande d'enfants: Marion la terreur, Kévin le cerveau, Gwennaelle la chipie, Pierrot le farceur, Cédric le sportif et Sarah l'intrépide.
Ils passaient leur temps à faire des bêtises. Ils donnaient à manger aux poules les oeufs qu'elles avaient pondus. Ils mettaient un seau d'eau au-dessus de la porte et lorsqu'un adulte entrait, splach, il était trempé. Ils ouvraient régulièrement les barrières du pré communal pour regarder leurs parents courir après les moutons et les vaches. Les parents en eurent assez et pour punir leurs enfants, ils les enfermèrent dans un tunnel très profond qui passait sous le hameau.

fantomes-06
Le soir du 22 décembre 1793, les Républicains envahirent Savenay. Les survivants de l'armée Vendéenne, poursuivis par les Bleus, se cachèrent dans le hameau. Les Républicains les trouvèrent et tuèrent tout le monde sauf les enfants qui étaient restés dans le souterrain. Les Républicains installèrent leur campement non loin du hameau pour soigner leurs blessés.
Les enfants, pour venger leurs parents, décidèrent de jouer de mauvais tours aux militaires. La nuit venue, ils mirent des clous dans les bottes des soldats, du poil à gratter dans leurs lits et appliquèrent également une bonne couche de graisse sur les selles des chevaux, histoire de bien faire glisser et tomber leur cavalier. Ils remplacèrent aussi les cartouches de poudre par du jus de raisin, ils mirent des insectes dans la soupe, de l'eau de mer à la place du vin blanc. Quelle ne fut pas la surprise des soldats le lendemain!

fantomes-17
Les fantassins avaient mal aux pieds,
les cavaliers tombaient de leurs chevaux,
le vin était imbuvable.
Quand les soldats tiraient avec leur fusil, ils avaient la figure barbouillée de raisin.
La nuit suivante, des chèvres remplacèrent les chevaux.

Le lendemain, en découvrant cela, les soldats furent effrayés. Le hameau était-il hanté ? C'était la panique. Pendant ce temps-là les enfants s'organisaient dans le souterrain : ils construisaient des objets en terre, se nourrissaient avec le lait des vaches et les oeufs des poules qu'ils avaient réussi à sauver.
Kévin, le cerveau, eut l'idée de se déguiser en fantôme ainsi que ses amis, pour effrayer les soldats. Le soir venu, tous déguisés, ils se glissèrent dans les tentes et poussèrent des cris abominables et s'enfuirent dans leur souterrain.
La journée suivante, les soldats, qui croyaient aux fantômes, déposèrent du gui tout autour du hameau pour éloigner ces esprits indésirables.
Pendant la nuit, les enfants déguisés en fantôme ramenèrent tout le gui. Le lendemain matin, découvrant que le gui avait disparu, les soldats crurent qu'il était hanté comme le hameau.
Depuis cela dans la région de Savenay, il y eut une rumeur qui disait que dans ce hameau, il y avait du gui hanté. Au fil du temps, l'expression "gui hanté" se transforma à force de la dire en "quille hantée ", puis en " " " quille en terre ", ensuite " bille en terre " et pour terminer :
"Ville en terre"

Mais revenons à nos enfants.
La nuit suivante dans le souterrain, les enfants fabriquèrent un terrible loup mécanique. Il faisait 3 mètres de hauteur. Gwennaëlle la chipie avait chipé les manteaux de fourrure des soldats pour habiller la machine. Des lanternes rouges remplaçaient ses yeux et lui donnaient un aspect sanguinaire.
La grande gueule montrait des crocs énormes et pointus aiguisés comme des rasoirs
Une trappe était installée sous le ventre du loup pour que Cédric et Sarah le guident.
Lorsqu'il fit nuit noire, les enfants sortirent les pièces détachées et les assemblèrent. Dans un grand vacarme le loup terrifia les sentinelles, arracha toutes les tentes avec ses crocs. Il renversa le chariot de munitions. Cédric ouvrit la trappe et jeta une lanterne dans le chariot. Quel spectacle! Un feu d'artifice s'offrit aux yeux des enfants, des étincelles jaillissaient, les balles volaient dans tous les sens. Une gigantesque explosion retentit.

