24/05/2012

123 - LA PIERRE DES NAINS (Locminé, Lamballe, 22)

 

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hermines début de texte.gifUn gars de Locminé se trouvant à la foire de Lamballe, perd sa blague à tabac, un sac superbe en peau de veau marin, cadeau de sa douce amie.

Il cherche d'abord, puis interroge ses amis et connaissances, et ne reçoit pas la moindre nouvelle de la pauvre blague. Fort ennuyé, il court consulter un chercheur de pain nommé Bernic, qui passait pour un sorcier, et celui-ci, à tort ou à raison, lui dit que si sa blague est perdue pour lui, elle ne l'est pas pour tout le monde, parce que c'est Guériau le faucheur au père Bompoil, qui la lui a dérobée.

Notre gras n'en demande pas davantage, il fait présent d'une pièce de dix centimes au mendiant, et court aussitôt accuser Guériau de l'avoir volé.

Celui-ci se défend comme un beau diable, il appelle le gars:

" Menteur !"

Le gars l'appelle:

" Voleur !"

Bref, la querelle va dégénérer en bataille, quand une commère s'avise de parler de la Pierre des Nains.

Cette Pierre des Nains est un peulvan à moitié détruit, qui jouit de la propriété de faire découvrir les volveurs.

" A la Pierre des Nains, s'écrie le gars.

- A la Pierre des Nains, répère Guériau. "

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Toute la foule se précipité derrière les deux paysans, qui continuent à s'injurier jusqu'au moment où ils arrivent à la pieere. On se range en cercle autour du peulvan, et les deux gars restent suels au milieu. Guériau fait un signe de croix, et s'avance tout près de la pierre en disant:

" Pierre, si je suis un voleur, décmare-le hautement en dansant, mais si je suis innocent, je t'ordonne de ne pas bouger."

Après cette invocation, il fait trois fois le tour du monument celtique, recommence un grand signe de croix, et les deux bras croisés sur la poitrine, se précipite de toute sa force contre la pierre.

" Il est innocent, cria la foule, car la pierre n'a pas pas bougé."

Et le gars fut obligé de lui faire des excuses, de reconnaître qu'il s'était trompé en l'accusant.

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Ce fait se reproduit très fréquemment chez nos Bretons; ils aiment à consulter les pierres celtiques, les sources, les eaux de certaines fontaines placées sous l'invocation de saints ou de saintes pour retrouver les objets perdus ou volés, pour reconnaître les vertus et les défauts des personnes et des choses, et certes, ces épreuves qu'ils aiment à faire subir ne sont pas autre chose qu'un reste des siperstitions qui faisaient regarder comme infaillibles les arrêts émanant du jugement de Dieu.


Comte d'Amezeuil, Récits bretons, 1863