27/03/2008

La Légende du Paon

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Mériadek, comte de Goëllo, avait deux fils : Gouil et Ysselgert, qui, abandonnés au Grun-Ardent, pressuraient leurs vassaux, leur imposaient des tailles injustes, malgré les conseils de leur père Mériadek, et vivaient comme des mécréants.


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Aussi, bientôt, ne trouvèrent-ils plus de ressources dans leurs domaines dévastés. Les jeunes filles vierges se cachaient en les apercevant et les vassaux « préféraient la mort à une vie misérable ».


Alors les deux frères « songèrent » à « piller » l'abbaye de Beauport, qui renfermait des richesses considérables. Ils vinrent la nuit, accompagnés de leurs écuyers, mais l'abbé refusa de leur ouvrir la porte du monastère.


« Ils incendièrent la forêt et les chaumières dépendant du couvent », jurant « de revenir ».

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« L'abbé demanda aide et protection au seigneur de La Roche-Derrien qui envoya cinquante archers, cent arbalétriers et deux cents manants armés de faux et de piques pour protéger les hommes de Dieu. archerLe comte Mériadek, informé, enferma ses fils et donna satisfaction aux moines, car c'était un bon seigneur.
Mais Gouil et Ysselgert s'évadèrent et, aussitôt libres, ils songèrent à assassiner leur père pour avoir son héritage et pour tirer vengeance de l'obstacle qu'il avait mis à leurs desseins impies. soeurIls gagnèrent des vassaux en leur promettant le pillage et mirent le siège devant Château Goëllo. Mériadek, épouvanté, prit la fuite et se réfugia dans l'abbaye de Beauport où une religieuse effrayée vint un soir demander asile, se disant poursuivie par Ysselgert qui accourait à quelque distance. Les gardiens, sans défiance, lui ouvrirent les portes et furent aussitôt massacrés, car la religieuse n'était autre que Gouil qui fit entrer son frère et leurs hommes.
Moines-15Ils mirent l'abbaye à sac et pendirent les moines qui moururent en appelant sur eux la malédiction céleste. Mais ils ne purent retrouver Mériadek qui s'était réfugié dans un souterrain passant sous la mer, bien loin de là, où il vécut quelque temps en se nourrissant de serpents et de chauves-souris. Le prieur lui avait confié le trésor de l'abbaye et les deux frères, craignant qu'il ne trouvât du secours et qu'on ne leur fit expier leurs maléfices, invoquèrent le démon. Celui ci leur apparut sous la forme de Golo-Robin. Ils lui promirent leur âme s'il leur faisait retrouver Mériadek et l'or qu'il gardait ».

Le pacte signé, l'esprit de tentation les conduisit sur des chevaux de feu à travers les airs et les déposa dans l'île de Bréhat où le souterrain aboutissait.
« Leur père connut leur arrivée et voulut se sauver, mais le poids de l'or embarrassa sa marche et il fut atteint par eux au nord de l'île, malgré les habitants du bourg et de Pont ar-Prat qui tentèrent de s'opposer à leur passage. Alors Gouil et Ysselgert assassinèrent Mériadek et s'emparèrent de l'or ; puis, pour cacher les traces de leur crime, ils voulurent jeter à la mer le cadavre de leur père ; mais, comme il était fort lourd, ils le chargèrent sur leur épaules et montèrent sur la falaise, d'où ils voulaient le précipiter ».
Mais ils sentirent leurs pieds s'attacher au sol, leurs membres s'alourdir et leurs fronts orgueilleux fléchir sous un poids inaccoutumé. Ils voulurent parler, mais leur langue était collée à leur palais et ils tombèrent avec leur fardeau au milieu des vagues. Alors une voix terrible sortit du sein des nuages et leur dit : Parricides, vous ne jouirez pas du fruit de vos forfaits, et vous porterez éternellement votre victime. Ils furent changés en énormes rochers et un gouffre sans fond se forma entre eux, de sorte qu'ils n'étaient liés que par le cadavre de leur père, et le trésor de l'abbaye fut englouti dans le gouffre » où il doit rester jusqu'à la fin des temps.
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Telle est la légende du Paon. Elle nous aide à connaître l'idée que les moines de Beauport se faisaient autrefois des origines de leur monastère et par là elle est intéressante à étudier, mais on ne peut en tirer aucun fait historique.
(Extrait du Courlis de Bréhat, année 1925, n° 21 et 22)