Les soldats terrifiés par cette attaque inattendue couraient dans tous les sens. Ils cherchèrent du regard leurs armes mais tout avait sauté. Dans leur fuite, ils se précipitèrent dans les pièges que leur avaient préparés Pierrot et Gwennaëlle. Piqués par les hérissons et les ronces, englués de bave de limace et démangés par les orties, ils sortirent des trous mais en levant la tête ils aperçurent les fantômes qui poussaient des cris abominables. Ils s'enfuirent à tout jamais du hameau.Les enfants avaient gagné la partie.

Quand les enfants ne virent plus les soldats à l'horizon, ils sautèrent de joie et crièrent : HOURRA!
Ils attendirent quelques jours pour boucher léentrée du souterrain et réaménagèrent le hameau. Les années passèrent. Ils se marièrent: le cerveau avec la chipie, le farceur avec la terreur, le sportif avec l'intrépide. Ils eurent beaucoup d'enfants qui leur jouèrent de sacrés tours. Leur descendance vit encore de nos jours.
Chers lecteurs, un de ces enfants est peut-être votre ancêtre?


Ecole "Robert Desnos" de SAVENAY Classe de CM2

La Légende de la Roche Frotte-cul

roche

En ce temps-là, dans un petit village de Campbon, vivaient des gens peu fortunés. Alors que la plupart des hommes travaillaient aux champs, les autres, tisserands, meuniers, sabotiers, s'affairaient à leurs activités quotidiennes.

Arriva le jour de la grande lessive : celle qu'on entreprenait une à deux fois l'an. Les femmes vidaient alors le grand coffre de bois et empilaient le linge de lin dans une corbeille d'osier. Elles se dirigeaient ensuite vers le ruisseau de Foussoc, armées de leur battoir et de leur boîte à laver. Quelques enfants venaient en aide à leur mère pour transporter les corbeilles, d'autres préfèraient jouer à la cicouère (sorte de pétoire faite d'un rameau de sureau évidé pour projeter des glands). Les femmes les plus démunies s'installaient sur leur boîte à laver et frottaient leur linge avec de la cendre. Les plus fortunées utilisaient du savon. Le linge le plus sale était gratté sur une pierre plate qui bordait le ruisseau. Le soir même, dès le départ des femmes, les enfants, impatients, se précipitaient pour glisser sur la pierre imprégnée de savon. Quel bonheur !

Lavée, frottée, grattée, battue, la pierre s'usait petit à petit à chaque lessive et s'évanouissait lentement dans les hautes herbes. Les enfants étaient tristes car ils savaient qu'elle allait disparaître un jour. Déçus, ils ne purent plus jouer à leur passe-temps favori. Ils pleurèrent à grosses larmes qui dégoulinaient une à une sur leur visage et s'écrasaient en mille perles sur la pierre. Soudain une voix sourde et caverneuse s'adressa aux enfants interloqués :

" Pourquoi sanglotez-vous ainsi ? interrogea la pierre.
- Nous ne pouvons plus jouer. Nous aurions tant aimé glisser comme les enfants des montagnes sur leur luge, répondirent les enfants.
- Moi aussi, j'ai toujours rêvé de devenir une île comme je l'étais dans la nuit des temps, dit la pierre. Si vous réalisez mon voeu, je vous dévoilerai l'endroit où se trouve le livre des secrets.
- Nous acceptons. "

Dès le lendemain, les enfants construisirent un barrage avec des branches, des feuilles, des pierres, des herbes et des planches. Le tout fut consolidé avec de la boue. Immédiatement, le niveau de l'eau s'éleva et encercla la pierre. Le soir même, les enfants lui demandèrent : "Maintenant, peux-tu nous dire où se trouve le livre des secrets ?

livre04
- Puisque mon voeu s'est réalisé, je vais vous l'avouer : il est caché dans la bibliothèque du château des Cambouts de Coislin. Mais attention ! les dangers y sont nombreux. "
Et le plus brave des enfants prit la parole :
"Nous irons ce soir même chercher ce fameux livre. "

Cette nuit-là, comme prévu, les enfants se mirent en route pour le château, munis d'une torche de résine. Ils avaient déjà parcouru quelques kilomètres, quand tout à coup, une rafale de vent éteignit le flambeau. Apeurés, ils se précipitèrent le long de l'allée du château éclairée par la pleine lune. Ils arrivèrent devant un pont-levis. Par chance, celui-ci était baissé car le maître des lieux n'était pas encore rentré de sa chasse. Anxieux, ils pénétrèrent à pas de loup dans la bâtisse, terrifiés par l'ombre des grands arbres qui s'agitait é travers les vitraux. Et là, devant eux, ils distinguèrent une lourde porte entrouverte. Ils se retrouvèrent dans la bibliothèque et après maintes recherches, découvrirent un vieux livre poussiéreux, écorné, jauni par le temps :

"LE GRAND LIVRE DES SECRETS" ! Pour faire grandir les éléments, il fallait mélanger l'eau des fontaines de Pitoué et de Sainte Barbe. En sortant du château, les garnements chipèrent deux cruches de terre cuite et s'aventurèrent vers les fontaines. Les cruches remplies, ils mélangèrent les eaux recueillies, retournèrent à la roche et l'aspergèrent de cette potion magique. Instantanément, la pierre grandit et se transforma en une gigantesque patinoire. Très heureux, ils jouèrent comme des fous. Ils glissèrent, glissèrent, glissèrent encore jusqu'à trouer leur culotte.

La nuit de la Saint Jean venue, au son du violon et de l'accordéon, les villageois dansaient autour des flammes qui crépitaient, projetant des étincelles dans la nuit. Soudain, la pluie commença à tomber et un vent violent, brutal, se déchaîna. Des éclairs incandescents zébraient le ciel tourmenté de nuages et illuminaient les danseurs. Et le tonnerre gronda. En quelques minutes, l'orage devint de plus en plus terrible. Et une lumière aveuglante embrasa un grand chêne qui s'enflamma aussitôt. L'arbre, foudroyé, s'écrasa pesamment sur le barrage qu'il fissura d'une profonde lézarde. Le petit ruisseau, grossi par les trombes d'eau, se transforma en un impétueux torrent destructeur qui emporta tout sur son passage. Le barrage se volatilisa en mille débris entraînés par les flots. Rapidement, le niveau de l'eau baissa. La roche n'était plus isolée par les eaux. L'enchantement était rompu : elle reprit sa taille normale et s'enfonça lentement dans le sol.

Si un jour, vous vous promenez le long d'un petit ruisseau, entre la Siourais et la Linais, peut-être vous reposerez-vous sur une petite pierre à l'ombre des herbes et peut-être encore aurez-vous la chance, une toute petite chance de rencontrer un vieux pépé, un très vieux pépé à la culotte trouée ...

Ecole "Ferdinand Daniel" de CAMPBON Classe de CM2

03/03/2008

La Légende du Trou Bleu

trou

Il y a bien longtemps, en 1793, la France était déchirée par de multiples guerres civiles dont la plus sanglante fut la guerre de Vendée qui opposa Les Républicains (l'armée française) à l'armée vendéenne. La dernière grande bataille de cette guerre se déroula à Savenay et fut perdue par les Vendéens le 23 Décembre 1793 ; beaucoup d'entre eux y furent tués.

Piron De La Varenne, un chef vendéen, tout comme Caoudal et De Charette, fuyait les Républicains avec son ami De La Rochejacquelein. Ils arrivèrent à Lavau, commune située à 10 km de Savenay en bordure de Loire, épuisés, mal rasés, les vêtements déchirés ; on ne les reconnaissait qu'aux couleurs rouges et blanches de leurs foulards et leurs insignes vendéens sur lesquels on lisait "DIEU LE ROI". Nos deux héros voulaient traverser La Loire pour rejoindre leurs familles en Vendée. Les colonnes infernales de l'armée républicaine poursuivaient nos deux chevaliers. Elles saccageaient, brûlaient, pillaient tout sur leur passage.

Nos deux Vendéens erraient dans Lavau quand soudain, des boulets de canon tirés par les Républicains situés sur la butte de Savenay, s'écrasèrent sur l'église (de nos jours les boulets sont toujours visibles). Nos chevaliers s'aperçurent qu'ils étaient cernés.

Medieval-87Le cheval de De La Rochejacquelein fit tomber son cavalier et piétina méchamment le chef vendéen. L'animal appartenait à l'armée républicaine. Piron pleurait à chaudes larmes car son meilleur ami venait de périr sous ses yeux. Il fuit avec son cheval à l'intelligence humaine vers un petit lieu-dit de Lavau, près du bord de Loire, nommé Le Trou.

Alors que Piron et son destrier s'approchaient, une colonne infernale cachée derrière un rocher épiait nos héros. Son cheval l'avait prévenu du danger qu'il courait car il possédait un pouvoir magique : la parole humaine. Piron tenta de s'enfuir mais l'armée ennemie le surprit et lui barra le passage. Le Vendéen reconnut les Républicains à leur uniforme bleu et à leur cocarde tricolore. Il prit peur en identifiant le chef républicain Carrier qui était très cruel car il avait noyé des milliers de Vendéens à Nantes en 1790.

Les Républicains crurent que Piron allait se rendre mais ils furent surpris quand ce dernier s'élança courageusement aidé par son cheval qui se battait tel un homme. L'animal se mit sur les deux pattes arrières et donna des coups de sabots et de museau aux ennemis. En quelques minutes, tous furent tués. Le chef vendéen mit ses adversaires dans un sac plein de pierres et les noya. En regardant La Loire, il aperçut un faisceau lumineux qui provenait du fond de l'eau. Petit à petit, grâce au sang bleu des Républicains, l'eau s'éclaircissait, devenait azur, puis limpide, alors que le faisceau s'élargissait. C'était une porte secrète en granit bleu. Depuis ce jour selon la légende, le petit hameau se nomme "LE TROU BLEU". De plus, au début du XXème siècle, on exploita une carrière de granit dans ce trou.

Il ouvrit la porte, entra dans le passage secret, et crut passer directement en Vendée, mais malheureusement le passage secret était peuplé de gros ragondins.

Alors que Piron cherchait une issue pour aller au sud de La Loire, les ragondins l'attaquèrent ; notre chevalier eut peur et rebroussa chemin. En s'enfuyant il trébucha, s'arrêta et regarda ce sur quoi il avait marché. C'était un magnifique anneau en granit ; il le prit pour l'offrir à sa femme qui l'attendait en Vendée. Notre ami nettoya l'anneau et il vit sur celui-ci le reflet d'un visage qui lui souriait ; il comprit alors que la pierre de granit était magique. Ils sortirent tous les trois du souterrain.

Piron contemplait l'anneau et dès qu'un rayon de soleil tapa sur ce dernier, une force incroyable se dégagea du granit et elle construisit un pont au dessus de La Loire. Le chevalier et sa monture traversèrent le pont, des Républicains les poursuivaient, ils étaient divisés en deux colonnes, l'une sur le pont, l'autre dans la barque qui naviguait sous le pont.

Arrivé en Vendée, Piron s'aperçut que la colonne située sur le pont était au dessus de la barque, cela lui donna une idée... Il ordonna à l'anneau de faire disparaître le pont. Celui-ci s'effaça, les cavaliers tombèrent dans la barque qui coula sous son poids. La légende dit que l'abbé Guihard retrouva près du Trou Bleu une barque pleine de cadavres.

De retour dans son village natal, Piron ne fut point reconnu par sa femme car il était très épuisé. Elle se souvint de son mari grâce à la rare intelligence de son cheval qui lui raconta toute leur histoire. Piron lui offrit l'anneau. Ils se cachèrent quelques temps, vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants.

Ecole de LAVAU-sur-LOIRE Classe de CE2-CM1-CM2

La Légende de la Porte

porte

Une mouette tournoya dans le ciel gris... 23 décembre 1781... Après un interminable voyage de 30 semaines, la "Marie-Caroline", navire négrier nantais jaugeant 300 tonneaux, était en vue des côtes françaises. Toutes voiles dehors, le deux mâts rapportait des Antilles sa précieuse cargaison de coton, sucre, rhum...

mouette4Le capitaine Boisboeuf était satisfait. Lors de la traite des Noirs, Kpengla, roi du Dahomey, livra aux Français 350 nègres contre des vieux fusils et de la pacotille. Puis le vaisseau appareilla de Ouidah, en Afrique, pour la Martinique, chargé d'esclaves entassés dans l'entrepont. Après une terrible traversée de l'Atlantique, le brick mouilla enfin à Fort de France pour vendre les nègres aux planteurs. Un prince acheta une jeune Noire prénommée Alosi pour en faire présent à Louis XVI. Pour l'amener en France elle fut confiée à Hoel, le mousse. Elle devint son amie et il décida de la sauver.

Dans l'estuaire, les gabiers affalèrent quelques voiles et la Marie-Caroline accosta bientôt à Paimboeuf.

Quand les denrées coloniales furent transportées sur les gabares, Boisboeuf ordonna de percer un tonneau de rhum...

Au crépuscule, profitant de l'ivresse de l'équipage, Hoel libéra Alosi et ils se glissèrent dans la Loire. Luttant contre le courant, les fuyards nagèrent pour gagner la rive opposée.
Hoel savait qu'ils trouveraient asile au Couvent des Cordeliers à Savenay, où, orphelin, les moines l'avaient élevé avant d'être marin. Ils allaient atteindre la berge quand M. Frédéric, le second du navire, les aperçut.

Marin-2"Laissez les chopines de rhum ! Les chaloupes à l'eau ! Ce traître d'Hoel s'enfuit avec la négresse ! Attrapez-les, vos vies en dépendent ! hurla-t-il.

Bientôt, l'équipage souquait ferme vers les fugitifs. Haletants, Hoel et Alosi s'enfoncèrent dans les marais. Le garçon l'entraînait dans l'obscurité de la nuit.

"Vite ! Ils sont à nos trousses ! chuchota-t-il, pas un bruit ! "

Hélas ! A la lueur des torches, la piste fut retrouvée. Là ! des pas dans la vase. Ils ont filé dans les terres, triompha M. Frédéric. Marin-3Les matelots se lancèrent à la poursuite des jeunes gens. Forçant l'allure, s'écorchant aux roseaux coupants, tombant dans la boue, Hoel et Alosi coururent dans l'espoir de découvrir une cachette. Après une fuite éperdue de deux lieues, ils atteignirent un village endormi.

"Chut ! Ne réveillons pas les gens d'ici, ils nous dénonceraient, murmura le mousse. "

Un peu à l'écart, il y avait une chaumière qui semblait inoccupée, sans doute servait-elle de remise. Quand ils ouvrirent la vieille porte en bois afin de chercher refuge, les cris des poursuivants se rapprochaient dangereusement. Tirant Hoel par la main, Alosi désigna un bosquet de saules isolé du hameau.

Portes-1"Cachons-nous ici ! souffla-t-elle. "

L'équipage arrivait. Hurlant et cognant avec les fusils dans les volets clos, ils réveillèrent les habitants. Terrorisés, les paysans durent sortir des maisons que les négriers fouillaient. C'est alors qu'un homme remarqua la porte entrebâillée de la chaumière inhabitée et alerta ses compagnons. Tous se ruèrent dans celle-ci, persuadés que le traître et l'Africaine s'y trouvaient.

Alosi fixait la porte. Etrangement, elle lui rappelait celle de l'esclaverie qui la mena au vaisseau, aux chaînes et à la brûlure du fer rouge. Elle sentit son coeur se serrer et sut que la prédiction de son père, sorcier de la tribu des Fôn, s'accomplirait :

"Quand je mourrai, nos dieux te protégeront car tu seras Vodounsi, fille de magie. Alors, tu pourras venger ton peuple que les Blancs font tant souffrir, lui avait-il dit avant leur séparation."

Alosi comprit que son père avait rendu son dernier souffle. Un immense chagrin l'envahit.
Levant les mains au ciel, ses yeux de braise remplis de haine ne quittaient plus la porte :

" Lissa, dieu du ciel, déploie tes forces du mal. Que ta puissance ferme cette porte. Que le feu jaillisse. Dàn, dieu de la vie, détruis ces hommes !"

Dans un bruit de tonnerre, la porte se referma. Un éclair aveuglant foudroya la chaumière qui s'enflamma aussitôt. L'équipage enfermé tentait désespérément d'ouvrir la porte pour fuir le gigantesque brasier. Les villageois horrifiés entendaient les hurlements des marins.

"La porte ! la porte ! Ouvrez-la ! "

Mais l'immense incendie empêchait toute approche. Une chaleur infernale s'en dégageait. La chaumière s'écroula dans un terrible fracas. Il ne restait plus qu'un tas de cendres fumantes, tous les matelots avaient péri. Dans les dernières lueurs, les paysans virent quelque chose d'extraordinaire : la vieille porte en bois était dressée, absolument intacte.

-La porte ! La porte ! " bredouillèrent-ils, effarés.

Un profond silence tomba sur le village. Alors, la silhouette ricanante d'Alosi apparut sur la porte qui s'effondra et disparut àjamais.
Depuis cette nuit terrifiante, on a baptisé curieusement ce hameau :

"La Porte"

Portes-15

Quant à Hoel et Alosi, personne ne les revit. Seulement, on dit que la malédiction rôda longtemps sur la région. On dit même qu'un autre 23 décembre, en 1793, des gens d'un même peuple s'entre-tuèrent à Savenay.

Ecole "Le Prince-Bois" de SAVENAY Classe de CM2

25/02/2008

La Légendes des Rôtis"

rotis

Un jour, dans un pré, un berger gardait son troupeau de moutons. Echappant à sa surveillance, un petit agneau blanc traversa la haie. Quand le jeune homme s'en rendit compte, il essaya de le rattraper. En le suivant, il rencontra des paysans qui moissonnaient dans un champ. Ils coupaient le blé avec des faucilles et des faux, des femmes ratissaient la paille et la mettaient en meules. Un autre groupe d'hommes traversait une vigne, armés de lances, d'arcs et de flèches pour aller chasser des animaux sauvages. Un peu plus tard, dans un bois de châtaigniers, il entendit le bruit des haches et des herminettes : des bûcherons étaient au travail. Tout à coup, juste à la sortie du bois, il se retrouva nez à nez avec un homme de l'autre village, qui lui dit :

" Que fais-tu sur notre territoire ? - Je cherche mon agneau. - Arrête de mentir, je sais que tu viens nous espionner. "

Le jeune berger se mit en colère, une belle bagarre éclata, courte, mais forte. Le rival tomba à terre, saignant du nez, un oeil gonflé, les vêtements déchirés. Prenant ses jambes à son cou, le berger retourna à son village pour chercher de l'aide.

Il arriva tout essoufflé. Il voulait voir le chef. Rapidement, il passa devant l'atelier du forgeron qui fabriquait des armes : des pointes de lances, des poignards, des boucliers, des arcs, des épées. Il aperçut le boulanger devant son four, et plus loin, le meunier qui transportait des sacs de farine dans une charrette. Au potier, il demanda où était le chef. Celui-ci lui répondit qu'il était chez le druide. C'est là qu'il se rendit. Il se précipita dans la hutte et dit au chef :

" Mon mouton est allé trop loin, et en le suivant, j'ai rencontré un de nos ennemis. Nous nous sommes battus, et je crois qu'il va revenir avec ses compatriotes pour se venger. Il faut se préparer à se battre. "

Le chef rassembla tous les hommes du village et les conduisit dans le bois. Cachés en embuscade, ils ont attendu leurs ennemis qui sont arrivés peu après. La bataille éclata, les coups pleuvaient.

Heureusement les deux druides sont intervenus, c'étaient eux les prêtres, vêtus d'une longue tunique blanche, qui coupaient le gui avec une serpe d'or, qui représentaient la sagesse, et qui arbitraient les conflits. Ils leur conseillèrent d'arrêter la bagarre, leur disant que cette querelle ne mènerait à rien, qu'il valait mieux prier les dieux pour qu'ils apportent de bonnes récoltes, des animaux bien portant, du soleil. Ils les menacèrent de leur faire tomber le ciel sur la tête et de ne pas intervenir pour eux auprès des dieux. Les combattants cessèrent aussitôt leur bagarre, car ils les craignaient beaucoup ; ils décidèrent de s'allier les uns avec les autres pour former une seule tribu plus forte.

Quelques jours plus tard, pour fêter la réconciliation, les deux chefs décidèrent d'organiser un banquet. Sur la place du village, les femmes ont installé des tables et des bancs. Les hommes ont allumé un grand feu, ils ont mis à cuire trois gros sangliers à la broche. Les voisins sont arrivés, rapportant le mouton égaré, et tout le monde s'est mis à table. Ils ont mangé les sangliers ROTIS, le repas a duré toute la nuit, ils sont devenus amis, et depuis ce temps, ce village s'appelle les ROTIS.
Ecole "Ferdinand Daniel" de CAMPBON Classe de CE2

23/02/2008

Du Côté des 4 Vents

4vents

Aux quatre vents,on s'arrêtait sous un chêne majestueux.
Du haut de ses branches on voyait les moulins du Sillon.
On devinait les bateliers de la Loire.

Le paysan guettait les vents:
le vent qui poussait les nuages de pluie,
le vent qui chassait l'insecte en apportant la neige,
le vent qui réveillait la nature, accompagné du soleil,
le vent qui séchait les blés coupés...

Les cloches,
portées par les vents
annonçaientnoces, naissances et enterrements.

Ce chêne, magique, avait été planté par Zeus,
dieu de la pluie et de la foudre.
Héra, à la fois soeur et femme du dieu du ciel
se mettait dans des colères terribles.

Poséidon, son frère, soufflait les tempêtes.
Hestia, sa soeur voulait couper l'arbre
pour que les foyers ne s'éteignent jamais.
Aphrodite, née de l'écume et de la mer,
ordonnait aux nuages de fuir.
Les dieux, à coup de vents, se battaient.

A chaque saison, quand:
Automne laisse ses couleurs à l'hiver,
Hiver, le froid au printemps,
Printemps, ses pousses à l'été,
Eté, son blé à l'automne.

Les vents, voulaient garder leur saison.
Le chêne, fatigué, avala les vents.
Zeus, furieux, leur ordonna de sortir.
L'arbre, ne cédant pas, Hestia proposa bien de le couper...

Les vents disparurent.
Plus de moulins:
plus de pain,
Plus de voiliers:
plus de marchandises.
Plus de nuages:
plus de pluie,
Plus de cloches:
plus de nouvelles.

Alors, les gens partirent à la recherche des vents.
Tous se retrouvèrent au pied du chêne:
" Oh! chêne
Oh! grand chêne
fils de Zeus
où sont nos vents? "
" Mon vent ! dit le meunier.
- Non, le mien ! dit le batelier.
- Et mon blé ? demanda le paysan
- Un vent pour mon linge ! dit la lavandière. "

" Par tous les vents
qui me dévorent le tronc,
il faut
les relâcher.
Ils commencent
à me casser les racines
et me prendre la branche,
dit le chêne. "

Après réflexion, l'arbre proposa:
" Par tous les Dieux qui me protègent
vous serez libérés
SI:
- Soufflera à ton tour
- Gardera ta saison.
Tout seul ou par deux soufflera.
Par les branches qui me grattouillent
vents du dedans...
Si vous sortez...
Obéissez-moi. "

Dans un souffle à décoiffer un chêne, les vents filèrent.
Arriva le Printemps:
Vent d'Ouest souffla les moulins.
Vent du Sud, amena le soleil.
Vent d'Est chassa les nuages.
Vent du Nord, attendit l'hiver.

Aujourd'hui, aux quatre vents,
les moulins ne tournent plus.
Le chêne a disparu.
A la place,
on a construit un pont
pour que les gens d'Est et d'Ouest
ne croisent plus
les gens du Nord et du Sud.

En longeant la route Prinquiau-Campbon,
vous verrez plusieurs chênes...
Les vents, remerciant le chêne,
soufflent maintenant les graines des arbres.
Si vous posez l'oreille sur l'un de ces arbres,
il vous racontera une histoire
qui ressemble beaucoup
à celle de leur ancêtre...

Ecole publique de PRINQUIAU Elèves du CE1-CE2-CM

22/02/2008

La Bosse au Seigneur

bosse
Il y a bien longtemps, jadis, au Moyen-âge, une sorcière s'était installée sur les terres du seigneur Hugues de Savenay. Cette sorcière était laide, méchante, rusée, grincheuse, et menteuse, elle portait une très longue cape noire. Elle vivait dans une cabane abandonnée, délabrée, faite de murs en torchis. Elle préparait des potions ensorcelées à base de ronces et de champignons vénéneux.

Un jour, elle enleva un prince qu'elle transforma en dragon avec une de ces potions. Ce dragon était énorme, sur son dos, ses écailles étaient vertes, sa queue se terminait par un trident. Il pouvait voler et parler.

Revenant de croisade, le seigneur, épuisé mais heureux voulut récupérer ses terres et construire son château à l'endroit où habitait la sorcière. Il la chassa. Grincheuse et furieuse, elle se réfugia dans une grotte avec le dragon et ses potions magiques. En partant, elle cria : " Je me vengerai ! ".

Le seigneur fit venir des ouvriers qui construisirent le château avec quatre grandes tours reliées par des remparts. Dans la cour, près du puits, la fille du seigneur, Eléonore, belle et heureuse chantait en faisant de la tapisserie. Elle sortit du château pour aller cueillir des fleurs dans les champs. Là, elle est capturée par la sorcière qui l'enferma dans la grotte avec le dragon. Elle avait très peur et se mit à pleurer.

" Ne pleure pas jeune princesse ! dit le dragon. Moi aussi, j'ai été très malheureux quand elle m'a capturé ! - Qui es-tu ? dit Eléonore. - Je suis le prince Charles mais cette méchante sorcière m'a transformé en dragon ! "

Tout à coup, ils entendirent un bruit étrange, c'était la sorcière qui rentrait. Elle aperçut le dragon qui tenait Eléonore par la taille.

" Je veux une de vos potions qui me rendra mon apparence ! dit le dragon.
- Eh ! eh ! eh ! eh ! tu ne l'auras jamais ! dit-elle en ricanant ".
La nuit tombée, il s'enfuit dans les champs.

Le lendemain matin, le seigneur et ses gardes, partis à la recherche de la princesse, rencontrèrent le dragon.

" Votre fille est enfermée dans la grotte de la sorcière. Si Votre Majesté accepte mon aide, je pourrais vous être utile ! "
Le dragon leur indiqua le chemin en volant au-dessus d'eux. Ils trouvèrent la princesse enfermée dans la grotte et la délivrèrent. Le seigneur serra très fort sa fille dans ses bras.

Cependant, le dragon était triste, alors Eléonore lui sourit et lui donna la potion qu'elle avait dérobée. Aussitôt, il redevint le prince Charles et ils décidèrent de se marier. La cérémonie eut lieu dans la cour du château et les mariés partirent dans un pays lointain.

Rouge de colère, la sorcière a assisté au mariage, cachée dans une des tours. Pour son ultime vengeance, elle prépara un mélange diabolique avec du venin de serpent, des araignées séchées et des orties. Elle le versa dans la barrique de vin du seigneur.
Aussitôt, tous les habitants disparurent, le château s'enfonça et il ne resta plus qu'une bosse. Et c'est depuis ce temps-là que cet endroit s'appelle la Bosse au Seigneur.


Ecole "Le Prince-Bois" de SAVENAY Classe de CE2